Pistes pour résorber le trou de la sécurité sociale

Avant-propos : Je tiens à louer le travail admirabledes personnels soignants, même si je parais parfois les égratigner
Avant-propos : Je tiens à louer le travail admirabledes personnels soignants, même si je parais parfois les égratigner

 

Pour parvenir à une meilleure gestion de la santé, et donc réduire le déficit abyssal de cette institution, notre ministre de las anté a suivi les conseils avisés de son proche entourage. Un des maîtres motsest de réunir sous un même toit, un hôpital unique, le maximum de petitesunités n'ayant pas une rentabilité suffisante. Idée géniale, les tableaux Excelque manient avec une science éprouvée tous les technocrates prouvent que c'estla seule solution pour sauver notre système, système le plus envié au monde, jele précise. Moi-même, qui suis féru de toutes ces nouvelles technologies, deces courbes mathématiques, algorithmiques, de ces statistiques probabilitaires,je me suis lancé dans un modèle non pas euclidien mais quantique. Le quantiquedes cantiques devrait sauver la quadrature du cercle. Je veux dire parlà : Patients, lits, locaux, infirmiers et psychiatres.

1) Les patients, que nous pouvons regrouper en 4sous groupes

-Le malade

-Le souffrant

-Le valétudinaire

-L'agonisant

En faisant fi du dernier cas qui heureusementlaissera rapidement une place vacante, nous pouvons sans ambages dire que lestrois autre catégories n'en font qu'une. Dans le plan de restructuration mis enplace afin d'économiser les moyens attribués par l'état, il serait saind’héberger ces patients sous le même toit.

2) Les locaux et personnels infirmiers

Dans le même ordre d'idée de dépenses inconsidéréesde l'état, nous procéderons à un regroupement de toutes les petites unités pourouvrir de grands dortoirs à la périphérie parisienne. Avantage :

a) facile à surveiller : un grand nombrede jeunes retraitées de l'armé seront heureuses de transformer leur rôle degarde-chiourme en celui d'infirmière.

b) économie de personnel car ces dernières, sourdesaux jérémiades, se porteront moins au chevet des malades.

c) les malades mélangés de la sorte pourront plusfacilement échanger sur le meaning of life et organiser ainsi des réunionsinformelles de groupes où de brillantes idées pourront surgir.

d) Les locaux : Depuis la fin du servicemilitaire obligatoire, de nombreuses casernes sont vacantes. Un seul coup depeinture rafraîchirait les lieux et cela ne coûterait presque rien à l'état.

Outre les infirmières mentionnées ci-dessus, toutescelles qui accepteront nos conditions seront les bienvenues.

3)Les Psychiatres

C'estplus facile à chercher qu'à trouver.

Ilfaudra donc charger les infirmières susmentionnées de les recruter. Ayantdémontré sur le terrain leurs savoir-faire obusier, les tranchées ouvertes, lesfouilles au corps, elles ne devraient pas tarder à recruter de vaillantsmédecins dévoués corps et âme.

 

 

Cette ébauche de budget, correspondant tout à faità la crise dans laquelle nous nous trouvons, souffre néanmoins d’un certainmanque de pertinence dans le suivi des patients souffrant de pathologies commel'hypertrophie coloquintienne, la calboradieuse, la méduse osseuses et pire quetout : l'omocyte rafistolée. Nous nous trouvons là devant des cas qui,bien que peu courants, ne peuvent se mélanger sous peine de faire dire à Darwinque l'homme descend de Napoléon. Je m'égare, revenons au sujet principal de monexposé : le trou de la sécu !

J'aieffectué une étude complète sur l'état mental de la population française. Aprèsavoir écarté, les biens portants, les 47 millions restants se sontpersonnellement confiés à moi et à mes nombreuses jeunes et jolies stagiaires.Je ne vous livrerais pas l'intégrale de toutes ces retranscriptions ; jeme bornerai à une seule. Elle est simple, claire, et met en valeur leséconomies substantielles destinées à notre chère patrie. En un mot, elle limiteles longs séjours coûteux à l'hôpital, tout en assurant une guérison presquecomplète de nos patients. Je vous livre le témoignage de GAULTHXXX ROXX. Vouscomprendrez aisément que l'auteur veuille rester anonyme. Je vous listextuellement ses dires ; par avance veuillez m'excuser de ce galimatiaspeu scientifique, mais qui nous donne un éclairage nouveau sur des pratiquesdésuètes. Laissons-le s'exprimer :

 

« Ma première expérience dans un hôpital psy remonteà plusieurs années et librement consentie. Le terme d'hôpital est mal choisi,c'était plutôt un centre d'incarcération où le petit nombre de soignants nepouvait faire face à un nombre important de patients souffrants de pathologies,des plus bénignes aux plus graves. Interné volontaire, j'avais un réel besoin decommuniquer, de m'épancher, de pleurer. Loin de là, je fus gavé deneuroleptiques, m'éloignant de la vie que j'aurais aimé vivre comme tout unchacun. Revêtu d'un pyjama bleu, je ressemblais à tous les patients, aucunedistinction entre nous, souffrions-nous tous de la même maladie ? Mapremière rencontre avec un psy intervint seulement une semaine après moninternement. Cette semaine me parut interminable, les neuroleptiques avalés deforce, sous l'œil d'infirmiers irascibles que je qualifierais de matons,embrumaient ma cervelle. À la convocation du psychiatre en chef, je me suisrendu avec joie et espérance dans son bureau. Stupeur ! Autour de la tableoù se trouvait « cet éminent ponte », sept à huit blouses blanches setenaient en cercle autour de ma chaise et m'observaient le stylo à la main.Comment décrire ses souffrances en public ? Où se trouvait le rapporthumain tant recherché ? Qu'importe, j'étais là pour me soigner. Enquelques phrases, je relatais mon parcours. Le psychiatre, manquant de la psychologiela plus élémentaire, après avoir regardé tous ses élèves et infirmiers, énonçad'un ton doctoral : « Ce n'est pas dramatique, vous êtes un grandmaniaco-dépressif ; ne vous inquiétez pas, de nombreux grands artistescomme Mozart et d'autres l'étaient. »

Foin de discussion, foin d'échanges, un jugement.Monsieur était Dieu le père devant son aréopage en blouse blanche. Je ne suispas d'une humeur violente, mais après une semaine de quête de dialogue, là, lacoupe était pleine. Je pris sa table, et développant une force dont je ne meconnaissais pas, renversait l'énorme bureau directorial, faisant valdinguer aupassage tous les petits papiers qu'il ne devait au demeurant que rarementconsulter, sûr de sa toute puissance. Certes, mon acte était inconsidéré etdisproportionné, mais sur le moment, ce sont mes frustrations et ma colère quis'exprimèrent au travers d'un corps qui ne s'était jamais extériorisé.Promptement maîtrisé par les infirmiers, ramené en cellule, je vis mes doses deneuroleptiques doublées…Ma vie m'échappait, je passais à côté d'elle commel'écrivait Pablo Neruda. Impossible de m'échapper, toutes les portes étaientcloses. J'aurais pu rester ici trois, quatre, cinq, mois, aux frais de la sécu,et pire, au frais de ma santé mentale que je sentais s'enfoncer dans unbrouillard irréversible. (Je suis au-dessous de la vérité)

Avec grande peine, ma sœur réussit à me fairesortir de cet enfer que l'on nomme asile. Les autorités de l'asile luiexpliquèrent que j'étais dangereux autant pour la société que pour moi-même.Après moult décharges je fus libéré de cet univers carcéral. Avisée, ma sœurm'expédia dans une clinique institutionnelle (agréée) considéré à l'époquecomme l'une des meilleures. J'en suis sorti après quelques mois, pensant êtrepartiellement guéri et pu mener une vie plus ou moins conforme à celle que lasociété attendait de moi.

Malheureusement les maladies psy ont la peau dure, il a falluune marraine pour qu’Anne se dépouille de sa tenue asinienne. Quant à moi, sanspeau d'âne, sans costume de lune ou de soleil, j'étais nu face à ma réalité.Malgré cela je continuais tant bien que mal à évoluer dans cette société.

Enplein travail, ou plutôt en arrêt maladie, je sus reconnaître les signesavant-coureurs des crabes qui me bouffaient de l'intérieur.

Recommandé par mon médecin traitant, je me suis précipité àpas lents et inquiets, non pas vers ces grands ensembles mortuaires (où jepensais à tort ou à raison que l'esprit laissait place uniquement au tube digestifet à la copulation), mais vers une petite structure de quartier indépendante.Contrairement aux ensembles froids, impersonnels, anxiogènes de la périphérieparisienne ; au deuxième étage d'un immeuble non-verrouillé, un panneauCMP (centres médicaux psychologiques) indiquait la raison sociale de ma venue.Avec appréhension, j'ouvris la porte ; une grande salle d'attenteaccueillante mettait en confiance. De bonnes reproductions de Matisse et deDufy rassuraient. Cinq minutes d'attente suffirent à une infirmière pour me recevoir.Je ne saurais dire combien l'entretien dura, six ou sept mouchoirs au moins.L'écoute était totale, interrompue juste par une ou deux judicieusesquestions…Quel bonheur !

À la suite de cet entretien, nous sommes allésrencontrer le psychiatre ; je la considérais à priori comme un dealer.Quoi qu’il en soit, elle m'envoya me faire suivre par un psychothérapeute dansun centre toujours sous la tutelle de la sécu. Ces rencontres sur deux ansm'ont presque sauvé. De temps en temps j'allais passer de très courts séjoursdans le petit dispensaire de sept chambres pour supporter ma vie et ne pastomber dans un puit sans fond que je n’aurais pu remonter. J'y ai vu les toursjumelles s'effondrer, c'était plus irréel que la reconstruction quis'effectuait en moi. Me pensant, à tort, sorti d'affaire, j'arrêtais le suivi,diminuais les traitements et rentrais dans une nouvelle vie où je tâchaisd'occulter mon passé.

« Chassez le naturel, il revient augalop » Je ne bois pas que de l'eau. Deux ans ou trois passèrent, heureux,malheureux, ennuyeux, comme chacun je le suppose. Mes vieux démons mereprirent, les crabes dévoraient un à un mes îlots de volontés. Comme chacunsait la volonté est source de vie. Sans elle, l'euthanasie devrait êtreconseillé. Je veux vivre et tuer ces morpions. À mes yeux, la vie s'écoulaitnormalement : un mariage raté, une installation « définitive »dans un pays lointain, un mauvais roman terminé, des lectures enrichissantes etune vie sexuelle épanouie. Cela n'a qu'un temps ! Désespoirintrinsèque !

Retour en France. « SDF » vivant chez masœur, dans un sursaut de volonté, je me dirige vers une de ces petitesstructures « CPM » dépendant du domicile où je suis affecté. Après unaccueil exceptionnel, ils me conseillent à juste titre de me rendre dans monancienne structure où j'avais déjà été suivi. Je trouvais cela normal, et,après un âpre débat entre moi et ma volonté, je retournais retrouver monpremier centre. L'étage où j'avais l'habitude de me rendre était aussi videqu'un récital de Mireille Mathieu au Gibus. Dans un secret espoir dedéménagement, je descendis d'un étage où je reconnus une infirmière.Restriction budgétaire : plus de lits d'accueil d'urgence de nuit,personnel réduit, je n'ai pas été écouté. Le mode de fonctionnement de cecentre m'a paru bouleversé ; administratif en diable, je devenais juste unnuméro. Et les soins ? Et le travail d'infirmière ? Je sais qu'ellessont là, mais, dans cette nouvelle structure, je ne les ai pas rencontrées. Ilm'a seulement été conseillé de me rendre à Sainte Anne (Madone des viergeseffarouchées).

Aprèsdes remerciements poliment hypocrites, je retournais derechef dans le premierCentre. Je redécouvris au bout de deux minutes l'écoute tant espérée ainsi queles mouchoirs discrètement mis à disposition sur le bureau. Le rendez-vous avecle médecin de garde se tint dans la foulée. Aucun jugement, aucun diagnostiquehâtif, seulement des questions pertinentes et une oreille attentive. Me voyantdans un état de crise extrême, elle me proposa de me reposer quelques joursdans une unité de soins. J'acquiesçais.

Apprenant que les quelques lits dont disposaient leursantennes ont, eux aussi, été supprimés pour réduction budgétaire, il ne merestait plus que le grand hôpital d'enfermement d'Esquirol dont ilsdépendaient. Je refusais net.

Enconclusion : pour faire des économies, le ministère de la santé préfèregarder ses patients entre deux et 6 mois dans des bâtiments ressemblant à desprisons plutôt que de les garder une semaine dans un environnement sain où lesmalades peuvent avoir de nombreux entretiens privés avec les infirmières etinfirmiers spécialisés. Sans être grand comptable public ni grand psychologue,il me semble évident qu'un patient restant 6 mois dans ces lieux infernaux aplus de chance de rechuter que celui qui est soigné dans une structure adéquateà sa pathologie.

Cesmessieurs des ministères misent tout sur l'hôpital de jour… (Ça coûte moinscher pour les technocrates aux binocles embués)

Foutaise ! Quand le crépuscule arrive, que l'on quitteses coreligionnaires, que les infirmières nous ont donné nos médicaments dusoir et que l'on se retrouve seul face à nos problèmes. Chienne de vie,pense-t'on !…Vivement demain. Le soir, le sourire de notre femme, de notremari, de Drucker ou de La gaffe nous ramène à une réalité que nous voudrionséviter ne serait ce qu'une petite semaine. Cette semaine aurait pu nous servirà porter un autre regard sur nous-mêmes et sur la vie. Juste une petitesemaine, nous ne sommes pas fous, justes un peu déphasés et en crise. Pour nepas s'enfoncer dans la crise, il ne faut pas s'y conforter et surtout pasplusieurs mois, entouré de patients dont la pathologie est encore plus grave.

Madamela Ministre, une petite unité coûte moins cher qu'une grande. 7 jours« d'hospitalisation coûtent moins cher que 3 mois…Demandez la calculette àvotre voisin, le technocrate de service. Je conçois parfaitement que certainespersonnes doivent êtres soignés sur une plus longue durée, mais n'oubliez JAMAISque les plus petites pathologies, dans ces grands ensembles, inexorablementpeuvent dégénérer, ne serait ce que par mimétisme, auto persuasion, posologiemal appliquée pour calmer les patients et soulager ainsi le manque crucial depersonnel.

Une petite dernière chose Madame la ministre ! Séjournez deux jours(incognito si possible) dans un de ces établissements et cela en prenant soind'éviter les rares hôpitaux modèles dont se gargarisent la haute hiérarchiehospitalière. Je suis sûr que votre opinion changera, mais peut-êtreprivilégiez-vous les cliniques privées coûtant encore plus cher à l'état. Je neveux pas croire cela de vous. »

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