L’écologie est-elle soluble dans les nitrates?

Le Grenelle de l'environnement, tel un vulgaire ruban adhésif, est-il à double face? D'un côté, écolo et de l'autre pro-agro? Un discours de la directrice de cabinet de Chantal Jouanno, la secrétaire d'Etat à l'écologie, a semé la panique sur le web des défenseurs de l'environnement et enflammé les listes de diffusion.

Le Grenelle de l'environnement, tel un vulgaire ruban adhésif, est-il à double face? D'un côté, écolo et de l'autre pro-agro? Un discours de la directrice de cabinet de Chantal Jouanno, la secrétaire d'Etat à l'écologie, a semé la panique sur le web des défenseurs de l'environnement et enflammé les listes de diffusion.

 

Dans une allocution prononcée le 18 juin dernier devant le conseil fédéral du syndicat agricole FNSEA, Judith Jiget, ancienne directrice de l'eau et de la biodiversité au ministère de l'écologie, mais aussi précédemment directrice adjointe du cabinet du ministre de l'agriculture, Michel Barnier, a tenu des propos peu «écologiquement corrects». Elle y annonce un projet d'arrêté révisant à la baisse les critères protégeant les zones humides, donne une définition minimale de la trame verte et bleue (son «ambition» est «autre que la protection»), autorise par avance des dérogations à la directive sur les nitrates qui s'impose pourtant à la France, considère comme acquis une souplesse d'application des contrôles sur les 500 captages d'eau pourtant classés prioritaires, dénonce le risque de «mesures exorbitantes» liées au schéma directeur d'aménagement des eux (Sdage), et enfin, justifie l'extension à venir du nouveau régime d'enregistrement -qui évite études d'impact sur l'environnement et enquêtes publiques- à de nouvelles installations, comme les stations services. Rien sur les pesticides, l'agriculture biologique, pas plus sur l'opposabilité de la trame verte et bleue. Et au passage une pique un rien démago contre la loi Natura 2000, honnie des agriculteurs.

 

«Ce n'est plus le Grenelle, c'est Waterloo!» tempête le mail d'un collectif écolo, remonté jusqu'au ministère. Que s'est-il passé ? L'administration de Jean-Louis Borloo est-il pris en flagrant-délit de double discours ? Pas du tout se défend Judith Jiguet, la directrice de cabinet de Chantal Jouanno, qui plaide la bonne foi environnementaliste : «Il s'agissait au contraire de rallier les agriculteurs à l'environnement, de leur expliquer qu'ils savent le protéger, et qu'ils doivent se conformer au nouveau cadre national». La veille de son allocution, des agriculteurs en colère contre la directive nitrate s'en sont pris à du mobilier urbain dans la Vienne. «C'est un contexte de rejet complet, ajoute-t-elle, ce discours a été suivi d'1h30 de questions avec la salle. Mais nous ne lâcherons pas!»

 

Mauvais procès fait au ministère de l'écologie ? Ambiguïté du positionnement public des services de Jean-Louis Borloo ? Deux leçons peuvent sans doute être retenues de cette histoire: 1) il y a le feu chez certains agriculteurs concernant la directive nitrate, et cette colère très vive en local est quasi invisible au niveau national. 2) la majorité présidentielle n'a manifestement pas achevé son coming out écolo, et face à l'un de ses publics traditionnels, peine à assumer la «révolution écologique» pourtant pompeusement souhaitée par Nicolas Sarkozy lors des tables-rondes du Grenelle de l'environnement. Encore un effort avant une véritable «green pride» de la majorité présidentielle !

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