Lucile vs David et Jean Paul...Danger!

En raison d'un numéro de duettistes particulièrement stressant sur France 2, dont Lucile Longre nous adresse un extrait choisi, dois-je faire mon "acting out?

Je suis, tu es, nous sommes tous des "maniaco-dépressifs", ces gens dangereux et suicidaires qui vivent lâchement sur le dos des braves experts que sont Pujadas et Chapel.

 

Plutôt que de m'indigner, (ça devient compliqué ici...), je préfère vous proposer un courrier à l'adresse de nos sénateurs et députés, à diffuse et envoyer s'il vous chaut.

 

Madame, Monsieur le Sénateur, Madame, Monsieur le député

 

Permettez-moi, en tant que citoyen de votre circonscription, de vous alerter sur le contexte dans lequel le projet de Loi dit "Plan de Santé Mentale" va être présenté devant vos assemblées.

 

Tout d'abord le terme santé mentale, qui englobe toutes sortes de plans existentiels, pathologiques, de handicaps, et ... d'opinions, est un terme piège aux attendus plus ou moins fallacieux et hypocrites,et une menace de confusion entre stress, malaise, déprime, addictions, handicap, maladie psychique légère ou grave, et les actions y afférant.

 

Un autre registre doit attirer votre attention: la pensée actuelle, la culture, la politique sont infiltées de signifiants qui en appellent au rejet et à la discrimination. Folie, délinquance, dangerosité sont des mots désormais solidement associés dans l'esprit des gens ordinaires. Vous y avez contribué à travers la loi du 5 Juillet 2011 portant réforme des "droits et de la protection" des personnes atteintes de troubles psychiques.

 

D'un autre ordre, mais complémentaire, le discours ambiant prête à s'inquiéter: les malades coûtent cher, "nous" coûtent cher; de quoi introduire chez eux un sentiment stressant de culpabilité, qui renforce ce dont ils soufrent; et de quoi cliver les gens, qui doivent alors "les" regarder en chiens de faïence dans les immeubles, les villages, les espaces publics.

 

Les mesures qui ont été adoptées il y a quelques années, instituant généreusement des formes de prises en charge réputées "manquantes dans la trame des systèmes de soins", tels les SAVS, SAMSAH et autres lieux, ont eu pour effet de rendre encore plus précaire le fonctionnement des services de psychiatrie de secteur, et de faire passer nombre de prises en soins et d'accompagnement des gens malades hors du champ sanitaire, vers le champ médico-social géré pour partie par les Départements, et pour partie seulement par les ARS et la Sécurité Sociale. En d'autres termes, de la souffrance psychique au "handicap mental".

 

Prenez garde, honorable élu(e), que l'action de "handicapisation" de la folie humaine ne procède à présent que du déni, de la ségrégation et du rejet, dont les sombres empreintes et leurs conséquences tragiques sont déjà ancrées dans notre société. Prenez garde que la financiarisation de toute politique, en matière de santé, psychique notamment, ne détruise pas ce qui existait, à savoir un dispositif de secteur au coeur de la cité, dont le contenu holistique a été hélas réfuté par des rafales d'"expertises" plus ou moins convenues et complaisantes.

 

Je vous en conjure, allez vraiment, au moment où le texte vous sera proposé au vote, voir les vrais professionnels, ceux qui ne se sont pas livrés à l'art gourmand de l'expertise, ceux qui s'occupent des gens; et questionnez-les sans tabous. Et puis, questionnez les gens qui reçoivent, parfois si peu voire si mal, des soins de cette nature; moins sur leur pathologie que sur la manière dont ils vivent, à défaut parfois d'exister. Cherchez dans les sous-jacences les vécus soi-niants et soi-niés.

 

Fort respectueusement

 

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