2ème édition des journées folles du Théâtre Toursky à Marseille

Parfois, l'émotion est là. Improbable, inattendue, mais elle est là. Quoi de plus improbable que des rencontres croisées, aux confins de cette jonction aux articulations fragiles de l'Art et la Folie, l'Art dans tous ses états-limite, la Folie poussée jusqu'à l'extrême limite de l'Art? À l'heure des barbaries, des haines de l'Autre et des autres....

Parfois, l'émotion est là. Improbable, inattendue, mais elle est là. Quoi de plus improbable que des rencontres croisées, aux confins de cette jonction aux articulations fragiles de l'Art et la Folie, l'Art dans tous ses états-limite, la Folie poussée jusqu'à l'extrême limite de l'Art? À l'heure des barbaries, des haines de l'Autre et des autres, des "étrangers" à "notre sang de français de souche bien gaulois", à "notre sol" fantasmé comme un territoire non partageable, inviolable, des minorités, des porte-stigmates, réinventer l'Humain est devenu un Art en soi: un nécessaire métissage culturel qui rassemble des êtres que ne sépare que leur assignation sociale: artistes professionnels pour les uns, artistes amateurs d'associations, du médico-social, des lieux à résidence de l'aliénation mentale pour les autres, tous ces espaces où "résister, c'est créer", résister et entrer en résistance par la création, résister, donc, comme dresser un mur en pierres atypiques, ouvert sur une trouée de ciel bleu, contre la folie haineuse, mortifère, de ceux qui ont perdu le sens des mots, la langue, la beauté des sens, sans marchandage, ni lâcheté, ni concession. La liberté de vivre et de créer ne s'octroie pas en échange d'une quelconque soumission consentie, elle se prend et s'érige contre les vents mauvais. Il n'y a pas de liberté de vivre qui ne passe par la création subversive, défi transgressif à la dictature de la norme, de la normalité et d'un prêt-à-penser pour les Nuls.

Le Centre d'Accueil Thérapeutique à Temps Partiel Lou Blaï (pôle G13 du CH Édouard-Toulouse, Marseille) a organisé, ce 16 et 17 septembre dernier, sa deuxième édition des "Journées folles" avec la collaboration des OrganiZ'artistes du C.A.T.T.P. Lou Blaï, du Théâtre Toursky (créé par Richard MARTIN en 1971), du Conseil Départemental et de la Ville de Marseille, du Mouvement Populaire des Familles et de l'Astronef (salle de spectacle de l'hôpital), ainsi que la participation d'artistes professionnels et de nombreuses troupes et artistes amateurs.

L'idée de ces journées est de promouvoir, dans le sillage de la psychothérapie institutionnelle, la culture comme facteur de lien social et de lutte contre les exclusions et de favoriser "la rencontre et le plaisir de la rencontre", déployer toutes les possibilités d'ouverture qu'offre ce mouvement d'aller vers l'autre dans un effacement des frontières, visibles et invisibles, qui nous séparent les uns des autres, en puisant dans tous les registres de la création artistique: vocale, picturale, chorégraphique, théâtrale, musicale, de convoquer l'étonnement, au sens étymologique du terme (secousse, ébranlement à la manière du tonnerre).

Plus que la production d'une prose savante, j'ai choisi de faire partager ici le tissage de mes propres associations et de fragments saisis sous ma plume ou le flash de l'appareil photo de mon smartphone.

Des corps..........

"Corps-foetus. Collage/décollage de la pellicule matricielle originaire. Espace apprivoisé. Élasticité, repli, immobilité. frôlements."

"Inventaire des corps, mouvements imaginaires, signatures corporelles" (Christine Fricker, chorégraphe et animatrice d'un atelier au C.A.T.T.P. Maison Rose et au Centre de Jour Camille Claudel).

"Construction/déconstruction", "une dialectique chorégraphique, quand des boites en carton deviennent des morceaux de corps imaginaires... inventer le corps dans ses improvisations gestuelles, faire un seul corps ensemble", atelier des "Quatre saisons" (animé par Corinne B., infirmière et ancienne danseuse et Fanny G., art-thérapeute).

"Les handi-danseurs", chorégraphe: Léa Raschman ou... "Comment des corps figés s'animent, avec la virtuosité vitale qui les habite, dans une chorégraphie de fauteuils roulants. Bon Dieu, ce ne sont pas des âmes mortes, ce sont des corps vivants, vivants!"

"Les fous alliés", une chorégraphie étrange, envoûtante, fascinante à partir d'une procession de corps-fantômes aux visages dissimulés sous  des masques de loup, G.E.M. Les Canoubiers, de Julien G., coordinateur artistique.

 Une création collective (inspirée de Aujourd'hui peut-être, Fernandel) chantée et jouée à la guitare: "Paresse", Les Farfelus à la rose, Centre de Jour de Miramas et Hélène FORCE, comédienne-chanteuse.

 

Et des mots............

"... Un peu comme si nous étions des esclaves de nos pensées... car si je ne contrôle pas mes pensées, ce sont mes pensées qui me contrôlent... Prendre ce que nous pouvons partager: le monde"... (SHIVAN, danseur hip-hop, "l'expression des cinq sens").

 "À nos JE insensés", Les Valeureux Insensés , Hôpital de Jour de Pressensé, CH Édouard-Toulouse et atelier de Mars, animé par Christine T., Perrine C. et Florence MORANO, artiste et comédienne :

"... Tant de fois j'ai recousu le fil de ma vie pour rester avec moi et donc avec vous"....

"Nous sommes tous des soleils et des étoiles assez peu semblables"....

 

Et pour clore la première journée en "maux" sublimes:

"Linceul de lumière", de Philippe MOLLARET, poète et écrivain en herbe, magistralement interprété par Francis LALANNE, accompagné de Virginie GIRARD, plasticienne et d'Alexandre MORIER, guitariste de "Poum-Tchack" et Lena LENOK.

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"Qui se croit malin, assis dans la pénombre de son

Antre infect et nauséabond s'imagine qu'il

Est en train de concocter des plans diaboliques

Plus qu'imparables; je le plains ce pauvre diable

Qui jamais ne saura la signification du mot

Affect, ni ne connaîtra la paix des nombres."............. (extrait, éditions Bénévent, 2007)

 

Un autre poème du même auteur, publié aux éditions Encres Vives, collection Encres Blanches, n° 574, avec son aimable autorisation:

"Écarteler les ronces pour que sue le sens

Labourer le fumier et atteindre les aurores

Essouffler les extases

Étreindre l'Infini dans la pulpe d'airain

Extraire l'incarnation de la souffrance ébahie

Calciner mon ombre pour en faire un vitrail"

 

 La table ronde, du samedi matin: Philippe MOLLARET, Docteur Alain ABRIEU (modérateur, chef de pôle G13, psychiatre OrganiZ'artiste, Président de l'association A.M.P.I., CH Édouard-Toulouse), Simone MOLINA (psychanalyste, écrivain, Présidente de l'association "Point de capiton"), Jean-Louis AGUILAR (art-thérapeute, Président de l'association A.R.A.T., Montpellier):

Philippe MOLLARET a improvisé une lecture vibrante, émouvante, poétique, d'une subjugante beauté: l'écorché vif, l'enfant "très malmené" de la DDASS, "le technicien du désespoir", l'archange en résilience et résistance, nous a livré la cruauté et le désir de vivre "en tissu relationnel", cette nécessité vitale de lire, d'écrire, de se lier aux autres:

".... Dans le regard de l'autre, je me suis reconnu"... et même si ... "Toutes les heures blessent, sauf la dernière."....

Pour Jean-Louis AGUILAR, que peut faire l'art, si nous ne pouvons avoir confiance l'un dans l'autre, sinon nous craindre?  Face à la barbarie obscurantiste, prendre les armes ou partager la culture. Créer, c'est revenir à l'origine du monde et à l'origine du sujet. Créer, c'est s'extraire du néant, trouver des suppléances au manque.

Simone MOLINA nous a invités à méditer sur les racines pulsionnelles de la culture et de ses investissements, nous rappelant que la culture n'a pas empêché la barbarie nazie (les nazis étaient des esthètes et fins connaisseurs en littérature et philosophie), mais que pourtant, sans culture, les portes s'ouvrent à la barbarie, érigée en culte de la pureté absolue (de la race ou de la religion) contre les "petites" différences... et de nous rappeler le choix des pulsions de vie contre les pulsions de destruction, inhérentes au psychisme humain et à la dynamique des groupes. C'est en maintenant la langue, la culture et la créativité liées, que l'on repoussera la barbarie.

La journée s'est achevée en musique: l'ensemble CAMATTE (exploration du répertoire baroque et romantique), les rappeurs GUÉVARO et FAOUZIZOU, "Les impatients du Jazz" (association Oselart), "les swing du sud" et Lena LENOK.

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Peinture de Virginie GIRAUD:

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Formation Laurent CERVERA (musicien) et Nabi YOULA (du cirque "Baobab" de Guinée):

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Francis LALANNE lisant Philippe MOLLARET:

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Table ronde: Philippe Mollaret, Alain Abrieu, Simone Molina, Jean-Louis Aguilar:

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Orchestre Michel CAMATTE:

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Shiva, danseur hip-hop:

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Les impatients du Jazz (Oselart):

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LENA LENOK:

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