Jours de travail

« Ce livre est ma seule responsabilité et je dois m’y coller, et rien d’autre. Ce livre est ma vie à présent ou doit l’être. » Page 98


John Steinbeck, Jours de travail – Les journaux des Raisins de la colère, éditions Seghers, 206 pages, 2019, 19 euros. John Steinbeck, Jours de travail – Les journaux des Raisins de la colère, éditions Seghers, 206 pages, 2019, 19 euros.
Du Steinbeck inédit, c’est une énorme surprise ! Un Steinbeck qui se livre, corps et âme, dans ses journaux de l’époque 1938-1941, c’est-à-dire pendant l’écriture des Raisins de la colère.

Du 26 mai au 26 octobre 1938, John Steinbeck note le nombre de jours de travail par semaine, le nombre de mots à jeter sur le papier par jour. Il s’astreint à une discipline stricte, le roman doit avancer chaque jour, et si un jour saute, il devra le rattraper la semaine suivante.

On découvre un auteur torturé, peu sûr de lui, qui culpabilise à chaque retard pris sur son objectif, qui doute de la qualité de son roman, et qui pourtant continue à se mettre au travail quotidiennement. 2000 mots par jour, c’est une discipline obligatoire et contraignante, malgré les nombreuses sollicitations extérieures (après le succès de Des souris et des hommes), les violentes migraines, les maux d’estomac, les bruits chez les voisins, les préoccupations domestiques.

Régulièrement Steinbeck se sent près de s’effondrer de fatigue et d’agacement. Alors il s’autorise à ralentir un peu. Il en profite pour ralentir aussi le rythme de son roman ; la lenteur va bien à son intrigue, il trouve qu’elle lui donne de l’épaisseur et du sens. Le 26 octobre, il a terminé. Il est heureux mais démuni, il pense que le livre devrait être bon, mais n’en est pas sûr.

Sa femme Carol occupe une place importante dans son journal : il l’admire de prendre la maison en charge pendant qu’il travaille, apprécie qu’elle lui dactylographie son manuscrit, et enfin qu’elle lui trouve le titre. « Elle a aussi trouvé le titre hier soir, Les Raisins de la colère. Je pense que c’est un titre merveilleux […] Le livre a enfin une existence. »

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