J-9 en Grande-Bretagne : les pronostics des directeurs d'instituts de sondages

La campagne électorale des législatives britanniques est entrée dans sa cinquième et avant-dernière semaine.

La campagne électorale des législatives britanniques est entrée dans sa cinquième et avant-dernière semaine.

Ed Miliband © Rob Stothard / Getty Images Ed Miliband © Rob Stothard / Getty Images
Les électeurs britanniques iront voter dans neuf jours, le jeudi 7 mai, et rien ne se dégage vraiment avec certitude dans les intentions de vote, même si le Guardian a publié, le 27 avril, un sondage de l’institut ICM qui donne, cette fois, trois points d’avance aux Tories, ce qu’aucun autre institut n’a confirmé. Devant cette indécision totale le même Guardian a innové, le 24 avril, en demandant à chacun des directeurs des principaux instituts de sondages d’exprimer un pronostic, à défaut d’une véritable tendance. Face à une issue aussi serrée la prudence est de mise mais n’exclut pas l’interprétation.

 

Ainsi Joe Twyman, qui dirige YouGov, a recours à une métaphore footballistique pour dire que, pour l’heure, Labour et Tories font match nul et vont tirer les penalties. Au-delà de cette figure de style peu audacieuse, Twyman pense néanmoins qu’Ed Miliband sera le prochain premier ministre et le Labour pourrait gagner, simplement sur le postulat que les LibDems veulent renaître, tourner la page de la coalition désastreuse de Nick Clegg avec les conservateurs — trahison que la base libérale démocrate n’a toujours pas digérée — et faire revivre le Lib-Lab Pact de 1977 qui avait permis à James Callaghan, le premier ministre travailliste, de survivre quelque temps, puisqu’il ne disposait pas de la majorité absolue aux communes.

 

Martin Boon, le directeur d’ICM, est, quant à lui, affligé non pas par l’indécision générale mais par l’atonie engendrée par cette campagne électorale, qui risque fort de rester dans les mémoires comme la plus plate de l’histoire politique britannique. Boon semble convaincu, tout comme Twyman, que le chef de file des travaillistes est plus à même de bénéficier de ce coude-à-coude, même si sa personnalité n’est ni exaltante ni passionnante. Enfin il y a, aux yeux de Martin Boon, un facteur qui aura son importance, la réduction du nombre de sièges pour des raisons budgétaires dans chacune des assemblées, comme l’a rappelé le site de la BBC, le 4 mars 2011.

 

Ben Page, qui est à la tête de l’institut Ipsos Mori, affiche une prudence et une indécision conformes à l’état de l’électorat. Il reconnaît que le Labour et Ed Miliband mènent d’une courte tête. Mais il est persuadé que la dernière ligne droite sera favorable à David Cameron et que, même en cas d’égalité entre Labour et Tories, la projection en sièges sera favorable aux conservateurs et voit donc Cameron rester au 10 Downing Street

 

Andrew Hawkins est le pdg de ComRes et partage le constat de médiocrité exprimé par ses confrères et concurrents. Il regrette que les deux principaux partis s’épient et se copient sur les thèmes majeurs de la campagne, qui, de fait, plonge vers les profondeurs de l’indigence intellectuelle et idéologique. Hawkins prédit qu’une alliance est inévitable, mais qu’elle ne peut que profiter aux travaillistes, car il est peu probable d’une part que les conservateurs aient la majorité absolue, d’autre part qu’ils puissent ressortir une nouvelle coalition avec  les LibDems de leur haut-de-forme.

 

Michelle Harrison, responsable de TNS, considère que la campagne de Miliband est une bonne surprise, car peu d’électeurs et de sympathisants travaillistes l’imaginaient aussi ferme et convaincant au début de cette campagne. Harrison serait donc tentée de pencher pour une victoire finale du Labour. Cependant chaque parti majeur a un gros caillou dans sa chaussure, pour le Labour le chantage du SNP et, pour les Tories, UKIP qui, bien qu’en chute libre, demeure une nuisance de taille à droite de l’échiquier politique.

 

Adam Drummond, le patron de l’institut Opinium, constate que rien n’a vraiment bougé et changé depuis le début de la campagne électorale. Il est en désaccord avec Ben Page, car il estime que la projection en sièges, en cas d’égalité, n’est absolument pas une garantie pour les Tories. De plus, en cas de hung parliament (une chambre des communes sans majorité absolue d’un côté ou de l’autre), les petits partis non seulement feront la différence, mais, en plus, la feront en faveur du Labour, non par fol enthousiasme mais par volonté de se débarrasser des conservateurs.

 

 

Laurence Stellings co-dirige Populus et rejoint l’avis de Drummond, à savoir que les Grands-Bretons se dirigent tout droit vers un hung parliament, mais que le jeu des alliances ne peut qu’être favorable au Labour et à l’arrivée d’Ed Miliband au poste de premier ministre. Elle est convaincue qu’en termes de coalition Cameron n’a plus aucune carte en mains et, de fait, sera éliminé du pouvoir.

 

Enfin, Damian Lyons, fondateur et président de Survation, est agréablement surpris par la campagne de Miliband qui n’est plus un fardeau mais un atout pour le parti travailliste. Lyons résume assez bien la situation : Miliband a le vent en poupe, les Tories multiplient les erreurs, notamment d’avoir nommé Lynton Crosby directeur de campagne, et UKIP descend en vrille. Donc sur 8 instituts de sondages, 7 voient une victoire du Labour probable. Au cas, fort improbable où les Britanniques seraient tentés de penser que le monde a les yeux braqués sur cette législative, la lecture du NYT de ce jour* les ramènerait à la raison.

 

En effet, l’article de Steven Erlanger est à la fois d’un constat implacable et d’un réalisme saisissant, le Royaume-Uni ne joue plus aucun rôle sur la scène internationale, qu’il s’agisse de l’Ukraine, du Moyen-Orient ou de l’Afrique. Son étrange participation à l’UE est connue depuis longtemps et c’en est bien fini de la SR, Special Relationship, avec les Etats-Unis. Ed Miliband, cité par le NYT, a résumé la situation d’une flèche acérée, en accusant Cameron de the biggest loss of influence for our country in a generation, littéralement d’être responsable « de la plus grosse perte d’influence de notre pays en une génération ».

 

http://www.nytimes.com/2015/04/28/world/europe/britains-drift-from-the-global-stage-becomes-an-election-issue.html?ref=world&_r=0

 

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