François Roustang est mort.

Dans une Indifférence notable

Je peux me tromper mais il me semble que nulle part sur Médiapart il n'a été question de la disparition de François Roustang.

Je ne suis pas un spécialiste de son oeuvre et je ne connais l'homme que par la lecture et une rencontre, unique rencontre où j'ai découvert un praticien  et un philosophe, animé alors (il y a vingt ans), d'une vivacité et d'une générosité peu commune dans les parages de la psychanalyse. Il m'avait alors encouragé dans mes recherches sur... le packing. C'est dire !

 Juste un rappel, une évocation contre l'oubli : François Roustang ayant décampé de chez les jésuites pour aller faire une analyse,  ne tarda pas à être distingué par Lacan. Anecdote significative : Lacan  lui avait demandé son concours et sa participation à la revue de l'Ecole Freudienne. Roustantg lui avait répondu qu'il n'était pas contre, mais qu'il ne savait pas parler lacanien. Et il laissait clairement entendre qu'il n'avait pas l'intention d'apprendre à s'exprimer en cet idiome parisien.

Débarqué plus tard de l'Ecole il entreprit l'écriture d'une série de textes critiques à l'égard de Lacan et de ses disciples. Il contestait, par exemple, la possibilité d'une psychanalyse comme science. On chanta alors, et ça dure, qu'il n'avait pas bien liquidé son transfert à Lacan.

Le transfert, justement, au lieu d'en faire le matériau essentiel de l'analyse, Roustang entreprit de le reconsidérer comme le lieu de l'inévitable jeu d'influence, possiblement heureuse, qui s'établit entre le thérapeute et le patient, comme d'ailleurs à tout instant entre toute personne qui en rencontre une autre.

Dès lors, et après avoir rencontré le psychiatre américain Milton Erickson, François Roustang redéfinit le cadre du travail thérapeutique à partir de l'acceptation de l'influence et par une pratique de l'hypnose tout à fait éclairée. L'érudition de ce thérapeute hors normes lui a permis une liberté dont il sut faire bénéficier bon nombre de patients ou de collègues sans jamais fonder une Ecole qui aurait encombré les perspectives d'une pensée essentiellement libre. Ce n'était, ni un iconoclaste, ni un touche à tout, contrairement à ce qui se dit ou s'écrit, c'était un homme qui n'avait jamais cédé sur le pouvoir de la pensée réfléchie.

François Roustang avait 93 ans, il est mort, nous n'avons pas fini de nous entretenir avec lui.

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