Profession de foi Jacques CAUDA

Tout d’abord, il serait peu honnête de ne pas dire que Jacques Cauda est mon ami. Jacques Cauda est de cette trinité singulière : à la fois écrivain, grand lecteur et peintre. Dans son roman, il est question d’une profession décriée quand elle n’est pas dans la lumière, celle de l’artiste.

Tout d’abord, il serait peu honnête de ne pas dire que Jacques Cauda est mon ami. Jacques Cauda est de cette trinité singulière : à la fois écrivain, grand lecteur et peintre. Dans son roman, il est question d’une profession décriée quand elle n’est pas dans la lumière, celle de l’artiste et on oublie vite que ce livre est peut-être autobiographique pour côtoyer l’universel.

 © Dessin Jacques Cauda © Dessin Jacques Cauda

En effet, à connaitre Jacques un doute assaille, est-ce que l’écrivain, invente, met à nu, floute, dissout, théorise sa vie ? A t’il connu toutes ces femmes ?  Lui qui partage son existence, avec une femme faite femme. Etait-il ce voyou ? Ses parents étaient-ils ‘ses ingrats’ ? A-t’il laissé à ses géniteurs en adieu, un mot sur le bord de la table en formica, pour ne plus jamais y revenir ? Peut-on vivre seulement pour écrire ? Peut-on manger des livres ? Et côtoyer à vingt ans dans sa chambre de bonne, un voisin-fou qui se nomme Boléro ? Et c’est bien là, la force de cette profession dite de foi, car si vous acceptez un postulat, alors vous pouvez nier l’autre, et ainsi de suite jusqu’à vous faire de Jacques Cauda, qui est mon ami, une image holographique de ce qu’il est.

L’écrivain est fait d’érotisme, et sa quête vers cet Eros de jouissance, mêlent des corps hésitants, des nudités qui se jaugent puis s’approchent, s’effleurent et pénètrent dans la langue de Jacques : ‘Demain, elle sera ce qu’elle est, ouverte et nue comme une image de toute éternité’.

Et c’est ici la sacrée pirouette, car Cauda (mon ami), immisce aussi la peinture, mais ni la petite, ni la timide mais celle de Watteau, de Cézanne, des immenses. Ce n’est pas sa besace emplie de peintres qui l’empêche d’avancer, mais le rapport de la peinture, de l’art ‘qui a disparu du monde qui l’entoure ’. Et parce que Jacques est Cauda et mon ami, il ne dit pas que c’est l’art qui entoure le monde, non : il nous dit que l’art est le monde.

Parfois, l’écrivain laisse à penser qu’il aime peu la nature humaine, il appelle les hommes ‘les assis’ : les Assis sont ceux visés devant les écrans, ‘les Assis se traînent dans le dépotoir du vide’. Et parce que Jacques reste mon ami, et qu’il lira ces lignes, je le rassure s’il le fallait, pour lui rappeler que des artistes plasticiens d’un mouvement oublié, se nommait les ‘Malassis,’. Oh, mais je sais qu’il le sait et je sais, que c’est parce qu’il lit comme d’autres pensent, qu’il obstrue vite de lui toute animosité car l’humanité il la sait, la voit, chez ses frères : les écrivains.

Jacques Cauda nous conte une vie mi-situationniste, une vie dédiée, à la peinture : ‘cet amour du mal transformé en beau.’  Jacques Cauda est mon ami, et l’on pourrait dire qu’il a pour profession de l’être pour nombre. C’est notre attrait commun pour Georges Bataille qui nous a réunis, et c’est lui qui m’a appris que le penseur avait écrit un scénario où Fernandel devait avoir le premier rôle.

Oui, l’écrivain, plasticien, penseur, liseur est un enchanteur, et pour s’y adonner comme il le fait, nulle raison de répéter qu’il est des professions de foi comme des grands livres.

(Edtions Tinbad - dessin : le Gilles de Watteau par Jacques Cauda)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.