Un jour, un livre - Tartarin de Tarascon, d'Alphonse Daudet

Si vous êtes sur une plage, avec dans votre dos la Provence, et devant vous la Méditerranée, vous êtes dans les dispositions les meilleures pour découvrir - ou relire - ce court chef d’œuvre plein d’humour d’Alphonse Daudet.

Alphonse Daudet, Aventures prodigieuses de Tartarin de Tarascon, éditions J’ai lu, 1974, 123 pages. Alphonse Daudet, Aventures prodigieuses de Tartarin de Tarascon, éditions J’ai lu, 1974, 123 pages.
« À cette idée que les lions étaient là tout près, à deux pas, presque sous la main, et qu’il allait falloir en découdre, brr… un froid mortel le saisit, et il se fourra intrépidement sous sa couverture. » Page 55

Chef d’œuvre en effet pour être le théâtre  de personnages – Tartarin mais aussi les Tarasconais - à la fois caricaturaux et tout en finesse. Tartarin nous fait rire bien sûr par ses vantardises creuses mais il touche au cœur par ses faiblesses. Il porte en lui à la fois les grands élans chevaleresques d’un Don Quichotte et la conformité sociale et peureuse d’un Sancho Pansa. Cette dualité court d’ailleurs tout le long de l’histoire, montrant un personnage déchiré entre la fascination pour les actes de bravoure et l’amour de sa douillette sécurité. N’est-ce pas nous tous, à un degré moindre, qui oscillons sans cesse entre ces deux pôles, mais qui optons en permanence pour des compromis ?

Sous la plume si légère et si vivante de Daudet, on goûte sans se lasser, avec délice, à l’humour provençal qui pique au vif, mais sans méchanceté véritable, les notables, les bourgeois, et les chasseurs. Ah, les chasseurs de Daudet, voyez-les tirer sur leurs casquettes lancées en l’air, à défaut de tirer du gibier, puisqu’ils ont fini par vider la campagne de toute sa faune ! Voyez notre Tartarin accroupi, en pleurs, au chevet d’un âne mourant qu’il avait pris pour un lion ! Pas étonnant que, en 1872, au moment de la publication du livre, les habitants de Tarascon aient pris la mouche !

En une après-midi, partez dans une aventure épique depuis Tarascon jusqu’à Alger, mais évitez de revenir comme Tartarin avec un chameau amoureux attaché à vos pas...

 

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