Trop de noirs dans le foot?

Ce qui gêne George Pau-Langevin, députée (PS) de Paris, «c'est de ne pas voir assez de minorités dites visibles dans d'autres domaines» que le sport.

Ce qui gêne George Pau-Langevin, députée (PS) de Paris, «c'est de ne pas voir assez de minorités dites visibles dans d'autres domaines» que le sport.

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puceinvite.jpgDepuis quelques jours, les médias se font l'écho de la controverse autour de projets prêtés aux responsables du foot pour limiter le nombre de joueurs noirs en équipe de France. Les dénégations et les sanctions ont commencé à tomber et il faut se féliciter de ce qu'une politique de quotas soit récusée nettement. En effet, le réflexe courant face aux minorités visibles est précisément qu'il y en ait trop: trop dans les halls d'immeubles, trop dans les cages d'escaliers, trop dans les prisons, trop dans les équipes gagnantes en foot ou en athlétisme! Ce qui me gêne davantage dans ce débat, ce sont les arguments échangés: pour certains, il faudrait limiter le nombre de noirs car le football serait ainsi trop physique, trop fondé sur la force brutale, alors qu'en intégrant plus de blancs, il serait plus subtil, plus raffiné, plus malin! On n'a guère évolué sur l'image habituelle du noir dans la société française.

D'ailleurs, il est significatif de constater comment le débat oscille en permanence entre le fait que certains joueurs soient noirs, et le fait qu'ils aient une double nationalité, ce qui permet de mettre en doute leur patriotisme, comme le font à l'envi d'une manière plus générale les députés UMP pour les binationaux. On voit aussi le glissement permanent incitant à la suspicion contre des noirs complètement français comme Anelka, voire de deuxième génération, donc qui ne sont pas binationaux. On a l'impression que la xénophobie attisée par certains dans la société française se répand sur les terrains de sports jusqu'ici épargnés.

Au contraire, ce qui me gêne, c'est de ne pas voir assez de minorités dites visibles dans d'autres domaines sans que les mêmes consciences patriotiques semblent gênées de ce manque. Or, si nos élites intellectuelles, politiques ou médiatiques font peu de place à la diversité, en revanche les milieux du sport, notamment du foot, demeurent un débouché idéalisé pour les jeunes des quartiers populaires. Dans les années 1950, les icônes du foot étaient d'origine polonaise ou italienne. Aujourd'hui ils sont antillais, maghrébins ou africains, à l'image du prolétariat actuel.

Pour moi, l'équipe idéale serait plutôt black, blanc, beur à l'image de la France actuelle, que représentative d'une seule de ces composantes. Mais il faudrait sans doute se demander pourquoi, pour beaucoup de jeunes, l'affirmation dans le monde du sport, voire du rap, est la seule porte ouverte dans notre société. Il faudrait même voir de près, pour y remédier, le drame que représente pour trop de jeunes Africains la venue en Europe dans l'espoir d'être recruté par une équipe de foot, au risque d'y perdre sa santé, son intégrité physique et de finir clochardisé.

Le monde du sport n'est pas une bulle indépendante des difficultés de notre société actuelle, il est au contraire très représentatif de celle-ci. On ne peut donc intervenir sur les questions sportives sans appliquer les principes fondateurs de notre démocratie: la république est rétive aux quotas mais elle doit trouver le moyen d'assurer la diversité, à considérer comme une richesse. Il faut permettre aux jeunes des quartiers populaires de s'épanouir par le sport ou la musique, mais aussi dans la vie sociale, dans l'entreprise, dans la représentation politique. Il faut enfin que toutes les composantes de notre société se sentent également légitimes dans leur aptitude à participer aux grandes manifestations qui représentent notre pays. Tous les débats sont recevables à condition d'avoir comme impératif absolu le respect de la personne humaine.

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