Une psychiatrie publique à deux vitesses, insidieusement...

La psychiatrie publique, quels que soient ses obédiences et référentiels de "soin", a pris acte de la pénurie de moyens.

La psychiatrie publique, quels que soient ses obédiences et référentiels de "soin", a pris acte, dans sa praxis quotidienne, de la pénurie structurelle, en introduisant insidieusement une psychiatrie à deux vitesses. Ainsi, les moyens seront dévolus à ceux, dans sa "clientèle", en capacité de faire preuve d'autonomie et de socialisation minimales, en d'autres termes, ceux qui suivent scrupuleusement leur "programme de soins", peuvent se déplacer en HDJ ou CATTP et s'ajouter, selon les places et disponibilités, à l'effectif des habitués de l'institution, incapable, dans son immobilisme idéologique, de se réinventer et renouveler l'offre de soins. 

Les outils de soin (structures, personnel) sont donc mis à disposition des patients qui savent solliciter l'institution 1/ au niveau des moyens infirmiers et médicaux 2/ au niveau de l'accompagnement social. Ce ne sont pas nécessairement les plus atteints par la maladie, ni les plus dépendants. De ce fait, la psychiatrie publique met en oeuvre des choix implicites en fonction des contraintes budgétaires drastiques : venir en aide aux patients les plus "bruyants" dans tous les sens du terme, qu'il s'agisse de services reconvertis à la psychiatrie DSM ou de services qui s'inspirent plus ou moins de la psychanalyse et de la psychothérapie institutionnelle. 

Quant aux autres, comptons sur leurs familles, non accueillies ni écoutées, souvent dénigrées et rejetées (peu importe si elles en savent davantage sur leurs proches souffrants que les médecins qui s'acquittent de leur petite demi-heure de consultation mensuelle... ou trimestrielle), pour assurer les relais défaillants et tant pis pour eux si les proches aidants ne peuvent plus être, à leur tour, pour une raison ou pour une autre, les courroies de transmission et les piliers d'étayage, et redoutent, à juste titre, la démission pure et simple de l'institution publique.

Cette psychiatrie-là serait bien inspirée d'aller voir ailleurs les expériences innovantes de soins intensifs à domicile (1), au lieu de s'asseoir sur sa chronicité routinière et ses acquis, en termes de dispositifs institutionnels, dont ne profite qu'une minorité. 

(1): "Au nord de la Finlande, tout près du cercle arctique, un groupe de thérapeutes familiaux innovateurs ont converti le système traditionnel local en santé mentale – système qui avait, dans le passé, démontré les pires résultats en matière de guérison de la schizophrénie –, en un système qui démontre à présent les meilleurs taux de guérison des individus ayant souffert une première crise psychotique. Ils appellent leur approche le Dialogue ouvert.

Leurs principes, qui peuvent paraître radicaux à l’ère des cocktails de médicaments et des hospitalisations forcées, sont étonnamment simples. Ils voient leurs clients qui sont en crise immédiatement, et souvent sur une base quotidienne, jusqu’à ce que la crise soit résorbée. Ils évitent l’hospitalisation et ses effets de stigmatisation, lui préférant les visites à domicile de la part des thérapeutes. De plus, ils évitent la prise de médicaments antipsychotiques dans la mesure du possible, ce qui peut être une pratique controversée.

Ils travaillent également en groupes, car ils considèrent que la psychose a des sources relationnelles. Ils incluent donc les familles et les réseaux sociaux de leurs clients dans le processus de traitement ; également, leurs cliniciens travaillent en équipe et non en tant que praticiens uniques et isolés. De plus, leur approche respecte la voix de tous ceux qui sont impliqués dans le processus, en particulier celle de l’individu en crise. Finalement, les services qu’ils offrent, prodigués dans le contexte de l’accès universel aux soins médicaux de la Finlande, sont gratuits.

« Dialogue ouvert » entrecroise les entrevues de psychiatres, psychologues, infirmières et journalistes afin de présenter un aperçu saisissant de ce que peut être une guérison sans médicament et une critique éloquente de la psychiatrie traditionnelle."

DSM: Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux.

HDJ: Hôpital de Jour (accueil à la journée).

CATTP: Centre d'Accueil Thérapeutique à Temps Partiel (accueil à la demi-journée).

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