Chomsky : la fabrication du consentement, de la propagande médiatique en démocratie

Noam Chomsky est avant tout un savant, un linguiste qui pense le politique et propose une modélisation des systèmes de propagande avec en focus les intarissables discours des politiques qui partent souvent de A, bifurquent vers R et arrivent enfin à Z.

Noam Chomsky est avant tout un savant, un linguiste qui pense le politique et propose une modélisation des systèmes de propagande avec en focus les intarissables discours des politiques qui partent souvent de A, bifurquent vers R et arrivent enfin à Z. Avec Chomsky et Edward S. Herman, dans cette Fabrique du Consentement, il ne s’agit pas de décortiquer seulement une novlangue : cette langue créée par l’écrivain George Orwell avec son vocabulaire, sa grammaire neuve, codée, simplifiée et véhiculée par le pouvoir afin de manipulation des peuples, pour Chomsky il nous faut réfléchir tout autant sur une langue archétype qui constamment mute, permute comme cet outil social manifeste qui permit aux premiers chasseurs cueilleurs de se dépasser et de devenir des hommes parlants. 

Dans la Fabrique du consentement, l’année 1986 est une année de référence : ainsi, à cette date étaient répertoriés 5000 langues et dialectes dont 847 étaient d’origines indiennes, toujours en 1986 un programme de désinformation sous le gouvernement de Reagan circulait afin de déstabiliser le Colonel Khadafi et la Lybie, en 1986 toujours les Etats-Unis comptaient 84 800 000 téléviseurs, en 2010 et 2011 le nombre de récepteurs était de 115 millions, sans compter les écrans des smartphones.

Le sujet récurrent de Noam Chomsky est bien de comprendre les tenants et les aboutissants d’une langue destinée à informer, d’éléments de langage digérés par les médias, médias mobilisés afin d’apporter un soutien vaste aux intérêts particuliers comme aux secteurs privés, c’est ainsi que le penseur définit la propagande. Ainsi les mots du politique ne sont pas une poëtis, mais cette langue complexifiée qui naît d’une volonté de stabiliser une société.

Chomsky ne se résout jamais pour autant à cette échappatoire commode d’une théorie du complot pour expliquer ces modes de communication ‘car nous voyons toujours ce que nous voulons voir, et si l’on offre une réalité en adéquation avec les souhaits de chacun, en arguant la possibilité d’accession rapide vers cet idéal, alors nous tous acquiesçons, L’habitude corrompt‘1. Noam Chomsky s’intéresse aux pouvoirs et en toute logique aux révoltes, aux contournements factuels comme les manifestations contre la guerre du Viet Nam, la crise des missiles à Cuba, le mouvement Occupy Wall Street, plus récemment encore la nuit de toutes les utopies place de la République et en 2019 la révolte des gilets jaunes. Le philosophe dicte une seule pratique : celle de ne pas nous satisfaire de l’information en continue donc continuelle, de nous méfier des chemins disruptifs qui par voie de conséquence aboutissent souvent par des lois moralistes à l’arrivée du fascisme.

Chomsky a aujourd’hui 92 ans et continue de délivrer ses recherches et nous de rêver de revoir un jour Michel Onfray faire de même comme il fut ce précurseur de l’université pour tous à Caen, réactivant l’esprit de l’université de Vincennes qui permettait sans permissivité aux agents d’entretiens, tout comme aux femmes de ménage, ou aux conducteurs de poids lourds d’accéder à une connaissance universaliste. Comme il serait heureux de revoir Onfray, balayer d’un revers de la main Eric Zemmour, car ces deux là désormais ont pour acquits de conscience des savoirs si considérables qu’ils sont à la limite de l’entendement, et l’un et l’autre de s’enorgueillir de l’histoire des vendéens, des jacobins, mais aucun des deux de dire les dérives de la révolution de 1789 qui assassinèrent non pas les responsables qui eux fuirent la France mais trancha les têtes du Roi Louis XVI, de Marie-Antoinette et injuria à jamais l’existence du jeune dauphin. Stephan Zweig en parle dans la biographie qu’il écrit sur Marie-Antoinette, comme il voit aussi en Napoléon, cet homme de la providence, un aventurier démoniaque.

Pour Chomsky, à l’heure des réseaux sociaux : ' la fake-news est une post-vérité une distorsion délibérée que l’on fait de la réalité dans le but de modeler la perception et l’opinion des gens. Une fake-news est toujours une vérité qui ne correspond pas aux faits mais qui finit par être acceptée à cause de sa répétition incessante ou de mécanismes similaires.' 2

Ainsi, la 5G favoriserait la propagation du coronavirus, et paroles d’experts contre paroles d’experts puis preuves à l’appui, cette nouvelle nous paraît être une aberration, une erreur dans nos timelines. Lorsque le jeune rappeur D. Wash confie qu’il s’est fait arrêté sur la voie publique sans papier, alcoolisé certes mais que la police l’a mis à mal pendant 24 heures sans raison, devons-nous le croire ? D. Wash porte pourtant sur son bras une profonde cicatrice. Lorsque Farida C. l’infirmière interpellée lors de la dernière manifestation des personnels soignants, dans un troublant témoignage parle et dit qu’elle ne pouvait faire autrement que de brandir des pierres sur les CRS, face à autant d’injustice réitérée, et enfin lorsque J. confie qu’elle aussi sans ses papiers, a été arrêtée, suite à la plainte de résidents, puis conduite par la police dans un lieu de Paris où des médecins l’ont alors rudoyée avec violence puis sanglée, elle a été alors transférée dans un hôpital où ce sont les médecins hospitaliers et le personnel, qui lui ont enfin permis de se rétablir. Elle les remercie encore. Ainsi comment faire le trie face à toutes ces informations, contradictoires, et presque hypnotiques : ' la dose de vérité que l’être humain est prêt à supporter est probablement plus réduite qu’on n’aimerait le croire. Mais cela ne peut pas constituer un argument en faveur de l’erreur et de l’illusion.' 1

 

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1Lichtenberg : philosophe, écrivain et physicien allemand XVIIIèmesiècle

2Extrait d’un entretien de Chomsky site Nos Pensées.

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