France-Brésil, 25 ans plus tard

Ce matin, des frissons et même la chair de poule, je vous jure, en parcourant les quatre pages que L'Equipe consacre à France-Brésil. Celui du 21 juin 1986, bien sûr. Ce match, c'est le match de ma vie, le match de ma génération (1978), celle qui est née au football ce soir-là.

Ce matin, des frissons et même la chair de poule, je vous jure, en parcourant les quatre pages que L'Equipe consacre à France-Brésil. Celui du 21 juin 1986, bien sûr. Ce match, c'est le match de ma vie, le match de ma génération (1978), celle qui est née au football ce soir-là.

Platini, Giresse et les autres racontent leurs souvenirs dans l'Equipe aujourd'hui. Je les lis mais ce sont mes souvenirs à moi qui ressurgissent.

Un match de folie, enregistré en VHS, et revu des dizaines de fois avec mon frère, presque chaque année. Un match anti-blues. Certains regardent La Vie est belle, de Capra, quand ils n'en sont plus persuadés. Nous, c'était France-Brésil, de Guadalajaja, avec le résumé à la fin, la balle qui ne sort jamais du terrain, Didier Roustan qui compte, éberlué, le nombre de passes consécutives, et, Platini, à genoux devant Fernandez, les bras grand ouverts.

Il y a cette nuit chez ma grand-mère, peut-être un mois après le match, où je dors à côté de mon frère qui me dit: «Ferme les yeux. On se refait chacun le match dans notre tête»: les buts de Careca, de Platini, Bellone accroché, Fernandez qui marque son penalty. Lui a trois ans de plus, alors il se souvient bien mieux. Aujourd'hui encore, je suis sûr qu'il peut réciter l'interview de Max Bossis racontant le but de Careca. Au bout de trois minutes, j'ai fini de me refaire le match dans ma tête. Mais je fais semblant que non, et j'attends de longues minutes qui m'en paraissent durer 120, que lui aussi ait fini.

Le soir de France-Brésil, je me souviens d'un mot entendu pour la première fois : «la baraka». Joël Bats l'avait, selon Michel Drucker, que je ne pourrai jamais vraiment moquer, parce qu'il a commenté ce match là, crié avec des tremolos dans la voix « Luis Fernandez» comme personne n'a jamais crié «Luis Fernandez».

Un autre nom magique reste associé: Guadalajara, qui donnera son nom à l'ancêtre de So Foot, une magnifique revue crée par des amoureux du match.

C'est aussi ce soir-là que mon père a lancé sa fameuse expression: «Stopyra, c'est quand même un sacré joueur».

Et puis c'est ce jour-là que je suis descendu dans la rue pour la première fois après un match. C'était la fête de la musique. Quelqu'un jouait du piano dans la rue.

Je me souviens de tout ça. Mais je ne me souviens pas d'une joie aussi intense dans ma petite enfance.

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