Victime de viol, pourquoi je ne suis pas allée marcher avec #NousToutes

« Pourquoi tu n’es pas venue à la manif ? [...] C’était bien, il y avait tout le monde » J’ai réfléchi. C’est vrai, pourquoi ne suis-je pas venue? « Surtout toi », m’assène-t-elle.

« Pourquoi tu n’es pas venue à la manif ? » m’a demandé Camille.

« C’était bien, il y avait tout le monde »

J’ai réfléchi.

C’est vrai, pourquoi ne suis-je pas venue?

« Surtout toi », m’assène-t-elle.

C’est vrai, surtout moi.

Pourquoi « surtout moi » ?

Parce qu’à 18 ans, j’ai fait un mauvais choix. J’ai épousé en secret un camarade de classe parce que je le trouvais gentil.

J’avais connu mon premier chagrin d’amour.

Quand j’ai rencontré mon bourreau, finaude je me suis dit : « lui au moins, il ne me fera pas souffrir ». 

L’intuition féminine n’est pas tout ce qu’on raconte !

A peine mariés, les coups ont commencé. 

Au début, une gifle, un poussage appuyé venant de quelqu’un qui mesurait quand même 1,96 m. 

Puis les morsures, la strangulation.

Et surtout, on ne me croyait pas les rares fois où j’en ai parlé. On ne me croyait pas.

Avec ses longs cheveux blonds, il ressemblait à Jesus. C’est dire si on lui aurait donné le bon Dieu sans confession.

Une fois, j’ai voulu relever la tête, aller au commissariat, porter plainte.

J’ai dit que j’avais été violée par mon mari.

Ils ont ri. 

« Mademoiselle, on n’est pas violée par son mari », ont-ils matraqué.

C’était le soir de la finale France/Brésil de 1998. 

Ils étaient déjà assez stressés par la suspension de Laurent Blanc, m’ont-ils expliqué. Moi, je ne pouvais pas comprendre, ont-ils poursuivi, car je suis une femme. 

Je n’avais pas encore 19 ans ce 12 juillet, mais j’ai compris que j’allais devoir batailler sévère pour m’extirper de cette situation.

Et encore...

Et encore, je suis blanche. 

Et encore, je suis française.

Et encore, j’ai mes parents. 

Et encore, je viens d’un milieu aisé. 

Lorsque bien plus tard j’ai assisté à des réunions de femmes battues, les femmes qui n’avaient pas « ma chance » expliquaient leur enfer.

 

Peut-être que c'est pour ça que je ne suis pas allée à la manifestation hier.

Quand je les ai regardées ces actrices, ces chanteuses, j’en ai reconnue une chez qui ma nounou a travaillé. 

Celle-ci ne voulait pas la déclarer. 

Avez-vous déjà essayé de porter plainte contre un mari violent quand vous êtes étrangère et non déclarée en France?

Vous serez renvoyées dans votre pays parce que quand on est philippine, si on n’a pas un emploi déclaré, on ne peut pas prétendre à constituer un dossier en vue d’une carte de séjour. 

Elles sont donc des proies d’autant plus faciles qu’elles n’iront pas porter plainte.

C’est sûr, c’est moins instagramable de remplir un formulaire pajemploi que de montrer dans sa story comme on s’est habillée en violet ou que l’on tient des hommes en laisse pour aller manifester. 

C’est moins instagramable, mais plus solidaire.

Commençons par traiter « nos sœurs » comme nos égales. 

Qu’elles ne soient pas obligées « de bien travailler à l’école pour divorcer ». 

Bien sûr je suis «nous toutes», je suis l’une d’entre vous mais c’était trop propre pour moi, trop show biz. 

La vérité de la violence conjugale est sale. 

Elle pue la peur qu’on a de rentrer chez soi, la peur de ses réactions, la peur de recevoir le coup de trop.

Celui qui vous laissera handicapée, ou mieux, morte. 

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