Billet de blog 28 avr. 2015

J-9 en Grande-Bretagne : les pronostics des directeurs d'instituts de sondages

La campagne électorale des législatives britanniques est entrée dans sa cinquième et avant-dernière semaine.

Jean-Louis Legalery
professeur agrégé et docteur en anglais retraité.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La campagne électorale des législatives britanniques est entrée dans sa cinquième et avant-dernière semaine.

Ed Miliband © Rob Stothard / Getty Images

Les électeurs britanniques iront voter dans neuf jours, le jeudi 7 mai, et rien ne se dégage vraiment avec certitude dans les intentions de vote, même si le Guardian a publié, le 27 avril, un sondage de l’institut ICM qui donne, cette fois, trois points d’avance aux Tories, ce qu’aucun autre institut n’a confirmé. Devant cette indécision totale le même Guardian a innové, le 24 avril, en demandant à chacun des directeurs des principaux instituts de sondages d’exprimer un pronostic, à défaut d’une véritable tendance. Face à une issue aussi serrée la prudence est de mise mais n’exclut pas l’interprétation.

Ainsi Joe Twyman, qui dirige YouGov, a recours à une métaphore footballistique pour dire que, pour l’heure, Labour et Tories font match nul et vont tirer les penalties. Au-delà de cette figure de style peu audacieuse, Twyman pense néanmoins qu’Ed Miliband sera le prochain premier ministre et le Labour pourrait gagner, simplement sur le postulat que les LibDems veulent renaître, tourner la page de la coalition désastreuse de Nick Clegg avec les conservateurs — trahison que la base libérale démocrate n’a toujours pas digérée — et faire revivre le Lib-Lab Pact de 1977 qui avait permis à James Callaghan, le premier ministre travailliste, de survivre quelque temps, puisqu’il ne disposait pas de la majorité absolue aux communes.

Martin Boon, le directeur d’ICM, est, quant à lui, affligé non pas par l’indécision générale mais par l’atonie engendrée par cette campagne électorale, qui risque fort de rester dans les mémoires comme la plus plate de l’histoire politique britannique. Boon semble convaincu, tout comme Twyman, que le chef de file des travaillistes est plus à même de bénéficier de ce coude-à-coude, même si sa personnalité n’est ni exaltante ni passionnante. Enfin il y a, aux yeux de Martin Boon, un facteur qui aura son importance, la réduction du nombre de sièges pour des raisons budgétaires dans chacune des assemblées, comme l’a rappelé le site de la BBC, le 4 mars 2011.

Ben Page, qui est à la tête de l’institut Ipsos Mori, affiche une prudence et une indécision conformes à l’état de l’électorat. Il reconnaît que le Labour et Ed Miliband mènent d’une courte tête. Mais il est persuadé que la dernière ligne droite sera favorable à David Cameron et que, même en cas d’égalité entre Labour et Tories, la projection en sièges sera favorable aux conservateurs et voit donc Cameron rester au 10 Downing Street

Andrew Hawkins est le pdg de ComRes et partage le constat de médiocrité exprimé par ses confrères et concurrents. Il regrette que les deux principaux partis s’épient et se copient sur les thèmes majeurs de la campagne, qui, de fait, plonge vers les profondeurs de l’indigence intellectuelle et idéologique. Hawkins prédit qu’une alliance est inévitable, mais qu’elle ne peut que profiter aux travaillistes, car il est peu probable d’une part que les conservateurs aient la majorité absolue, d’autre part qu’ils puissent ressortir une nouvelle coalition avec  les LibDems de leur haut-de-forme.

Michelle Harrison, responsable de TNS, considère que la campagne de Miliband est une bonne surprise, car peu d’électeurs et de sympathisants travaillistes l’imaginaient aussi ferme et convaincant au début de cette campagne. Harrison serait donc tentée de pencher pour une victoire finale du Labour. Cependant chaque parti majeur a un gros caillou dans sa chaussure, pour le Labour le chantage du SNP et, pour les Tories, UKIP qui, bien qu’en chute libre, demeure une nuisance de taille à droite de l’échiquier politique.

Adam Drummond, le patron de l’institut Opinium, constate que rien n’a vraiment bougé et changé depuis le début de la campagne électorale. Il est en désaccord avec Ben Page, car il estime que la projection en sièges, en cas d’égalité, n’est absolument pas une garantie pour les Tories. De plus, en cas de hung parliament (une chambre des communes sans majorité absolue d’un côté ou de l’autre), les petits partis non seulement feront la différence, mais, en plus, la feront en faveur du Labour, non par fol enthousiasme mais par volonté de se débarrasser des conservateurs.

Laurence Stellings co-dirige Populus et rejoint l’avis de Drummond, à savoir que les Grands-Bretons se dirigent tout droit vers un hung parliament, mais que le jeu des alliances ne peut qu’être favorable au Labour et à l’arrivée d’Ed Miliband au poste de premier ministre. Elle est convaincue qu’en termes de coalition Cameron n’a plus aucune carte en mains et, de fait, sera éliminé du pouvoir.

Enfin, Damian Lyons, fondateur et président de Survation, est agréablement surpris par la campagne de Miliband qui n’est plus un fardeau mais un atout pour le parti travailliste. Lyons résume assez bien la situation : Miliband a le vent en poupe, les Tories multiplient les erreurs, notamment d’avoir nommé Lynton Crosby directeur de campagne, et UKIP descend en vrille. Donc sur 8 instituts de sondages, 7 voient une victoire du Labour probable. Au cas, fort improbable où les Britanniques seraient tentés de penser que le monde a les yeux braqués sur cette législative, la lecture du NYT de ce jour* les ramènerait à la raison.

En effet, l’article de Steven Erlanger est à la fois d’un constat implacable et d’un réalisme saisissant, le Royaume-Uni ne joue plus aucun rôle sur la scène internationale, qu’il s’agisse de l’Ukraine, du Moyen-Orient ou de l’Afrique. Son étrange participation à l’UE est connue depuis longtemps et c’en est bien fini de la SR, Special Relationship, avec les Etats-Unis. Ed Miliband, cité par le NYT, a résumé la situation d’une flèche acérée, en accusant Cameron de the biggest loss of influence for our country in a generation, littéralement d’être responsable « de la plus grosse perte d’influence de notre pays en une génération ».

http://www.nytimes.com/2015/04/28/world/europe/britains-drift-from-the-global-stage-becomes-an-election-issue.html?ref=world&_r=0

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — International
Être LGBT+ en Afghanistan : « Ici, on nous refuse la vie, et même la mort »
Désastre économique, humanitaire, droits humains attaqués… Un an après avoir rebasculé dans les mains des talibans, l’Afghanistan n’en finit pas de sombrer. Pour la minorité LGBT+, le retour des fondamentalistes islamistes est dévastateur.
par Rachida El Azzouzi et Mortaza Behboudi
Journal — International
« Ils ne nous effaceront pas » : le combat des Afghanes
Être une femme en Afghanistan, c’est endurer une oppression systématique et brutale, encore plus depuis le retour au pouvoir des talibans qui, en un an, ont anéanti les droits des femmes et des fillettes. Quatre Afghanes racontent à Mediapart, face caméra, leur combat pour ne pas être effacées. Un documentaire inédit.
par Mortaza Behboudi et Rachida El Azzouzi
Journal
Un homme condamné pour violences conjugales en 2021 entre dans la police
Admis pour devenir gardien de la paix en 2019, condamné pour violences conjugales en 2021, un homme devrait, selon nos informations, prendre son premier poste de policier en septembre dans un service au contact potentiel de victimes, en contradiction avec les promesses de Gérald Darmanin. Son recrutement avait été révélé par StreetPress.
par Sophie Boutboul
Journal — Climat
Près de Montélimar, des agriculteurs exténués face à la canicule
Mediapart a sillonné la vallée de la Valdaine et ses environs dans la Drôme, à la rencontre d’agriculteurs qui souffrent des canicules à répétition. Des pans de récoltes grillées, des chèvres qui produisent moins de lait, des tâches nouvelles qui s’accumulent : paroles de travailleurs lessivés, et inquiets pour les années à venir.
par Sarah Benichou

La sélection du Club

Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - La piste Morandat (5/9)
Dans ses lettres, Céline accuse Yvon Morandat d’avoir « volé » ses manuscrits. Morandat ne les a pas volés, mais préservés. Contacté à son retour en France par ce grand résistant, le collaborateur et antisémite Céline ne donne pas suite. Cela écornerait sa position victimaire. Alors Morandat met tous les documents dans une malle, laquelle, des dizaines d’années plus tard, me sera confiée.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - Une déflagration mondiale (3/9)
La veuve de Céline disparue, délivré de mon secret, l’heure était venue de rendre publique l’existence du trésor et d’en informer les héritiers… qui m’accusèrent de recel.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - Oscar Rosembly (4/9)
Depuis longtemps les « céliniens » cherchaient les documents et manuscrits laissés rue Girardon par Céline en juin 1944. Beaucoup croyaient avoir trouvé la bonne personne en un certain Oscar Rosembly. Un coupable idéal.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - La révélation (1/9)
Comment, par les hasards conjugués de l’Histoire et de l’amitié, je me retrouve devant un tombereau de documents laissés par Céline dans son appartement de la rue Girardon en juin 1944. Et ce qui s’ensuivit.
par jean-pierre thibaudat