Une crise sanitaire comme catalyseur de convictions

Dans le brouhaha médiatique ininterrompu, les détenteurs du pouvoir exploitent et osent tout pour soustraire aux yeux de tous la clef véritable de la démocratie, qui donnerait leur pouvoir aux masses, et pour faire oublier les urgences environnementales et humaines qu'ils aggravent chaque jour par leurs politiques.

En réponse à la question de l'appel à témoignage "qu'est-ce que les crises sanitaire et écologique actuelles ont changé à votre vie?".


La crise sanitaire a effectivement affecté tout le monde plus ou moins directement et pour des raisons très différentes. Alors que pour certains, la crise sanitaire bouleverse les habitudes, elle n'est pour d'autres qu'une conséquence logique et une confirmation de ce qui sourdait et devait arriver inévitablement.

Nous sommes nombreux à ne pas avoir commencé à penser à un changement avec le Covid mais bien plus tôt, celui-ci n'ayant eu pour nous, me semble-t-il qu'un effet catalyseur sur des réflexions amorcées il y a déjà bien longtemps.

Passionné avant même l'adolescence par le naturalisme et en particulier l'éthologie, les questions environnementales m'ont toujours paru naturelles, les différences de biotopes, la répartition des ressources naturelles terrestres, études de l'empreinte sur l'environnement de certaines espèces...

J'ai eu l'occasion d'une discussion au hasard de rencontres chez des amis, il y a 30 ans déjà, avec un opérateur de marché. Un américain venu faire ses armes en France quelques temps. Ce que j'en ai retenu, c'est la déconnexion de sa vision des ressources terrestres, vision acquise de par ses études et ses formations, qui en dit long sur la doctrine capitaliste et sa conception du Monde, et sur la volatilité de ses valeurs, abstractions pures figurant sporadiquement et arbitrairement quelque chose de concret, ou pas.

Puis, il y a 25 ans, j'ai découvert "Our plundered planet" de Fairfield Osborn, une étude de la relation humaine à la planète et de nos débordements, en particulier industriels, aggravés par les deux guerres "mondiales" encore récentes pour l'auteur (publication en 1948). Un texte en avance sur son temps, qui a pris de grosses rides à la lumière de nos réalités actuelles mais qui pose déjà les questions que tout le monde se pose aujourd'hui, 70 ans plus tôt.

C'est en toute logique, que je me suis amusé à faire des estimations de la "masse vivante" et de la "masse cultivable" sur Terre, et une estimation de ce qu'il serait possible d'avoir de surface cultivable et d'eau pour chaque humain dans l'hypothèse farfelue d'une répartition équitable et globale totalement utopique.

On s'imagine souvent cette grosse planète bleue et blanche comme une grosse masse de vie.  En réalité, à son échelle, la vie ne tient qu'à une fine couche d'eau dans les creux de sa surface et une infime pellicule de terre fertile étalée sur quelques unes des parties émergées de sa croute refroidie.  Le reste n'est que pierres et fer fondus.

À l'occasion d'un de mes déménagements, j'ai laissé ma télé il y a plus d'une douzaine d'années maintenant, sans le moindre regret et le moindre manque.

Chaque fois que je passe chez quelqu'un ou dans une chambre d’hôtel qui a une télé, je suis effaré de ce que j'y vois, et l'effarement est d'autant plus important que le temps s'est écoulé entre chaque redécouverte.  Je n'oublie pas ce jour de mon enfance où tout le monde a découvert la première pause publicité sur FR3, la "chaine à l’œil hexagone".  Un "scandale".

Mon foyer partage avec moi un rejet du mercantilisme outrancier qui nous entoure même si, en bons enfants des 70's de cette société, nous gardons quelques habitudes parfois bien éloignées de notre idéal décroissant.

Nous avons essayé les AMAPs et participé à des réunions sur les monnaies locales, suivi les organisations des jardins partagés ...et finalement quitté Paris et sa gentrification.

Et voilà qu'un jour, une taxe déclenche un mouvement.

Au début, la motivation ne nous interpelle pas. Le prix de l'essence n'étant pas pour nous le nerf de la guerre.

Mais dès la seconde semaine, commencent à apparaitre dans les revendications des aspirations à une vraie Démocratie.

Le RIC est évoqué, même s'il est encore mal interprété par bon nombre d'intervenants dans les discussions.

L'idée est là: Démocratie.

Ou du moins, une approche de la démocratie.

Le truc qu'on a perdu depuis 1805, quand le facho bonapartiste se voulant empereur dépouille le Peuple de sa constitution de 1793 pour en filer les clefs à une "chambre" de cinq gugusses dans le plus parfait mode oligarchique...

La France avait connu douze ans de Démocratie sur le papier sans en avoir vu la couleur et en avoir vraiment fait l'expérience...
Il y a toujours des psychopathes qui veulent le pouvoir, qui veulent plus, qui veulent contrôler. Des malades.

Dans notre foyer, nous ne sommes pas dans le besoin mais nous n'oublions pas les épreuves vécues et nous pensons bien avoir une conscience aiguë de deux choses:
- une majorité de français surnagent
- le reste ne doit son confort ou sa survie qu'à cette majorité

Nous étions donc au péage local dès le second week-end. Avec notre enfant puisqu'alors la répression n'avait pas encore commencé.
Là, nous avons rencontré ces gens qui surnagent, qui se battent chaque jour pour ne pas être submergés par toutes les difficultés que l'administration et la pression financière rendent chaque jour plus pesantes. Des gens qui n'ont pas grand chose et sont plus nombreux à le partager qu'à le garder pour eux seuls. Aux antipodes de la doctrine libérale capitaliste qu'on nous présente comme étant représentative du pays (les grandes richesses, les grand industriels, les politiques, ceux qui ne lâchent rien sans en retirer plus encore).
C'est avec l'évocation de cette Démocratie que la pression policière a commencé à apparaitre. Au début, plutôt sous-dimensionnée quoique déjà très zélée. Mais plus forte de semaine en semaine de par la remise en cause de plus en plus visible de l'oligarchie et du fait que celle-ci n'est pas prête à lâcher son pouvoir.

Le gilet jaune est devenu LA cible à abattre.

Dès notre premier week-end de manifestation sur le chef-lieu, nous avons constaté deux choses:
- les forces de l'ordre protégeaient deux points "névralgiques" près de la gare : le centre des finances publiques, et le siège d'une grand groupe commercial qui, bien qu'il ne représente en rien un organe vital étatique, prouvait déjà le souci bien discutable de l’Intérieur pour la préservation d'intérêts privés.
- au moins un appariteur était présent (difficile d'en trouver d'autres en se focalisant sur un pour ne pas le perdre), toujours en tête de cortège, il "orientait" discrètement mais surement le cortège, prenait de l'avance et donnait l'exemple à quelques enragés en secouant une barrière de chantier, sans jamais la renverser lui-même, mais en s'assurant que sa suite le fasse. Et dès que ceux-ci s'excitaient sur un truc à casser ou bruler, monsieur s'éclipsait loin devant, puis revenait en tête de cortège dès que celle-ci passait les destructions.  Le manège s'est reproduit à chaque défilé.
D'acte en acte, le scénario se reproduisait, avec peu de variations, si ce n'est dans le sens de circulation. Il en sera toujours de même avec pour seule variante, l'organisation du nassage, plus apparent et plus systématique à chaque fois. Plus brutal aussi.

Nous n'étions pas proprement dans le cortège, nous orbitions autour, repérant ça et là des groupes de discussion et tandis que la foule se massait sur la place de la gare, nous trouvâmes quatre retraitées qui discutaient à l'angle de deux rues sur le trajet de la manifestation. A quelques mètres de là, un car de CRS et ses occupants. Un mouvement de foule au loin. Un pop. Le nuage toxique nous a enveloppé, nous nous sommes dispersés en jurant, une des vieilles dames s'est uriné dessus de peur, et de nouveaux pops ont retenti, balayant en pleine course une cuisse ou une épaule d'un voisin non identifiable entre les larmes et les nappes de fumée.
Ceux qui se sont engouffrés dans des entrées d'immeuble n'ont pas évité la matraque et les coups de pied.

Et le mouvement a continué, de semaine en semaine. La violence des forces de l'ordre a protégé l'élite d'une montée trop vive de la colère populaire. Les brutes caparaçonnées sont devenues incontournables sur chaque manif, et se sont vues largement renforcées depuis.  La présence des hélicoptères est devenue systématique.

Les Gilets Jaunes espéraient un éveil massif. Les commerçants râlaient contre ces emmerdeurs qui faisaient fuir la clientèle. Les médias commençaient la litanie de ces "rouges, racistes, peste brune, casseurs, débiles qui ne sont rien" à coups d'interventions de leur intelligentsia perverse et névrosée. Les haineux du PAF se relayaient.

Mais la colère demeure.
Sourde, apparemment affaiblie, mais toujours bien présente.

Et ici et là sur Terre, un peuple se lève et gronde.
Ici et là, le pouvoir en place le réprime.
Ici et là, le marché mondial au pouvoir se révèle parfaitement globalisé et totalitaire.  Son masque tombe.

Les pompiers ont fait leur mouvement.
Le personnel soignant a fait son mouvement.
Chacun fait son mouvement, mais hors de question de se mêler aux Gilets-Jaunes.

Et dans ce contexte d'éveil global des consciences, sorti d'un village chinois où fut inauguré par le mari de la ministre Agnès Buzyn (Yves Levy) un laboratoire de recherche virologique, un pathogène apparait dans la population.
(https://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_de_virologie_de_Wuhan)
Y voir un lien causal serait purement conspirationniste. C'est un pur hasard, si opportun qu'il puisse être. Soyez en sûrs.

Et depuis, s'enchainent les annonces mensongères, entrainant d'autres annonces mensongères, d'abord pour masquer (c'est presque drôle) les premières annonces, puis pour les excuser ou prétendument les expliquer.
On a fait avec le savoir du moment.  Comme avec Galilée.

Crier à la sorcellerie et à l'hérésie contre chaque voix dissonante, et mélanger les débats.  La recette.
Une pincée de peur virale, une larme de fanatisme religieux, un soupçon de terrorisme et de crise économique, et pendant que tout ceci préoccupe le peuple, on prend bien soin de ne pas parler de l'élan démocratique tout en vendant le pays, miette après miette.

Toute dissonance est présentée comme anti-démocratique alors qu'elle est l'essence même de la Démocratie.

Les commerçants et restaurateurs découvrent à leur tour la phase qui les concerne du grand projet de détricotage national.
De pillage devrais-je dire.
Mais non, on ne vire pas Gilet-Jaune, on ne se mélange pas avec ces emmerdeurs quand on est un libéral capitaliste, tout petit-capitaliste. Et il y a fort à parier que si une solution apparaissait pour chacun et que le commerce redémarre, toute cette révolte serait aussi vite oubliée. Le nombrilisme reste bien présent chez les libéraux.  Ils oublient bien vite qu'il n'y a pas de place pour eux dans la grande arche des grands capitalistes.
Ils n'ont pas compris que si la foule pouvait remplir les grandes surfaces mais pas leurs petits commerces, ce n'était pas dans une quelconque logique sanitaire.

Ce qui est effarant dans cette histoire, c'est que nous sommes en prison, que des barreaux sont ajoutés chaque jour pour renforcer cette cellule, qu'il y a une clef qui est la vraie Démocratie pour ouvrir TOUTES les portes, mais qu'une majorité ne pense qu'à attraper entre les barreaux le quignon de pain que son voisin n'aura pas, et s'en satisfait.

Nous sommes un peuple médiocre.
Nous sommes la honte des libertaires qui ont œuvré à la Constitution de 1793 et au CNR.
Nous méritons sans aucun doute ce qui nous arrive, et pire encore, ce qui nous arrivera.

Et pendant les interminables débats toujours plus éloignés de la question démocratique, le gouvernement et sa majorité parlementaire œuvrent sans interruption au détricotage et à l'anéantissement parfaitement organisé de tout ressort démocratique dans les textes.
Croire à leur incompétence est un aveuglement. Ils sont tous parfaitement compétents pour réaliser ce pour quoi ils ont été choisis. Ne pas se poser de question. Appuyer et appliquer la politique prévue coûte que coûte.

Peu importe la véracité et la gravité de l'épidémie. Ce serait autre chose, un nouveau nuage tchernobylien, un météore, une noyade des littoraux par la montée des eaux, c'est un écran de fumée artificiellement épaissi par les médias et les mesures politiques dans un seul objectif: entretenir les peurs et focaliser les esprits sur tout autre sujet que l'éveil démocratique.

Et pendant toutes ces tergiversations politiciennes, la Terre tourne, le temps passe, la nature que nous connaissons disparait préparant l'émergence d'un autre stade de la population vivante planétaire. Qu'on en fasse partie ou non.

Cette "crise" nous en aura convaincus.

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