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Billet de blog 16 avr. 2015

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Opium des peuples

« Pendant des années, je me suis senti défié par le sujet, la mémoire et la réalité du football, et j’ai eu l’intention d’écrire quelque chose qui fût digne de cette grande messe païenne, qui est capable de parler tant de langages différents et qui peut déchaîner tant de passions universelles ». E. Galéano

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Eduardo Hughes Galeano, est mort le 13 avril 2015 à l’âge de 74 ans dans sa ville natale de Montevideo.

 Il est surtout connu pour son livre « Les Veines ouvertes de l’Amérique latine » retraçant le dépouillement des ressources naturelles par les firmes Etasuniennes et Européennes dans son Amérique Latine tant aimée. Cependant, ce qui a touché mon petit cœur de passionné de football est l’œuvre « EL fùtbol sol y sombra », d’une notoriété moindre.

Le mendiant de bon football comme il aimait à s’appeler ne s’est jamais dévoué à un club, pas même le Nacional de Montevideo, ville dont il était originaire. Il allait de par le monde en implorant « une belle action, pour l’amour de dieu ». Eduardo G. était animé par le beau football, le beau jeu, les joueurs qui défient la gravité par leurs dribles et leurs buts, ceux qui jouent pour l’amour du ballon, comme des enfants, fripons et espiègles qui n’aspirent qu’à jouer des tours à leurs adversaires. Le champion à ce jeu, n’est autre que Garrincha « l’homme qui donna le plus de joie au spectateur de toute l’histoire du football ».

 Dans son chef d’œuvre Galeano évoque le foot dans son ensemble, de ses origines antiques, en Chine et chez les Aztèques, à sa dénaturation productiviste sous les coups de boutoir d’Havelange et du monde capitaliste. L’essayiste décrit chaque élément de ce sport, le joueur, le ballon, le stade, les règles du jeu et même l’arbitre, cet homme en « deuil de lui-même » (Parce que vêtu de noir), invectivé, haï, qui entend parler de sa mère à chaque match … Même lorsqu’elle n’est plus. Alors, pourquoi l’arbitre continue-t-il ? Parce qu’il se trouve là, dans l’espace vert et sacré où le ballon roule et vole, il supporte les insultes, huées, allusions blessantes et malédictions, dixit Galeano.

Au-delà de la beauté et de la joie de ce sport, opium des peuples, il y a la part sombre, le côté obscur ! Le football est un business. Les supporters des clients et le joueur un intermittent du spectacle. Ironie du sort, le tourment est venu d’un brésilien, originaire du pays du « football samba ». Jean-Marie Faustin Goedefroid de Havelange à son accession à la tête de la FIFA, en 1974, eut ces mots "Je suis là pour vendre un produit appelé football". C'est un succès ! Le football se vend à prix d’or, les TV se l’arrachent. La Télécratie comme l’appelle  l’auteur. « Qu’ils jouent et qu’ils la ferment » assène Havelange lors du mondial 86 au Mexique, les joueurs ayant eu le malheur de râler après les horaires de matches ajustés aux téléspectateurs Européens.

Il y aurait tant à dire sur cette œuvre mais continuer à l'exprimer de mes mots serait lui faire offense. Je vous laisse la découvrir par vous-mêmes. J’en appelle à tous, férus de foot ou pas, à lire ce livre !  « Football Ombre et lumière » est le plus bel ouvrage consacré au football !

« Pendant des années, je me suis senti défié par le sujet, la mémoire et la réalité du football, et j’ai eu l’intention d’écrire quelque chose qui fût digne de cette grande messe païenne, qui est capable de parler tant de langages différents et qui peut déchainer tant de passions universelles ».  Galeano de continuer « Je ne sais pas s’il (le livre) est tel qu’il voulait être, mais je sais qu’il a grandi en moi et qu’il est arrivé à la dernière page, et que, maintenant qu’il est né, il s’offre à vous ». Lui, qui ne jouait correctement au foot que dans ses rêves, est devenu un esthète du football au même titre que les Pelé, Maradona et autre Garrincha, pas avec les pieds, mais avec la plume.

Vous avez  fait de nous des mendiants de bon football.

Allez en paix Eduardo Galeano.  

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