Quotas du football: drame en 5 actes

Acte I : L'évolution du jeu en France

 

 

D'un jeu principalement basé sur la technique et la vivacité dans les années 80, brillament illustrée par la génération des Platini, Giresse, Tigana, le jeu évolue de plus en plus vers un football où la puissance physique prime de plus en plus. L'OM en 93 et l'équipe de France 98 sont déjà de subtils équilibres entre armoires à glace et joueurs vifs et techniques. Les années 2000 voient une quasi-disparition des joueurs vifs et techniques. La faute à un système de formation stéréotypé et un recrutement uniforme. Ce n'est pas hasard si les quelques joueurs imprévisibles qui subsistent sont des joueurs ayant échappés au système de formation habituel (Ribery, Valbuena).

 

Acte II: la lutte de pouvoir au sein de la FFF

 

Ce n'est pas un secret pour ceux qui suivent le football, la fédération française de football est le cadre depuis des années d'un affrontement entre représentants du football amateur et du football professionnel. Les premiers verrouillant tous les accès aux pouvoirs de par leur grande majorité au conseil fédéral de la FFF, les velléités du football pro d'avoir une part prépondérante dans la gestion de la FFF.

 

La catastrophique coupe du monde de l'équipe de France de football où les bleus firent la une de la presse pour tout sauf pour leurs résultats et leur qualité de jeu permirent au football de se mettre en position d'exiger des changements de gouvernance.

 

Le conseil fédéral extraordinaire du 2 juillet, où les pros réclament la démission du conseil fédéral en entier, un mode d'élection au suffrage direct, création d'un directoire, a failli se terminer par un clash, les pros menaçant de partir.

 

 

Finalement, un compromis sera trouvé lors d'un nouveau conseil fédéral le 23 juillet. Le football pro voit ses demandes en terme de gouvernance acceptées alors que le conseil fédéral est maintenu, avec une part de représentants du football pro augmentée mais non majoritaire. Fernand Duchaussoy, issu du monde amateur, est président intérimaire jusqu'aux élections suivantes et Noël Le Graet, ancien président de la Ligue de Football Pro est vice-président.

 

 

Sur le plan sportif, Laurent Blanc est nommé sélectionneur.

 

 

Acte III Le drame se noue

 

François Blaquart est nommé DTN intérimaire en octobre (il était déjà entraineur fédéral). Il semble vouloir, avec quelques autres entraineurs fédéraux, s'attaquer à cette évolution du jeu.

 

Apparemment (je dis apparemment car qui peut connaître le cheminement du raisonnement?), il en vient à la solution simple (simpliste), que pour inverser cette tendance, il suffit qu'il y ait moins de joueurs costauds dans les centres de formation. Et comme une part importante des joueurs costauds sont des noirs, je joueur noir semble être désigné comme le prototype du joueur costaud qui emmène l'évolution du football français vers un jeu de plus en plus physique.

 

Parallèlement, la question se pose du nombre de joueurs d'ascendance étrangère qui choisisse finalement de jouer pour l'équipe nationale de leur pays d'origine. Réel problème ou prétexte? Là encore je ne m'avance.

 

On en arrive donc à cette réunion du 8 novembre où le DTN expose la question de la bi-nationalité et propose une mise en place de quotas. Le débat qui s'en suit mélange allègrement la bi-nationalité et le physique des joueurs. Des voix approuvent, d'autres désapprouvent. Je ne vous refais pas le débat.

 

Toujours est-il qu'un des participants, Mohamed Belkacemi, a enregistré la réunion et transmis le lendemain cet enregistrement à André Provosto, secrétaire général adjoint de la FFF, et homme de confiance de Duchaussoy, qui apparemment le garde pour lui.

 

Acte IV Le drame éclate

 

Quelque part en avril (ou avant?), l'enregistrement est transmis à Médiapart. Le 28 avril, Médiapart publie un premier article intitulé: « Foot français: les dirigeants veulent moins de noirs et d'arabes », plaçant d'emblée le débat sur le plan de la discrimination raciale. L'article est rapidement repris par la presse. Les politiques s'en mêlent. Les principaux protagonistes nient en bloc. Des commissions d'enquêtes sont créées.

 

Le 30 avril, Médiapart publie le verbatim d'une partie de la réunion. Une série d'articles, des interviews de joueurs, de sociologues, d'historiens, tous défenseurs de la thèse de la discrimination raciale. Cela continue à faire le buzz dans les médias. Les débats font rage entre abonnés de Médiapart.

 

Le 3 mai, Mohamed Belkacemi dit à la commission d'enquête être l'auteur de l'enregistrement. Fernand Duchaussoy s'empêtre dans ses explications. Le 6 mai, Médiapart titre sur les mensonges de Duchaussoy.

 

Acte V Le Graet le sauveur?

 

C'est le titre d'un article du Télégramme de Brest ( http://www.letelegramme.com/sports/football/affaire-des-quotas-le-graet-en-sauveur-07-05-2011-1293521.php ). Le Graet , président du club breton de Guingamp et ancien président de la LFP comme déjà dit, ne cache pas son désir d'être président mais hésitant jusqu'il y a peu, ne voulant se présenter que si il est sur d'être élu.

 

Dois-je préciser, que l'on retrouve parfois Noël Le Graet, agissant dans les coulisses des affaires qui secouent le football français, comme dans l'affaire OM – VA?

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