Billet de blog 29 mars 2010

Urgence : Les usagers de la psychiatrie, représentés par la FNAPSY, harcelés par la presse, se défendent. Aidons-les.

guy Baillon
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Paris le 29 mars 2010

Urgence : Les usagers de la psychiatrie, représentés par la FNAPSY, harcelés par la presse, se défendent. Aidons-les.

(La Fédération Nationale des Associations d’usagers de la PSYchiatrie est attaquée sur le net depuis 3 mois et par le Parisien Libéré du 27-3-10)

Pour vous convaincre de la qualité de l’apport de la FNAPSY et des espaces créés pour les usagers dans les GEM, je vous invite à partager les émotions qui sont les nôtres lorsque nous assistons aux représentations théâtrales réalisées dans le cadre des GEM. Tout cela est menacé aujourd’hui par une campagne de presse dont il faut dévoiler les objectifs.

Lors de la Semaine d’Information sur la Santé Mentale (SISM du 15 au 21 mars), beaucoup d’entre nous ont été éblouis, même bouleversés, par des manifestations de la plus grande simplicité réalisées par des usagers de la psychiatrie : des temps de théâtre les révélant comme d’excellents acteurs, alors que ces mêmes usagers sont si violemment stigmatisés comme étranges et dangereux par certains médias.

Je vous invite, dès que l’opportunité se présentera, à partager ces expériences. Dans leur GEM (groupe d’entraide mutuelle) (créés en 2005 en application de la loi sur l’Egalité des Chances déclarant officiel le handicap dû à des troubles psychiques graves) ces personnes qui vivent les conséquences sociales de leurs troubles et des traitements, font preuve, lors d’activités théâtrales et contrairement à toute attente, d’une habileté, d’une aisance d’expression, émouvantes, précisément.

Ma première découverte date de septembre 2007 devant la pièce jouée à Nancy par un GEM ‘Ensemble’ avec Espoir 54, lors du colloque de la Croix-Marine (voir la revue « Pratiques en santé mentale », 2008, n° 1, vol 54, p 33). Là 13 usagers aidés par deux animateurs et un metteur en scène ont joué une ‘comédie humaine à la Balzac’ émouvante de drôlerie et d’invention. Ceux qui y ont assisté ont compris qu’ils avaient vécu un moment clé de la Santé Mentale. Des activités du même ordre se sont multipliées dans la plupart des 330 GEM existant en France, depuis le vétéran ‘club des peupliers’ du 13ème à Paris, jusqu’aux GEM les plus récents comme Les Neveux de Rameau, ou Connexion plus. La semaine dernière (semaine de la SISM) j’ai pu rencontrer plusieurs d’entre eux, à Châteauroux, à Orléans, à Gap, à Caen. Je reste encore ébloui et ému par le souvenir samedi dernier du spectacle des membres du GEM de Quimper, leurs danses, mouvements esquissés plus qu’exécutés, donc plus entrainants, accompagnées de fables et de paraboles méditerranéennes, nous a transportés.

Dans les GEM (qui se situent hors de tout champ thérapeutique et social), les membres (qui ne sont plus malades, ni usagers, mais ‘adhérents’ de leur association 1901 qui gère le GEM) sont soutenus par leurs animateurs et souvent l’appui amical d’un professionnel du théâtre (les professionnels ont là un rôle irremplaçable). Nous constatons à chaque fois que les nouveaux ‘acteurs’, au lieu d’être limités, gênés par leur ‘handicap’, montrent en peu de temps leurs capacités remarquables de jeu, de mémoire, mais aussi de façon inattendue, d’improvisation. Ainsi de façon très subtile se déploie lors des répétitions chez ces ‘ex-patients’ une appropriation du jeu théâtral, à la fois par de petites touches personnelles d’initiatives tout à fait adaptées, mais plus encore ces acteurs nouveaux s’appuient sur leur ‘handicap’ pour mieux toucher le public ! Soit en exagérant une certaine maladresse du geste, soit en amplifiant une bizarrerie, soit en habillant d’une emphase appuyée une répartie banale ou un geste, ils retrouvent ainsi la racine du comique et de l’émotion de Molière.

En même temps nous sommes surpris de constater qu’avant et après ces personnes ont et retrouvent leur attitude habituelle, souvent un peu figée, leur timidité, qui les met en retrait de la plupart des échanges sociaux. Il semble donc que leurs troubles persistent, mais qu’à des moments privilégiés, ces mêmes personnes arrivent à les dépasser. En réalité discrètement mais sûrement, au fil des mois, nous constatons que beaucoup d’entre eux changent, évoluent, sous l’effet de ce jeu ! Cela vaut la peine de s’interroger.

Que se passe-t-il ? D’une part de toute évidence, ils se montrent, lors de la représentation, capables ‘d’habiter’ leur nouveau personnage, au point d’improviser pour mieux se l’approprier ; sur scène ils ont une aisance, une habilité remarquables qu’ils perdent dès qu’ils redescendent en ville. Il semble que le masque du jeu leur permet de se retrouver eux-mêmes. Cela veut dire que se déroule là quelque chose que nous mettons des années à voir dans le soin grâce à un travail psychothérapique (les médicaments étant en arrière-plan, indispensables pour garder le calme et maitriser les émotions, mais inutiles pour aider à ‘penser’). Nous voyons ces personnes capables de prendre de la distance par rapport à la répétition de leurs troubles au lieu d’y rester emprisonnées.

Certes tout ceci ne se déroule et ne se maintient que si les animateurs remplissent leur rôle d’accompagnant en privilégiant le respect de ces personnes et de leurs désirs, sans chercher à appliquer les leurs ; cela n’est possible que si l’association qui a créé le GEM et dont ils sont eux-mêmes les administrateurs (ce qui est un autre apprentissage -celui de la démocratie) est soutenue par l’environnement social ; cela ne se maintient enfin que si la continuité thérapeutique se prolonge ailleurs pour ceux qui en ont besoin, ce qui est fréquent, et tout à fait personnel.

Soulignons aussi que cette activité n’est que l’une de celles qu’un GEM se donne la possibilité de réaliser, d’autres activités ont des effets complémentaires et comparables. En même temps tout cela est fragile. L’ensemble de cette expérience se poursuit dans les GEM dans la mesure où autour sont distribués les soins et les compensations sociales. En même temps on peut constater que ce qui s’y déroule est l’étape suivante (étant d’un autre ordre) de ce qui se passe dans les institutions sanitaires et sociales, car dans le GEM tout se réalise dans l’accomplissement d’une autonomie acquise antérieurement ; ceci va plus loin aussi car cette autonomie s’appuie, non pas sur la dépendance, que crée toute institution, mais sur l’interaction qui existe là entre les membres des GEM, faite d’entraide mutuelle.

Tout ceci vient consolider le bien-fondé, la pertinence de l’hypothèse des deux grands acteurs qui sont à l’origine de ces réalisations, la FNAPSY et l’UNAFAM (n’oublions pas qu’elles ont mis trois années pleines à travailler cette hypothèse, et qu’elles ont eu la chance de trouver au Ministère et au gouvernement une écoute attentive, le Docteur Martine Barrès et M-A Montchamp), j’en ai été témoin, le hasard a voulu que je sois à leurs côtés pendant toute cette période. Cet accord venait couronner leurs efforts, car ces associations ont été les deux acteurs sociaux qui ont convaincu le Président J Chirac et le Parlement de l’importance qu’il y avait d’ajouter le handicap psychique aux autres handicaps dans la loi 2005-102.

Ajoutons qu’à cette élaboration autour des GEM s’est associée la Fédération des Croix-Marine qui voyait là un prolongement heureux de l’invention des ‘clubs thérapeutiques’ par la Psychothérapie Institutionnelle à St Alban sous l’occupation dès 1942.

Au total les GEM sont une formidable initiative dont ces acteurs peuvent être très fiers, elle doit être connue du grand public, car elle apporte une bouffée d’espoir et d’humanité au moment où notre société ne parle que de productivité, où la psychiatrie risque de perdre cette humanité sous les coups redoublés d’un ministère de la santé qui ne rêve que de management et de sécurité, et où de grandes entreprises pharmaceutiques ne rêvent que de démontrer l’emprise exclusive des molécules chimiques sur l’homme.

HELAS ! Deux menaces très graves se font jour exactement au même moment pour les GEM et la FNAPSY. J’ai évoqué la première, la réduction du budget des GEM par l’Etat. Inacceptable ! La seconde est intolérable. Vous avez compris que les personnes qui ont des troubles psychiques graves, au lieu d’être dangereuses (il faut les voir sur scène !!!) sont très vulnérables, fragiles ; en cas de danger elles se mettent en retrait, surtout elles ne savent pas se défendre si elles sont attaquées, et ensuite, le pire, elles ne demandent rien.

Eh bien, nous sommes obligés de constater avec douleur et stupéfaction que depuis plusieurs années, et surtout depuis trois mois quelques personnes de la société civile (rares heureusement) s’acharnent à vouloir profiter de cette vulnérabilité, soit en voulant parler à leur place ‘pour les protéger’, soit en voulant prendre, sans aucune légitimité, la place officielle de la FNAPSY pour participer aux échanges nationaux discutant des lois à venir.

Il faut insister sur le fait que les GEM doivent toutes leurs qualités à la distance établie tant avec les soins, qu’avec les structures sociales, ils la doivent au fait qu’ils sont centrés sur leur expérience d’autogestion par les usagers eux-mêmes. Rappelons que ceci n’est pas le fruit du hasard, c’était souhaité par la FNAPSY et par l’UNAFAM, voulu par l’Etat. Il est évident que l’acteur le plus représentatif de cette mobilisation a été la FNAPSY, fédération constituée de délégués élus de petites associations locales d’usagers ; son bureau et son CA ne sont constitués que par des usagers. Ce n’est donc pas par hasard si c’est sur cette Fédération que se concentrent toutes les agressions actuelles ; celles-ci par exemple interprètent sans preuve des ‘présentations floues’ des bilans d’activités’ comme étant des erreurs de comptabilité (le Parisien libéré), procès monté de toute pièce, on comprend aisément pourquoi : c’est une cible facile. Dans ce débat, il est essentiel de ne pas oublier la vulnérabilité des membres de la FNAPSY qui sont, plus que chacun de nous, démolis quand on s’attaque injustement à leur compétence et à leur honnêteté. Oublier leur vulnérabilité est criminel au regard de l’effort qu’ils ont déployé pour parvenir à faire reconnaître leur handicap et à gérer leur Fédération. Mettre la FNAPSY et ses acteurs en accusation et sous contrôle est une manœuvre facile qui vise clairement à détruire ce joyau qui donne directement la parole aux usagers. Rien n’est plus aisé que d’arriver à ‘piéger’ une personne ou un groupe vulnérable : il suffit de guetter tous ses actes : à un moment ou l’autre on va observer une expression de son handicap, et on l’interprète aussitôt comme une agression. C’est une des lacunes de l’Etat que d’avoir reconnu l’existence du handicap psychique, sans l’avoir accompagnée de mesures de protection civile contre des personnes prédatrices.

En réalité la FNAPSY n’a certainement pas commis d’erreurs, ces prédateurs savent qu’un simple harcèlement (précisons que ces attaques se renouvèlent depuis 2 ans et se sont accentuées depuis trois mois par des mails violents diffusés largement, associés à des menaces) pourrait déstabiliser tant la FNAPSY que les 80 petites associations plus fragiles qui la composent. Une telle violence est d’une sauvagerie exceptionnelle, et doit être l’objet d’une condamnation, car elle est faite en toute connaissance de cause. Nous devons nous opposer sans failles à de telles méthodes.

Je crois savoir que l’UNAFAM a une position claire : les familles qui défendent avec tant de force le présent et l’avenir de leurs enfants savent qu’elles ne sont ‘légitimes’ dans leurs revendications que lorsque l’UNAFAM se bat sur la scène sociale ‘aux côtés’ de la FNAPSY, c’est-à-dire des usagers eux-mêmes. Jean Canneva président de l’UNAFAM a su le démontrer en fondant depuis 2001 une alliance totale avec Claude Finkelstein, présidente de la FNAPSY autour de leur programme commun et leurs 6 points.

L’UNAFAM, la FNAPSY et la Fédération des Croix Marine, désignés par l’Etat dès 2005 comme les ‘parrains’ des 330 GEM, vont se battre ensemble aujourd’hui pour confondre les prédateurs de la FNAPSY et des GEM. Simultanément elles demandent à l’Etat, non seulement de ne pas diminuer la subvention de chaque GEM, mais de doubler le nombre de GEM, tellement cet outil apporte d’espoir.

Il a été décidé de faire une « conférence de presse » le vendredi 2 avril pour défendre la FNAPSY.

Je suis persuadé que chacune d’elles sera sensible entre temps à toute manifestation de soutien en direct ou par internet venant de chacun d’entre vous. Guy Baillon

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