Médico-social panoptique? Un certain regard

Bonjour !Ceci se veut un essai de pensée à propos des modes d’interventions « sur » les gens qui posent des problèmes médico-sociaux.Cette réflexion me vient de mon travail au sein d’un SAMSAH (service d’accompagnement médico-social pour les adultes « handicapés psychiques » -ce qui au demeurant ne veut rien dire…)Ces services ont été créés il y a quelques années pour « sortir » des files actives de la psychiatrie des gens réputés stabilisés, et pour lesquels l’Etat estime que le champ médico-social fera l’affaire…Ces services reçoivent, sur notification de la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées), des demandes de prise en charge, en vue d’autonomisation, plus ou moins bien ajustées, où l’on s’efforce aussi bien que possible de maintenir le lien avec les soignants investis dans le transfert des intéressés, autant que l’accompagnement stimulant et étayant. Qu’on ne s’y trompe pas : ce passage administrativement bénin, quoique discutable, est pour les gens fragiles du fait de pathologies psychiques souvent anciennes et lourdes, un saut dans un autre monde ; la première question qui leur vient souvent aux lèvres est : qu’est-ce que vous me voulez ?Or ce passage, qui devrait être réalisé en douceur et dans la continuité la plus parfaite de la personne et des soins, se fait mutuellement dans le vide sidéral et l’inconnu de l’ignorance totale de ce qu’est l’autre, de sa réelle demande, de sa personnalité et de son historial.Face à cela, nous espérions obtenir de la MDPH de simples renseignements sur les « complices » de la demande : l’assistante sociale, le médecin qui a établi le certificat aux fins d’orientation, histoire de nouer d’éventuels premiers contacts et de bâtir la trame d’un accueil initial satisfaisant pour la personne ainsi orientée.Il nous a été opposé le secret professionnel version Kouchner 2004. Soit ; sauf que ça entérine bien des critiques posées à l’encontre de ces nouvelles structures : impossible de créer d’emblée du lien et d’intégrer la prise en compte -et le respect- d’un chemin d’existence.Devant ce refus, je me suis mis à repenser à toutes les réunions, bilans, synthèses et autres groupes opérationnels qui forment la trame et l’idéologie de moult actions du champ médico-social.Plein de gens sont réunis, savent peu ou prou qui ils sont, mais sûrement pas toujours comment ils pensent et travaillent, et ils « synthétisent » (en somme le contraire du déroulé narratif et compréhensif d’une existence mise là en « lumière »). Parfois l’ »usagé » est présent, parfois non. Mais il est parlé, voire pesé, voire jugé, et presque dans tous les cas ce qui ressort est une décision où il n’a pas grand-chose à dire de son désir…OK, je caricaturise ; cependant, j’ai été saisi en y réfléchissant de ce qui s’approcherait d’un système panoptique à l’envers. Dans les prisons pensées sur le modèle panoptique, le garde central a vue entière sur chaque cellule, chaque espace dévolu aux incarcérés. Au contraire, les détenus ne se voient pas, et ne voient pas le gardien plongé dans un lieu aveugle.Dans les lieux « synthétiseurs » du médico-social, on s’aperçoit que les actions menées par les différents partenaires ont souvent ce caractère adjacent mais cloisonné, et que les discours dans les réunions ont un caractère radiaire, focale sur l’usagé, et beaucoup moins articulé entre les participants, quant à leurs pratiques, leurs complémentarités potentielles, leur humanité partageable…Et dans ce contexte, qu’en est-il du secret professionnel (et de celui qui concerne le lien interpersonnel spécifique avec chaque personne intervenante) ? En gros, que, mandé par la MDPH, nous ne pouvons savoir qui est l’autre à accueillir, est-ce une plus forte trahison du secret que les étalages publics des faits et pensées des gens dans les synthèses et autres meeting bénévolants ?Si en psychiatrie, malgré tant de défaillances, on s’attache encore à la prise en compte du « sujet », il semble ici qu’il s’agisse plutôt d’un « objet » de prise en charge et… de préoccupations, pas toujours mises à son service. Franchement, ça me gêne un peu aux entournures, et j’aimerais votre avis, ceci n’étant, je le rappelle, qu’un essai, une hypothèse de travail…JC Duchêne

 

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