Psychiatrie « 39 ALERTE », compte rendu du colloque au Sénat

Le 9 septembre 2015 un colloque c’est tenue au Sénat organisée par le collectif des 39 ( le programme ) en collaboration avec L’association HUMAPSY et le Collectif LE FIL CONDUCTEUR sous le parrainage de Madame Aline ARCHIMBAUD Sénatrice de Seine Saint Denis.

Le 9 septembre 2015 un colloque c’est tenue au Sénat organisée par le collectif des 39 ( le programmeen collaboration avec L’association HUMAPSY et le Collectif LE FIL CONDUCTEUR sous le parrainage de Madame Aline ARCHIMBAUD Sénatrice de Seine Saint Denis.

La salle G. Monnerville était comble.

Les Sénatrices Aline Archimbaud et Evelyne Yonnet ainsi que le sénateur Jean-Pierre Sueur présent avec le député Denys Robiliard. Trois temps pour interpeller les élus, d’ou le titre « 39 Alerte ».

 Dans son introduction Philippe Bichon expose la raison de la présence des 39 au Sénat: « Nous sommes venus pour vous alerter sur nos inquiétudes à l’occasion du débat au Sénat du projet de loi de modernisation de notre système de santé à la mi-septembre. Un constat s’impose quand nous prenons le temps d’écouter les témoignages des patients, des familles et de nombreux professionnel. L’accueil, les soins, l’accompagnement de personnes souffrant de difficultés psychiques, de pathologies mentales, n’ont cessé de se dégrader depuis prés d’une trentaine d’années…. Sous la pression d’une part de la rationalité économique, d’autre part de beaucoup d’universitaires et autres experts coupés des réalités de terrain , l’hôpital se transforme en entreprise quasi industrielle afin de traiter en masse des individus indistincts, en s’appuyant à la fois sur la démarche qualité et sur une formation « industrielle » de plus en plus simpliste et réductrice…..Nous l’affirmerons haut et fort pendant ce colloque : la contention avec sangle n’est pas thérapeutique…..»

 Concernant l’accueil et la souffrance des enfants dans le sanitaire et le médicosocial. 

Philippe Rassat dans son introduction remarque: «  Puisqu’au niveau législatif ce n’est plus une logique de l’accueil et de l’écoute qui préside mais une logique marchande, il a fallu trouver une logique « scientifique » qui la justifie ».  D’après François Gonon, neurobiologiste,  « Je commencerai par un constat indiscutable : aucun service de santé de par le monde n’a validé de test biologique pouvant aider au diagnostic des troubles mentaux. Même pour l’autisme ou la schizophrénie, les tests génétiques ou l’imagerie cérébrale ne sont d’aucune utilité  diagnostique. D’autre part, les médicaments disponibles en psychiatrie sont soit des molécules découvertes par le hasard d’observations cliniques dans les années 50 et 60, soit des produits dérivés de ces premières molécules. Aucune nouvelle cible thérapeutique n’a été découverte en psychiatrie depuis 40 ans. L’industrie pharmaceutique en a tiré ses conclusions : depuis 2010 les plus grands laboratoires ont fermé leurs centres de recherche concernant de nouveaux médicaments psychotropes1. »

Selon Mireille Battut (association  la main à l’oreille) concernant l’autisme, les approches exclusivement éducatives ou rééducatives font l'impasse sur la souffrance psychique, un appel est lancé aux parlementaires pour s’appuyer sur une pluralité de dispositifs, des formations diverses et ouvertes, et une recherche vivace.

Selon  Carlos Parada de plus en plus d’enfant pour des décisions pédagogiques sont étiquetés handicapés par les MDPH, alors que les enfants les plus touchés bénéficient de moins en moins de soins. 

D’après Sandrine Deloche « Nous assistons à une destruction de la prévention de proximité. Nous ne pouvons plus accepter ce paradoxe, à savoir le soutien de façade du secteur et des recommandations qui le détruisent de fait. » 

 Concernant la table hospitalité pour la folie, non à la contention. 

Alexandra de Seguin introduit : « Nous souhaitons avant tout dénoncer l’augmentation et la banalisation des pratiques d’enfermement, de contrôle et d’entraves des corps en psychiatrie. Cette violence qui s’exerce à l’égard des patients survient dans un contexte de réduction de moyens alloués aux équipes et de fermeture des lieux d’accueil de proximité intégrés à l’organisation sectorielle des soins. »

Hervé Bokobza dit fermement « non à la contention » rappelant que « La sangle qui attache tue le lien humain qui soigne ».

Christian Lamotte du Fil Conducteur rappele « La littérature scientifique s’intéressant aux expériences des patients sous contention rapporte à l’unanimité que la majorité des patients se sentent avilis, impuissants et humiliés ». 

Sebastien D (humapsy) s’interroge : « La folie a toujours fait peur aux gens, mais maintenant même les infirmiers ont peur des malades. Aurions-nous changé ? »

Serge Klopp, cadre infirmier, plaide « non au retour des « gardiens de fous » , pour une refondation d’une psychiatrie humaniste et éthique »,  il constate :  « Là où hier on apprenait aux futurs infirmiers de secteur psychiatrique à apaiser le patient, en prenant le temps qu’il faut, aujourd’hui lorsque l’on est confronté à un patient qui commence à aller mal et qui s’agite, on n’est plus préoccupé par ce que cela révèle de la souffrance ou de l’angoisse du patient, mais on le traite du côté de la perturbation et de la violence ». 

Thierry Najman prend lui aussi position  « La politique sécuritaire a ceci de particulier qu’elle procède d’une surenchère permanente. Une disposition sécuritaire en appelle facilement une autre plus sévère, dans un processus sans fin d’une soi disant maîtrise du risque. Les professionnels négligent trop souvent que préserver la liberté des patients améliore le lien et la confiance avec l’équipe de soins, et augmente alors la sécurité ». 

Dominique Besnard invite sur la nécessité de repenser la formation: «  Sauf à laisser dériver la psychiatrie vers une approche industrielle purement biologique et pseudo-scientifique déshumanisée, la formation aux différents métiers qui la constitue doit elle-même comporter un certain nombre de spécificités. »

Concernant la table ronde Quels espaces citoyens pour les patients dans les établissements du sanitaire et du médicosocial ?

 Paul Machto dans son introduction : «  De part notre expérience sur des décennies, dans différents lieux, ce type d’association spécifique, même si elles sont dans le cadre de la loi de 1901, parfois dénommés clubs thérapeutiques, permettent un engagement des personnes en soins dans la vie quotidienne de l’institution elle même. Les patients sont alors acteurs de la dynamique du service, de l’unité et ne sont pas cantonnés dans une position d’objet de soins, à « subir » un traitement comme on dit facilement. Victoire Mabit du Fil Conducteur : « Trop souvent, les personnes souffrant de troubles psychiques ont un parcours de soins chaotique ».

Mathieu D (humapsy) développe l’importance des clubs comme scellement de l’alliance thérapeutique  : « Le club thérapeutique, du fait de l'engagement des deux parties permet au patient d'éprouver la solidité du/des liens qu'il tisse avec des soignants ou d'autres patients. La remise à plat des hiérarchies et des rôles dans l'espace du club permet aux soignants de ne pas s'enfermer dans une illusion de supériorité et aux patients de ne pas rester dans la soumission.

Jean-Michel de Chaisemartin insiste sur la spécificité des clubs en tant qu’association 1901 à visée thérapeutique, il rappelle tout le travail fait avec la Croix Marine pour introduire un amendement dans la nouvelle loi, concernant la possibilité de créer de telles association dans les établissements du sanitaire et du médicosocial 

Patrick Chemla, dénonce la tendance à ramener le patient à n’être que l’objet réifié d’un soin réducteur et protocolisé alors que nous avons au contraire besoin que la possibilité d’initiative de chacun soit reconnue et valorisée, et cela dans les plus petits détails de la vie quotidienne en donnant la parole aux principaux intéressés par tous les biais possibles.

De nombreux invités sont intervenus pendant les débats confirmant les analyses et la situation actuelle de la psychiatrie et du médicosocial.

Hervé Bokobza et Christian Guibert, dans leur conclusion ont insisté sur cette dérive sécuritaire et normative qui nécessite de continuer à porter aux niveaux des parlementaires et de la société civile, une parole qui soutienne une hospitalité pour la folie. Un appel « La sangle qui attache tue le lien humain qui soigne »
D’autres initiatives sont en cours pour les suivre www.collectifpsychiatrie.fr 
Rédaction P. Bichon 

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