Boy Snow Bird, roman de Helen Oyeyemi

C’est un livre sur les mensonges. Des mensonges gros et gras comme des rats trop bien nourris. Des mensonges que l’on creuse avec des silences, avant de les combler à l'aide de grands discours...

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Petite ville du Massachusetts. Années 1930. La jeune Boy fuit Manhattan mais surtout son père, un preneur de rats qui la bat comme plâtre. Flax Hill devient son nouveau territoire, qu’il faut conquérir avec de bonnes manières et de bonnes alliances. Boy en plus d’être jolie, est dotée d’une intelligence et d’un bagou peu communs.

Elle se trouve des amies, comme la journaliste en herbe, Mia la fausse blonde.

Elle se trouve un mari ; Arturo Whitman, veuf qui élève sa fille Snow, enfant dont la beauté s’élève au rang de sujet de conversation.

Elle se trouve un métier, travaillant dans une librairie fréquentée par quelques gosses qui sèchent allégrement les cours pour mieux suivre les aventures de Cosette… des étudiants de couleur, EUX. Contrairement à Snow, à Arturo (Whitman ou White Man ?) et à Boy… n’est-ce pas ? Mais voilà que Boy accouche d’une fille… à la peau sombre. Début des ennuis, des vrais.

C’est un livre sur les mensonges. Des mensonges gros et gras comme des rats trop bien nourris. Des mensonges que l’on creuse avec des silences, avant de les combler à l'aide de grands discours.

Le mensonge des contes de fées. Car on le sait bien, mêmes chez Grimm et Perrault, ces filles-là ont la vie dure.

Le mensonge du prénom et du nom. Snow en est la plus belle manifestation, elle dont le prénom jette aux yeux du monde une blancheur atteinte à grand prix.

Le mensonge du sexe. Quelle idée de baptiser sa fille Boy, de lui donner un prénom qui dit l’inverse de ce qu’elle est…

Le mensonge de la couleur. On raye de la carte la tante Clara, la sœur aînée d’Arturo, on voue un culte à la blancheur… mais on le sait bien, les secrets dans les contes sont enfouis profondément pour mieux refaire surface. 

La belle-mère, la fille d’un autre lit, la fille biologique. Boy, Snow, Bird, trois héroïnes face à des miroirs aussi vaches qu’inutiles, bien moins loquaces que les miroirs magiques. Ils ne leur révéleront ni leur passé, ni leurs origines, parfois même, refuseront de refléter leur image.

 On ressort du roman d’Helen Oyeyemi un peu hébété d’avoir suivi dans une course folle ces trois Américaines. Parce qu’en plus d’être poétique et juste, Oyeyemi est drôle, culotté. Parce qu’elles nous ligote à ses héroïnes et qu’aucun prince ici ne viendra nous sauver. Pas de dragons, seulement des rongeurs et des araignées. Pas de sortilèges, mais des coups du sort et des retournements ironiques.

Le roman a beau se situer dans les années 1930, Helen Oyeyemi en enfant mal élevée, nous pointe méchamment du doigt, et de gré ou de force, nous entraîne devant ce foutu miroir pas magique. En son centre, il n’y a rien d’autre que le mensonge d’une identité si blanche, qu’elle en deviendrait invisible, comme l’encre de la correspondance secrète entre Snow et Bird. 

Bonne lecture.

 

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