Législatives, le yoyo des sondages

La troisième semaine de la campagne  des législatives britanniques s’ouvre aujourd’hui avec une surprise de taille, qui réside non pas dans les résultats des sondages mais dans leur fluctuation.

La troisième semaine de la campagne  des législatives britanniques s’ouvre aujourd’hui avec une surprise de taille, qui réside non pas dans les résultats des sondages mais dans leur fluctuation. Selon le dernier sondage effectué par ICM pour le Guardian en ce jour, il semble qu’en une semaine les intentions de vote aient largement fluctué, puisque le Labour, qui était crédité d’un léger frémissement de 4 points d’avance le 9 avril, se retrouve six points derrière les Tories, qui obtiendraient donc 39% contre 33% aux Travaillistes. Cependant ces mouvements potentiels de l’opinion sont à considérer avec une très grande prudence, puisque, d’une part la campagne électorale n’est qu’à mi-chemin du terme, d’autre part la projection en sièges donnerait 272 aux conservateurs et 269 aux travaillistes, alors que la majorité requise pour que l’un ou l’autre camp puisse gouverner sans dépendre d’une alliance est de 326. 

 

La deuxième semaine qui vient de s’achever a commencé par les imprécations de Cameron contre les dangers d’une alliance discrète de coulisses entre le SNP et le Labour. Elle a continué avec la mise en relief, par le quotidien The Independent, des propos de Nigel Farage contre le service de santé publique, le NHS, au cours du premier débat télévisé pendant lequel le chef de file de UKIP a affirmé, à l’aide d’un sondage sorti tout droit de son imagination haineuse et ségrégative, que la moitié des électeurs considèrent que les malades atteints du Sida coûtent trop cher à la collectivité. Par ailleurs une des éditorialistes du Times, Rachel Sylvester, s’en est, étonnamment, pris aux Tories plus prompts, selon elle,  à lancer des raccourcis (Vote for Ed Miliband and end up with Alex Salmond.  Go Green for a Labour government) qu’à développer leurs propres idées.

 

Le Telegraph ne s’est pas arrêté à cette carence et a complaisamment relayé l’appel assez lourd, en vidéo, de David Cameron envers les électeurs de UKIP, qui rappelle étrangement les tentatives de séduction de l’UMP à l’endroit des sympathisants FN, avec une injonction extrêmement révélatrice, it’s time to come home, il est temps de rentrer à la maison, par laquelle le premier ministre sortant banalise les différences idéologiques éventuelles. Rentrer à la maison présuppose que l’on appartient à la même famille donc. Le même Telegraph insistait la veille sur le risque que prenait Miliband en s’appuyant sur des alliances avec ce qu’il appelait auparavant des pygmy parties, littéralement des partis tellement petits que ce sont des pygmées, un rappel qui pourrait coûter cher au Labour. Puis, en milieu de semaine le Guardian a relayé une nouvelle qui pourrait s’avérer embarrassante et dévastatrice : Tony Blair soutient Ed Miliband ! Il est des soutiens qui font plus mal que des scissions, bien que la deuxième formulation ait été mieux étayée puisqu’elle a mis en exergue le chaos face à l’UE qu’engendrerait une victoire conservatrice.

 

Puis 140 médecins sont montés en première ligne pour alerter l’opinion publique des effets désastreux, en matière, de santé, des choix conservateurs fondés essentiellement sur la notion de profit. Le Times a volé au secours des Tories, bon sang ne saurait mentir, en titrant sur la volonté de Miliband de faire payer les riches, lequel Miliband entend simplement faire payer les sujets de sa gracieuse majesté qui, en privilégiant les paradis fiscaux, ne paient pas d’impôts au Royaume-Uni, détail — comme c’est curieux ! — qui avait complètement échappé au Times. Quant à Nicola Sturgeon, le leader du Scottish Nationalist Party, si elle pensait profiter de l’excellente image qu’elle a donnée aux téléspectateurs, l’euphorie aura été de courte durée puisqu'elle s’est fait huer par un auditoire écossais pour avoir évoqué un second référendum sur l’indépendance. Enfin les Tories ont lancé une question gênante pour le SNP et le Labour : qu’adviendrait-il des sous-marins dotés de l’arme nucléaire et actuellement dans des bases écossaises, si Sturgeon et Miliband s’entendaient pour avoir le pouvoir l’une en Écosse, l’autre à Westminster ? The Independent en a profité pour rappeler que les Travaillistes risquaient de ne plus garder une seule cicronscription.

 

Les Britanniques affirmaient, voilà quelques semaines de cela dans un sondage, que de nouvelles alliances au pouvoir n’étaient pas souhaitables…A suivre en semaine 4.

 

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