Grande-Bretagne J-4, le «Guardian» s'engage pour le Labour

Les électeurs britanniques trancheront donc jeudi 7 mai. Cependant la situation et les sondages qui la reflètent sont tellement incertains que le verbe trancher ne semble plus du tout approprié à cette nouvelle échéance électorale.

Ed Miliband © Peter Nicholls / Reuters Ed Miliband © Peter Nicholls / Reuters
Les électeurs britanniques trancheront donc jeudi 7 mai. Cependant la situation et les sondages qui la reflètent sont tellement incertains que le verbe trancher ne semble plus du tout approprié à cette nouvelle échéance électorale. Dans cette grisaille, un fait nouveau de taille a surgi samedi 2 mai par le biais d’un éditorial du Guardian, qui a décidé d’appeler à voter Labour. Il ne s’agit en aucun cas d’un choix d’exaltation et d’enthousiasme, mais plutôt d’un choix de raison ou plutôt par élimination. D’ailleurs l’article collectif du quotidien britannique commence en ces termes révélateurs, it is time to choose. Si le journal a toujours penché pour une tendance plutôt centre-gauche, il n’a jamais pris position clairement, comme il a pu le faire ouvertement en dehors du Royaume-Uni, en 1936, pour les Républicains contre le franquisme. 

Certes, en coulisses, lorsque le parti LibDem a été créé, bon nombre de journalistes et de cadres se sont engagés aux côtés de qu’ils pensaient être une troisième voie raisonnable et raisonnée, avant que le concept ne soit totalement détourné par Anthony Giddens, le gourou de Blair. De plus, la décision de Nick Clegg d’opter pour une funeste coalition inattendue avec les Tories, en 2010, en a douché plus d’un dans ce même quotidien. Donc le Guardian, pour justifier ce choix sans gaité de cœur, a énuméré les raisons qui le poussent à souhaiter Miliband au 10 Downing Street. Tout d’abord, la reprise économique dont Cameron se vante outrageusement demeure extrêmement fragile. Ensuite, les volontés nationalistes et religieuses semblent des menaces réelles pour l’antique ciment social du Royaume-Uni, et, là encore, Le premier ministre sortant n’apparaît pas comme un rempart rassurant. L’union est en danger pour le Guardian et Miliband a montré, pendant cette campagne, davantage de fermeté dans ce domaine que son concurrent conservateur.

Pour le Guardian, Cameron est un premier ministre faible, de plus en plus faible et flou au fil du temps sur l’Europe, sur le changement climatique, sur l’intégrité du Royaume-Uni et sur les droits de l’homme — on n’a pas oublié, par exemple, l’attitude particulièrement ambiguë face au lanceur d’alerte Edward Snowden (que le quotidien a courageusement et noblement défendu) et face aux agissements totalement illégaux des journalistes amis du groupe de Rupert Murdoch. Dans le domaine de la destruction du service public, et notamment du service de santé, Cameron est allé plus loin que Thatcher, ce qui semblait a priori impensable. L’attitude attentiste et hypocrite du même Cameron sur la volonté d’indépendance des Écossais fait émerger le paradoxe d’une sortie de l’union par l’Écosse parallèlement à une ré-affirmation de l’appartenance à l’Europe. C’est également le bipartisme qui semble mort pour le Guardian.

Et, en souhaitant la victoire du Labour, le quotidien appelle, surtout, de ses vœux une coalition qui reflèterait les aspirations des électeurs et non pas la volonté de survie de l’état-major conservateur. Les questions qui se posaient au début de la campagne électorale sur les qualités de Miliband demeurent, malgré des prestations télévisées un peu plus rassurantes. L’aveu de simplicité et d’honnêteté est clair, this newspaper has never been a cheerleader for the Labour party. On avait bien compris que la rédaction du Guardian n’entend pas jouer les pom-pom girls du travaillisme, mais la devise finalement très churchillienne est désormais, de deux maux il faut choisir le moindre…

* On notera que fidèle à son ambiguité légendaire et arriviste le Sun, fleuron populaire du groupe Murdoch, appelle à voter conservateur en Angleterre et SNP en Ecosse :

http://www.theguardian.com/politics/2015/apr/29/the-sun-backs-the-tories-for-election-but-scottish-edition-backs-the-snp

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