Une enquête nationale menée auprès des familles vient nous aider à refonder une psychiatrie en grande crise.

Paris le 26 mai 2010

Une enquête nationale menée auprès des familles vient nous aider à refonder une psychiatrie en grande crise.Cette enquête sera rendue publique le 4 juin au Ministère de la santé lors d'une séance organisée avec le concours de la FNASM : « Parents de jeunes adultes hospitalisés en psychiatrie. De l’exclusion à l’alliance », Annick ERNOULT et Catherine LE GRAND-SÉBILLE. (Ministère de la Santé, 14 avenue Duquesne, Paris 75007 à 8h 30, E-mail : croixmarine@wanadoo.fr) inscrivez-vous vite !

Financée par la Fondation de France elle a été menée dans 15 départements par deux anthropologues, venant du champ somatique, autour de 60 entretiens de patients de 18 à 25 ans et de 25 entretiens avec des professionnels. Ce sont des jeunes présentant des troubles psychiques graves et ayant été hospitalisés.

Le bilan brut est très lourd pour la psychiatrie et explique peut-être en partie les films que nous avons vus car ils parlent de ce qui se passe en amont : les psychiatres ne reçoivent pas les familles, les psychiatres n'écoutent pas les familles, les psychiatres ne suivent pas les familles (parce qu’ils n’ont jamais pensé que cela pouvait être utile).

Il me semble essentiel de souligner le fait que le résultat de l’enquête n'est pas une attaque, c'est un constat. C'est peut-être une occasion pour comprendre l'origine profonde de la crise actuelle de la psychiatrie.

Il ne s'agit de ne pas d’interpréter l’attitude des psychiatres comme étant un refus, mais comme un ‘déni’ de ce que vivent vraiment les patients et leurs familles et un déni du rôle de la souffrance des familles sur leurs proches.

La confusion est venue de l'envahissement de la psychiatrie de service public par les troubles psychiques légers névrotiques et dépressifs. De ce fait les équipes n'ont plus été attentives à la spécificité des troubles psychiques graves qu’est la méconnaissance par la personne et par son entourage de la nature psychiatrique de sa souffrance.

Les soignants pensent avoir mis en place un service public de qualité grâce à la diversité des apports des psychothérapies, des médicaments, des comportements et des thérapies institutionnelles, de la psychiatrie de secteur ; ils sont sûrs de leur pertinence tout en sachant bien qu'ils ne font pas preuve de solidarité sur le plan national pour se défendre contre les attaques réitérées de l’Etat.

Ils ne se rendent pas compte que les personnes qui devraient s'adresser à eux ne savent pas qu'elles ont besoin de la psychiatrie.

Le résultat est dramatique : la douleur des familles prend mille formes, a de multiples conséquences, mais n'est jamais prise en compte par les soignants, et ne permet pas alors d'élaborer un soutien adapté à la famille du malade, ce qui retentit sur lui et sur les soins.

La question ainsi posée à la psychiatrie est de savoir comment elle peut travailler l'accessibilité des soins pour des personnes qui sont dans le déni de leurs troubles. Comment reconnaître ce délit, comment le dépasser ?

Les familles interviewées, familles de la base qui ne sont pas celles de l’union nationale, sont certaines que l'obligation de soins de la future loi ne va rien modifier du drame quotidien qu'elles décrivent, cette obligation sera facteur d'un déni plus profond encore.

Il s'agit bien de refonder la psychiatrie à la lueur de ce constat. Pour y répondre nous retrouvons la pertinence de l'accueil et de la disponibilité des soignants au centre de chaque cité. Mais commençons par écouter ces deux anthropologues. Supportons jusqu'au bout leurs récits, toujours modestes, toujours prudents, témoins de souffrances qui ne peuvent être laissées à elles seules. Les paroles des familles sont fortes, soyons sobres dans nos réactions. Il nous reste à travailler les paroles des familles et des usagers, reconstruisons la psychiatrie ensemble en nous appuyant sur nos compétences mutuelles, nos acquisitions et notre créativité.

Guy Baillon, psychiatre des hôpitaux

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