Un jour, un livre - La supplication, de Svetlana Alexiévitch

La Biélorussie, petit pays presque inconnu jusqu'en 1986, qui signifie la Russie blanche, est devenu en l'espace de quelques jours, le centre de l'attention mondiale suite à la plus grande catastrophe nucléaire de l'ère industrielle près de sa frontière à la centrale de Tchernobyl en Ukraine.

La supplication, d'abord publiée en 1997, fait partie d'un projet collectif auquel Alexievitch travaille depuis 1985. Ces autres livres traitent de différents aspects de la vie russe : de la guerre en Afghanistan (Les cercueils de zinc - cercueils dans lesquels les soldats morts ont été renvoyés à la patrie) à la vie pendant et après la chute de l'Union soviétique (La fin de l'homme rouge, publié en 2013).

L'approche documentaire d'Alexievich rend les expériences vivantes, parfois presque insupportables, mais c'est une façon remarquablement démocratique de construire un livre. La présence de l'auteur est invisible, sauf lorsqu'elle s'interroge sur l'importance de la catastrophe. L'explosion du réacteur numéro quatre de la centrale a recouvert d'une pellicule grise et noire des millions d'hectares de terres, de villages, de cours d'eau et de forêts immenses. Tchernobyl a fait de l'Ukraine et de la Biélorussie un autre monde. Ce n'est pas la plus grande catastrophe de l'ère industrielle. C'est un monde différent où un biélorusse sur cinq vit sur une terre contaminée. L'ancien monde n'est plus.

Quand on considère à quel point elle a traversé le paysage irradié, on se rend compte qu'elle s'est mise en danger, comme très peu d'auteurs l'ont fait.

Ce document est une nécessité, lisez-le mais vous serez, tout comme moi, dans l'incapacité de comprendre l'impact de cette catastrophe, survenu il y a plus de 32 ans maintenant. Vous pourrez juste fermer les yeux et vous dire que c'est trop tard pour l'humanité ! Les habitants des 485 villages qui ont été évacués sont autant de vies et d'histoires qui n'existeront plus jamais.

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