LE PACKING, une affaire sérieuse.

Ce texte s'adresse moins aux adversaires réguliers du packing qu'à mes collègues et aux personnels actuellement préoccupés par l'interdiction des packs. Il serait utile d'en finir avec les objections concernant d'une part le froid des enveloppements et d'autre part la référence à la psychanalyse qui ne nous semble pas, en cette occurrence, essentielle.

Le packing, une affaire sérieuse.

 

 

Bien avant que le packing ne soit progressivement et finalement interdit, pédopsychiatre dans un Institut médico éducatif, j'ai pratiqué pendant 10 ans,  environ 200 séances de packing avec quelque 40 enfants présentant de gros troubles de la personnalité et des dysharmonies de tous ordres, des enfants dit autistes, bien entendu.   

J’ai toujours pratiqué des enveloppements tièdes, proche de la température du corps. Ce qui ramenait le dispositif à un maintien souple, très éloigné de la camisole.

Non seulement je n’ai constaté aucun incident, ni psychologique , ni physique (même pas un rhume), mais j’ai pu voir à quel point le jeu psychomoteur de ce dispositif représentait une chance merveilleuse de restauration ou d’enrichissement de la communication.

Premièrement : à partir du corps,  lieu d’ouverture au monde, il nous fut possible de reprendre contact avec des enfants captifs d’une organisation de type autistique.

Deuxièmement : Le packing nous a permis, ce qui est considérable, d’éviter la plupart des prescriptions de psychotropes.

Mais, expliquer le « pourquoi psychodynamique » des vertus du packing est difficile. Tandis quil est assez commode d’en faire la caricature et puis de l’interdire au prétexte qu’il n’a pas une allure « scientifique ». (Au fait, quand aurons nous la preuve scientifique qu’il est bon de prendre une douche ?)

En médecine, la compréhension scientifique est un souci constant, mais ce qui est premier c’est la recherche d’une efficacité qui ne soit pas nocive. C’est pourquoi  en psychiatrie il faut prendre très au sérieux l’efficacité du packing. Sans constituer du tout une panacée, le packing, son efficacité, peut être considéré comme le signe d’une avance de notre pédopsychiatrie dans le traitement des troubles autistiques. (N’en déplaise aux experts des organisations internationales dont nous savons qu’en d’autres domaines ils n’ont jamais craint de se tromper)

 Les scientifiques conséquents ne condamnent pas ce qu’ils ne comprennent pas. Ils réfléchissent calmement à une efficacité dont le principe leur échappe. Les scientifiques de fortune, eux, peuvent toujours conseiller à la légère des ministres qui interdisent à tout hasard. Ceci pour la satisfaction de quelques groupements qui voient partout l’influence mauvaise de Sigmund Freud, jusque dans les packs. Un comble… En attendant, cette interdiction (2012) a laissé  en souffrance des équipes attachées à une mission thérapeutique qui motivait leur engagement. Et les prescriptions sont plus fréquentes, c’était à prévoir.

 Pour conclure

Il me semble, et cela n’engage que moi, mais cela m’engage, qu’il existe deux points cruciaux qu’il serait bon d’interroger, quant à leur pertinence et à leurs conséquences.

 1 La question du froid.

Je crois pour ma part que ce froid n’est pas du tout essentiel et qu’il offre un formidable prétexte pour discréditer la méthode. Ce froid fait frissonner à loisir toute personne qui se trouve un peu loin du sujet. Il n’est peut être pas nécessaire de s’en embarrasser. Enveloppement d’abord !

 2 La psychanalyse 

les enveloppements, secs ou humides et tièdes, sont faits pour que la constitution de Soi, la conscience de Soi, soit restaurée ou provoquée, lorsqu’elle a d’abord été manquée.  Les raisons de cet « échec », sa nature, psychogène ou organique, ne change pas le principe de notre mission : il faut remettre au monde le sujet qui ne s’y trouve pas, ne s’y retrouve pas. Retenu dans les limites du packing, le corps exprime, par sa motricité limitée mais conservée, sa situation, il devient alors un interlocuteur qui n’a pas besoin de préliminaires freudiens pour s’entretenir  avec le thérapeute. Laissons donc Freud à la psychanalyse (immense programme).  Et accordons au sujet perdu face au monde la plus grande attention… ca marchera, souvent.

 Il serait bon de soulager nos détracteurs de ces deux reproches.  Ils gênent la compréhension du packing et facilitent la tâche de tous ceux qui, depuis 20 ans, fredonnent les mêmes refrains à propos de psychanalyse, de coup de froid, de mères frigidaires et culpabilisées, de draps glacés (vu à la télé) et du moyen âge condamné par l’ONU, j’en oublie…

 Alain Gillis

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