Un jour, un livre - Martin Eden de Jack London ou L'éveil de Kate Chopin

Je n’ai pas réussi à choisir ! Martin Eden de Jack London, ou L'éveil de Kate Chopin.

Je n’ai pas réussi à choisir ! Chroniquez le livre de votre choix, celui qui vous a ouvert des horizons insoupçonnés, celui qui a changé votre regard sur le monde...

Je pense tout de suite à tous les livres qui m’ont laissé une trace indélébile mais je ne parviens pas à n'en retenir qu' un seul. En lisant les chroniques proposées sur le site, je découvre des livres que je n’ai pas lus et que j’ai maintenant envie de lire (merci aux chroniqueurs) mais aussi des livres que j’ai lus dernièrement (Légende d’un dormeur éveillé, Le meurtre du commandeur) et que j’ai autant appréciés que ceux qui les ont présentés. Mais comment savoir quelle trace ils vont laisser sur moi …

Peut être Martin Eden de Jack London que j’ai lu jeune et offert à beaucoup de jeunes par la suite. Il me reste le souvenir d’un livre qui donne une énergie folle ! Un jeune marin qui surmonte la fatigue, l’ignorance, la pauvreté, la brutalité et une multitude d’autres obstacles pour se cultiver, devenir écrivain et plaire à la jeune femme dont il est tombé amoureux. La fin de l'histoire est tragique (ce que j’avais complètement oublié lorsque je l’ai offert à des jeunes gens qui me l’ont fait remarquer) mais la trace qu’il a laissé sur moi est positive et enthousiasmante, une représentation incarnée du courage, de la ténacité, de la volonté …

J’ai pensé alors à L’éveil de Kate Chopin, un livre remarquable qui est devenue un grand classique de la littérature américaine mais qui a été violemment attaqué à sa sortie en 1899. C’est l’histoire d’Edna une jeune femme mariée et mère de deux enfants dans la Louisiane du XIX° siècle. Kate Chopin décrit avec délicatesse et sensibilité la prise de conscience de cette jeune femme et son éveil. Elle va tenter de se libérer de sa condition de femme obéissante et de mère dévouée jusqu’à l’abnégation :" Ces femmes idolâtraient leurs enfants, vénéraient leurs maris et tenaient pour un privilège sacré de nier leur individualité et de se laisser pousser des ailes d'ange gardien."

Comme dans Martin Eden, la mer, libératrice ou funeste, est omniprésente dans ce récit.  Edna découvre le plaisir de nager "un sentiment d'exaltation s'empara d'elle, comme si elle avait brusquement été investie d'un pouvoir considérable sur son corps et sur son âme" (...) "Elle voulait nager très loin, là où aucune femme ne s'était jamais aventurée." 

Femme incomprise des autres femmes, des autres mères et bien sûr de son mari qui se demande si sa femme n’est pas déséquilibrée « C’est à dire qu’il ne voyait pas qu’elle devenait elle-même, et que chaque jour elle rejetait cette personnalité factice dont nous nous affublons comme d’un vêtement pour paraître aux yeux du monde. »

La fin de l'histoire d'Edna est aussi tragique  mais ce n’est pas la fin dont je me souviens. Suivre l’éveil d’Edna est passionnant parce qu’ Edna comme Martin refusent de subir et essaient de se libérer du poids de leurs conditions.

 

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