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Billet de blog 2 févr. 2011

Côte-d'Or : L'irréductible bataille d'Alésia

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"La Gaule unie, formant une seule nation, animée d'un même esprit, peut défier l'Univers" : la maxime, gravée dans le socle de la statue de Vercingétorix, sonne comme un symbole de l'identité bourguignonne et même française. Depuis une commande de Napoléon III à Aimé Millet en 1866, l'insaisissable chef gaulois, soumis à l'autorité de Jules César, surplombe la vallée de la Vingeanne, en Côte-d'Or. Du haut de ses sept mètres, se doute-t-il de la nouvelle bataille que se livrent certains archéologues à son propos ? Pas sûr... A quelques semaines de l'ouverture du muséoparc d'Alésia, le grand projet touristique du conseil général, Claude Grapin, conservateur départemental du patrimoine de la Côte-d'Or, livre à dijOnscOpe sa version des faits.

Trois sites, et plus si affinités !

Les passionnés d'Alésia ne manquent pas ! En 2010, dijOnscOpe vous présentait le combat de Danielle Porte, maître de conférence sur les religions et l'histoire romaine au sein de l'Institut d'études latines de la Sorbonne (Lire notre article ici). Se plaçant comme héritière des travaux d'André Berthier, conservateur en chef des Archives nationales entre 1966 et 2000, elle affirmait notamment qu'aujourd'hui, "tout le monde sait qu'Alésia n'est pas à Alise-Sainte-Reine mais on assure sereinement le contraire pour des raisons essentiellement économiques". Il faut avouer que le muséoparc bourguignon, mémoire du siège de 52 avant J-C qui devrait être inauguré en Côte-d'Or en juin 2011, promet la création de 120 emplois et la venue de 150.000 visiteurs par an, pour un investissement de 52 millions d'euros. Bref, une véritable aubaine pour le site touristique, dont la survie économique est bien difficile.

Pour le conservateur départemental du patrimoine de la Côte-d'Or, Claude Grapin, rien n'y fait : "Avant 1855, l'identification du site d'Alésia ne posait pas de souci mais il en est tout autrement depuis que Napoléon III s'est intéressé à Jules César". Une petite vingtaine de sites se targuent depuis d'être les lieux de la première bataille de l'Histoire de France. Le débat s'est cristallisé sur les plus célèbres d'entre eux : Alaise dans le Doubs ou Chaux-des-Crotenay/Syam dans le Jura (En savoir plus ici). André Berthier a donc dressé une typologie type du site supposé d'Alésia et retenu le site de Chaux-des-Crotenay, confirmant ainsi les écrits de Dion Cassius, qui situait le siège chez les Sequanes.

D'Alisiia à Alésia

Pourtant, Claude Grapin ne transige pas sur ce sujet et affirme que les preuves sont irréfutables : "250 ans après le départ de César, Dion Cassius, qui est un compilateur, a résumé le siège d'Alésia et a affirmé que le site était en Franche-Comté". Mais, l'état des connaissances géographiques et même épistémologiques ne lui aurait pas permis de situer précisément le lieu. Selon lui, la découverte en 1839, sur le Mont Auxois, de la stèle gallo-romaine portant l'inscription en langue gauloise : "Alisiia", proche du nom d'Alaise d'ailleurs (Voir l'image ici), devrait à elle seule sceller l'histoire, d'autant plus que huit tessères - ou jetons de plomb frappés aux noms des Alisienses, les habitants d'Alisiia - ont été découvertes à Alise-Sainte-Reine, tout comme des fragments d'objets en bronze argenté.

"Le naturaliste Pline l'Ancien parle d'Alésia dans son ouvrage consacré à la métallurgie, en expliquant que ce dernier a une spécialité qui consiste à appliquer du plomb blanc à chaud sur des objets en bronze pour prendre l'apparence de l'argent massif." Pourquoi Pline l'Ancien ne précise-t-il pas la localisation d'Alésia ? Claude Grapin avance le fait que cette référence "s'imposait à ses contemporains".

3.000 pas... Mais pas en ligne droite !

Néanmoins, la disciple d'André Berthier entend bien prouver le contraire : Chaux serait dérivé de Calmis - "le Mont chauve" - où rien ne subsiste, et viendrait supplanter le nom de la cité, détruit avec elle... Pourtant, aujourd'hui, les autorisations de fouilles ont été suspendues sur le site jurassien. Selon les textes, 95.000 guerriers prenaient place à l'intérieur de cette "très grande cité (...) très peuplée". "A ceci, on ajoute le reste de la population, les troupeaux, les 15.000 chevaux, et on se rend compte que tenir sur un plateau de 97 hectares pendant un mois et demi est totalement incohérent". Sachant que les deux rivières baignant les racines de la colline ne sont pas trois ruisseaux tandis que la plaine de 4,5 km n'est pas entourée de collines et s'étend sur plusieurs kilomètres...

Pour Claude Grapin, Jules César aurait utilisé à plusieurs reprises le terme "flumina" pour "désigner des cours d'eau de tailles différentes". "La plaine est bien de 3.000 pas, soit 4,5 kilomètres", ajoute-t-il, avant de préciser que ce résultat est obtenu... si l'on ne mesure pas le terrain en ligne droite ! De plus, il distingue deux partie sur l'oppidum : "l'urbs" - ou la ville - et "l'arcs", terme qu'il emploi aussi pour le siège de Bourges puis de Besançon, et qui représente une citadelle saillante, quasi inexpugnable.

Les armes et les monnaies en renfort

Alors César pouvait il exagérer les chiffres ? En aucun cas pour Claude Grapin, qui précise que Labiénus, un de ses fidèles légionnaires, était présent et aurait pu les contester. De plus, les récentes fouilles archéologiques aidées des photographies aériennes ont mis en exergue les dispositifs d'encerclement décrits par Jules César. Fossés et circonvallations y apparaissent alors clairement : "Le premier, que César estime entre 14,5 et 16 kilomètres, mesure 14,9 kilomètres, et le second correspond exactement à la description, soit 20 à 21 kilomètres. On discerne bien les camps qui ne sont pas des enclos à bétail car, fait rare, on y aurait retrouvé des toiles de tente ainsi que deux portes équipées du système de clavicula, qui obligeait les assaillants à exposer leurs flancs droits aux défenseurs".

La multitude des pièges retrouvés sur place (lillia, cippi, stimuli et même des tribuli) est une preuve des plus "pertinentes" alors même que du côté de la défense, Danielle Porte aimait à rappeler qu'en 1964, André Malraux, alors ministre de la Culture, envoyait André Berthier sur le site de Chaux-des-Crotenay avec la mission de "partir à la recherche de notre premier champs de bataille" ! Lieu de bataille, Alésia l'a pourtant sans nul doute été : "Signe d'un événement singulier, ajoute Claude Grapin, 731 monnaies gauloises ayant appartenu à 20% aux Arvennes, aux Sequanes ou encore aux Eduens, ont été collectées".

Aux théoriciens du complot et de la collecte d'armes (En savoir plus ici) ou encore de monnaies (En savoir plus ici) pour satisfaire l'empereur, Claude Grapin répond que "c'est faire beaucoup de crédit" aux archéologues de l'époque, "absolument incapables de distinguer les différentes monnaies à l'époque". Et de saluer la scientificité avec lesquels ces recherches ont été menées dès le Second Empire. Mais si les origines de la première bataille de France en resteront sans doute à la version officielle, l'homme fort du futur muséoparc affirme qu'il ne faut pas juger le lieu du seul fait d'un texte ...

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