Balade après balade, j'ai redécouvert mon environnement et pris le temps de m'émerveiller

La pandémie m'aura au moins apporté une chose positive et fondamentale dans ma vie : elle m'a fait découvrir le printemps. Je viens de la campagne, mais ce n'est pas parce qu'on est entourés par des champs qu'on connaît quoi que ce soit à la nature, c'était mon cas. En mars 2020, jour après jour, balade après balade, j'ai pris le temps de découvrir mon environnement direct et de m'émerveiller.

Bonjour Mediapart,

Je réponds à votre appel à témoignages sur ce que la crise du covid-19 a changé dans notre rapport à l'écologie dans notre quotidien. 

La pandémie m'aura au moins apporté une chose positive et fondamentale dans ma vie : elle m'a fait découvrir le Printemps.

J'habite dans une ville de région, je suis enseignante. Souvent, je pars au travail avant qu'il fasse jour, je rentre pressée par le quotidien, comme tout le monde.

Puis tout s'est arrêté avec le confinement de mars : je pouvais mieux dormir, mieux manger, mais j'étais coincée chez moi. Alors, entre deux classes virtuelles, j'allais promener mon toutou.

J'ai adopté un chien il y a quelques années, mais les promenades en milieu de matinée ou en début d'après-midi étaient rares, et réservées aux week-ends. Et lorsque c'était le cas, j'allais en forêt, à un quart d'heure en voiture. Cette fois, mon notre périmètre de balade était circonscrit au kilomètre autour de chez moi, un quartier résidentiel où alternent maisons individuelles, mitoyennes et immeubles, avec souvent des petits jardins ou même de grands parcs cachés derrière de hauts murs d'enceinte.

Je viens au départ de la campagne, mais ce n'est pas parce qu'on est entourés par des champs qu'on connaît quoi que ce soit à la nature, c'était mon cas. Ce mois de mars 2020, j'ai découvert le Printemps car jour après jour, balade après balade, j'ai pris le temps de découvrir mon environnement direct et de m'émerveiller. Je voyais pousser toutes sortes de feuilles, puis de fleurs le long des murs, des trottoirs, des grillages. D'abord j'ai été frappée par les campanules, des explosions de fleurs violettes partout dans mon quartier. Pourtant elles étaient déjà là l'année dernière, et celle d'avant... Mais je les voyais pour la première fois. Pareil pour toutes ces rues charmantes que je ne connaissais pas, et que j'ai pu explorer dans tous les sens au fil des semaines, pour varier les itinéraires.

Puis petit à petit, j'ai passé toutes mes promenades canines le nez baissé, à la recherche de nouvelles plantes. Chaque jour j'en ramenais une, « prélevée » (c'est le verbe utilisé par les chasseurs pour dire qu'ils tuent un animal sauvage) à une lisière de jardin, sur un talus ou le long d'une maison, et je la mettais à raciner dans un verre d'eau ou dans un pot. Je n'y connaissais rien du tout en jardinage, alors j'ai fait des essais. En quelques semaines, mes rebords de fenêtres étaient encombrés de plantes ou tous genres : les campanules, mais aussi des linaires, plein de sortes de plantes grasses, de la verveine de Buenos Aires, des achillées, de la ruine de Rome, des mufliers et tant d'autres que je n'ai jamais pu identifier. J'ai commencé à les planter dans mon petit jardin, auquel je n'avais pas touché depuis l'achat de ma maison. Chaque matin, avant même de boire un verre d'eau, je me précipitais folle de joie dehors pour voir qui avait repris, qui avait éclos, ou qui était en fâcheuse posture. C'était un réel bonheur quotidien. J'ai commencé à lire sur le sujet, à me documenter, à affiner mes transplantations. Bientôt, alors qu'avant il n'y avait que de la pelouse, mon micro jardin abritait des dizaines de variétés différentes, tantôt complètement sauvages, et tantôt de culture mais qui s'étaient naturalisés en sortant des jardins au gré des coups de vent emportant les graines.

Tout cela m'a donné le goût du jardinage ; j'ai chouchouté mes quelques mètres carrés de verdure, retourné une bonne partie de la terre pour en extraire les monceaux de débris (de la barre de fer aux tessons de bouteille en passant par des tuiles, des briques et des morceaux de ciment) qui ne manquent pas de dormir dans tous les jardins de ville, planté un fruitier, et fait pousser des tomates. Dans la foulée, j'ai réservé un carré de jardin familial dans mon quartier, que je me mettrai à cultiver au printemps prochain, à un an d'intervalle du premier confinement, donc.

Aujourd'hui, ce que je garde de tout ça c'est : beaucoup de nouvelles connaissances, un goût pour les plantes à fleur et pour le jardinage, des compétences dans le domaine apprises à force de zoner sur internet, de regarder des vidéos sur Youtube et de discuter avec des amateurs, et une attitude alerte dès que je me promène le long d'un chemin ou d'une plate bande municipale. Cela m'a aussi permis de me rapprocher de mon père qui est passionné de botanique depuis sa retraite et qui répertorie patiemment depuis quelques années les centaines de plantes sauvages qui tapissent sa région.

Donc oui, le Covid-19 m'a enlevé ma grande-tante et causé beaucoup de souci. Mais il m'a aussi offert le Printemps, et ce pour toute ma vie, car désormais dès l'automne j'attends avec impatience que les narcisses commencent à montrer leurs feuilles, signal du top départ de la beauté et de la joie.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.