Législatives, côté coulisses

Tractage, porte à porte, tournage de vidéos de soutien ou encore collage d'affiches, les journées des militants - bénévoles bien sûr - sont bien remplies. "On fait du 8h-23h !", s'amuse un jeune socialiste, pourtant pas démotivé par le rythme soutenu des journées. Pour mieux se figurer leur engagement, dijOnscOpe a suivi l'action quotidienne des deux partis leaders dans la première circonscription de Côte-d'Or : le Parti socialiste et l'UMP. Et même entraîné, il faut savoir tenir la cadence pour suivre ces engagés sur tous les fronts. Ambiance dans les coulisses de la campagne des Législatives.

Tractage, porte à porte, tournage de vidéos de soutien ou encore collage d'affiches, les journées des militants - bénévoles bien sûr - sont bien remplies. "On fait du 8h-23h !", s'amuse un jeune socialiste, pourtant pas démotivé par le rythme soutenu des journées. Pour mieux se figurer leur engagement, dijOnscOpe a suivi l'action quotidienne des deux partis leaders dans la première circonscription de Côte-d'Or : le Parti socialiste et l'UMP. Et même entraîné, il faut savoir tenir la cadence pour suivre ces engagés sur tous les fronts. Ambiance dans les coulisses de la campagne des Législatives.

Jonas Jacquel | dijOnscOpe | 2012
12h45 : L'équipe rapprochée de Laurent Grandguillaume se réunit pour définir les prochaines actions à mener.

Pour chaque parti, tout commence par une réunion stratégique. A huis clos et tenue au secret, l'équipe rapprochée de Laurent Grandguillaume se réunit comme chaque semaine. A l'ordre du jour : débriefing des pratiques des adversaires, motivation des troupes et établissement du planning à venir. Mais ce jour-là, le candidat est absent, appelé en commission de propagande à la préfecture de Dijon. C'est elle d'ailleurs qui sera chargée de distribuer les documents de vote, tracts et bulletins, après vérification de leur conformité. 

Parmi les supports privilégiés du Parti socialiste, l'équipe de Laurent Grandguillaume a beaucoup misé sur la force de frappe et de partage d'Internet, notamment grâce aux réseaux sociaux. Ainsi, une cinquantaine de vidéos de soutien ont déjà été mises en ligne ; face à la caméra, des socialistes notoires, des personnalités locales ou de simples soutiens désireux de porter leur candidat jusqu'à Paris.

Yves Jamait en renfort

Albert Echassoux a voulu être de la partie. Et c'est loin d'être sa première campagne, car à 86 ans, cet ancien résistant se dit socialiste depuis sa prime jeunesse. Armé de sa caméra, le responsable de la réalisation des clips se rend donc au domicile du retraité, accompagné de Nicolas, jeune socialiste de 19 ans, qu'il "forme en vue de la relève". Sur le pas de la porte, l'aîné leur ouvre tout guilleret : "Ça m'amuse de faire ça !", lance-t-il à l'équipe, qui comprend de suite que la voix rauque de l'expérience viendra parfaire le témoignage (voir photos ci-dessus).

La phrasé et le regard ne sont pas toujours adroits ni adéquats aux exigences audiovisuelles, mais le cœur y est. Après une ou deux prises, et un minimum de mise en scène – les clips doivent représenter la simplicité et l'authenticité -, c'est dans la boîte. Dans 48h, la vidéo de deux minutes, presque brute, sera en ligne.

Représentant de la culture locale, le chanteur Yves Jamait a bien voulu lui aussi donner de la voix pour soutenir le candidat socialiste. Attendu à la terrasse d'un café en fin d'après midi, et après quelques minutes de retard, il vante rapidement les qualités humaines et professionnelles d'un Laurent Grandguillaume qu'il affirme bien connaître. Cette fois, l'aisance de l'artiste devant l'objectif facilitera le montage (voir photos ci-dessus).

Mais il est déjà l'heure de quitter le binôme vidéaste. L'un est appelé en renfort de "boitage" (ndlr : terme employé pour désigner distribution de tracts dans les boites aux lettres de particuliers), et l'autre doit préparer la réunion publique du soir.

Des militants assidus

Cet exercice, l'UMP va aussi le pratiquer. A Ahuy (21), la première adjointe vient ouvrir les portes de la mairie. Une petite dizaine de militants UMP sont déjà au rendez-vous pour préparer la salle. Tout doit être parfait avant l'arrivée de Bernard Depierre, le député sortant et candidat sur la 1ère circonscription. Une dernière fois, ils vérifient les affiches sur les panneaux adjacents.

"J'ai reçu un coup de téléphone ce matin pour me dire de venir. Je n'avais pas prévu mais finalement j'ai fait le déplacement", explique l'un d'eux. "Pendant la présidentielle, j'étais plus actif, j'avais décoré ma voiture avec des affiches de Nicolas Sarkozy et je défilais dans la rue en klaxonnant. Là je suis moins impliqué mais il faut à tout prix enfoncer le clou". Les querelles au sein du parti, il n'en a que faire ; pour lui François Fillon se présentera en 2017.

Jérémie Lorand | dijOnscOpe | 2012
Tout le monde s'affaire à la décoration de la salle de réunion publique UMP.

Mais déjà il faut s'activer. Alors que le candidat clôture à peine sa première réunion, le matériel arrive sur place pour préparer la seconde. Et c'est chaque soir le même ballet. "Il faut déplacer les tables, on ne doit pas voir les pieds derrière Bernard". "Pour les photographes ?", demande l'adjointe. "Oui", confesse la responsable de sa campagne : "Chaque soir, nous avons le même décor, un drapeau français et européen, un écran blanc pour diffuser une vidéo et un pupitre". Les finitions sont artisanales. Un bout de scotch vient tenir le bandeau présentant le nom du candidat et son logo de campagne.

L'organisation est rodée, en dix minutes tout est prêt pour accueillir le député, son suppléant Laurent Bourguignat et le maire de Talant Gilbert Menut. Dans la salle, 28 hommes, 16 femmes. "On ne maitrise pas la parité dans les réunions", admet un militant. Une petite vidéo, commandée à une entreprise pour l'ambiance, le descriptif des oppositions au programme de Hollande et quelques propositions plus tard, le candidat annonce la venue de Luc Chatel et Valérie Pécresse les 6 et 13 juin prochain...

Informer plutôt que convaincre

Direction Plombière-lès-Dijon (21). Il est dix-huit heures, et c'est un groupe de jeunes socialistes qui se charge du porte à porte. L'horaire n'est pas anodin. Il est même scrupuleusement choisi et le parcours ne doit pas durer plus de deux heures. "On dispose de peu de temps", explique Aline Ferrière, responsable des Jeunes socialistes sur la Côte-d'Or. "Il faut que les gens soient rentrés du travail, et éviter de les déranger durant le repas, souvent à l'heure du journal télévisé".

Le quartier est populaire. Ce soir, la mission est de convaincre les habitants de cette rue de logements sociaux récents. Laurent Grandguillaume choisit lui-même ses quartiers, car l'électorat populaire est traditionnellement plus favorable au Parti socialiste.

Donc l'idée n'est pas de convaincre mais bien d'informer. Comme chaque parti, le PS a sa petite astuce pour ouvrir les portes des halls de chaque immeuble. Une fois la voie libre, l'organisation de l'équipe se met en place. Trois binômes, un par étage où chacun prend un côté du couloir. Tout le monde est bien rôdé, et les phrases sortent parfaitement récitées dans la bouche des militants au moment où la porte s'ouvre. Derrière celle-ci, tous les profils imaginables. Parmi les plus regrettables : l'enfant dont les parents ne sont pas rentrés – il sera alors gratifié d'un dépliant de quatre pages – une personne âgée qui ne possède plus tous ses moyens, au même titre qu'un malheureux chômeur ayant visiblement trop bu.

Jonas Jacquel | dijOnscOpe | 2012
18h
: "Bonjour Madame, c'est le Parti socialiste." - "C'est François Hollande ?" - "Non, Laurent Grandguillaume".

Quoiqu'il en soit, pas question de s'attarder. "Beaucoup de gens ignorent les dates, il faut avant tout les leur rappeler pour les inciter à se mobiliser", explique un militant au pas de course dans les escaliers. Il reste en effet encore beaucoup de riverains à informer que dimanche 10 et 17 juin, ils ont à nouveau rendez-vous avec les urnes. Malheureusement, certaines réactions témoignent de la méconnaissance de la politique locale. Lorsqu'un jeune tend le dépliant à une quinquagénaire, elle répond : "Ah non merci, on en a déjà plein les boîtes aux lettres ! Et puis vous savez, les élections, on en a jusque là ! On sort de la présidentielle, on a envie d'être tranquille !". Cette dame fera donc sans doute partie des 40% d'abstentionnistes habituels aux législatives, mais qu'importe, il reste encore beaucoup de monde à rencontrer ce soir, la partie est loin d'être perdue.

Le collage comme défouloir

Alors quand la réunion publique de Bernard Depierre s'achève, "la tradition" veut que ce soit autour d'un verre. Dans la cour de la mairie d'Ahuy, les militants poursuivent la discussion. Plusieurs d'entre eux se réunissent devant l'église pour faire le point sur l'opération qui suit : la vérification des affiches. Plusieurs fois par semaine, le commando sillonne les rues de Dijon et des communes de la circonscription : "Un des militants nous a réalisé un itinéraire Google map pour optimiser notre temps de parcours", explique Laurent Bourguignat, suppléant de Bernard Depierre mais aussi conseiller municipal d'opposition à Dijon. "À Dijon nous avons 46 panneaux, neuf à Talant, huit à Fontaine-lès-Dijon, deux à Plombières-lès-Dijon puis un dans les autres communes". Le premier groupe partira sur les communes de Talant et Fontaine-lès-Dijon, les deux autres se donnent rendez-vous Place de la France libre à Dijon pour se répartir colle et affiche.

Dans la voiture, Laurent Bourguignat reconnait "qu'il doit être un des seuls suppléants de France à parcourir son territoire pour recoller les affiches. C'est un défouloir". Son téléphone sonne. François Midon, le directeur de campagne vient faire un bilan de la journée. "Je ne pensais pas que l'interview serait publiée telle qu'elle dans la Gazette", lui explique Laurent Bourguignat. "Mais elle est très fidèlement retranscrite". Le matin même, FranceSoir.fr sort un papier sur ces candidats qui n'affichent pas le logo UMP sur leurs affiches (Lire ici FranceSoir.fr), dont Bernard Depierre avant que nos confrères rebondissent sur le sujet. "En Côte-d'Or, Rémi [Delatte] ou Alain [Suguenot] ne le mettent pas non plus, ça tombe sur nous". Un peu plus tard il détaillera cette stratégie de communication : "Les candidats sortants n'affichent pas le logo UMP car il faudrait mettre ceux du Nouveau centre et des autres partis qui nous soutiennent. De plus, chacun sait à quelle formation nous appartenons".

Mais l'ambiance est plus au débriefing de la réunion. Adrien, 19 ans, suit le candidat dans tous ses déplacements et s'occupe de l'aspect technique : "Nous devons voir ce qui fait réagir la salle, si la réunion n'a pas été trop longue". Un propos appuyé par Laurent Bourguignat : "J'adapte mon discours au fil de la campagne. Par exemple au début, je ne sortais pas l'anecdote sur le soutien du Mouvement unitaire progressiste (MUP) à la candidature de Laurent Grandguillaume mais la salle réagit plutôt bien donc depuis je le fais". La fréquentation ce soir-là était dans la moyenne. "À Prenois (21), nous avions une cinquantaine de personnes mais nous avions organisé plusieurs réunions chez l'habitant. À Pasques en revanche, dix personnes".

Jérémie Lorand | dijOnscOpe | 2012
22h52 : Tournée des affiches pour les militants de Bernard Depierre.

Alors, une fois arrivé au point de rendez-vous, chacun prend dans son coffre un seau de colle et quelques affiches. Et là aussi l'organisation est fine : "En général, nous sommes deux : l'un conduit et fait les manœuvres, prêt à partir, pendant que l'autre colle". Ce soir-là, à deux voitures, ils sillonneront l'ensemble de la partie dijonnaise de la circonscription. "Dans les communes rurales, nous passons une fois par semaine. Il n'y a aucun souci sauf à Fleurey-sur-Ouche (21). Là, un citoyen ne doit pas beaucoup nous apprécier", poursuit Laurent Bourguignat. Il est 22h30 et les militants arrivent aux panneaux de la rue de Bruges : "C'est là que j'ai eu mes premières moustaches", plaisante le suppléant. "Dans le passage de la mairie, j'ai aussi une admiratrice secrète. Du rouge à lèvres sur mon visage !" Dans le quartier Fontaine d'Ouche, il faudra recoller quasiment toutes les affiches. Une routine pour les militants même si la virulence est moins marquée que lors de la présidentielle.

Les affichettes pour annoncer la grande réunion au cellier de Clairvaux avec Luc Chatel ne seront déposées que le lendemain. Mais déjà une autre polémique prend le dessus : le candidat peut-il disposer trois affiches sur les panneaux ? Oui assure Laurent Bourguignat qui explique s'être rendu au comité de propagande de la préfecture. Les autres partis ne sont pas du même avis. Le tirage au sort a voulu que Bernard Depierre et Laurent Grandguillaume se suivent dans l'ordre protocolaire. Chacun veille sur l'affiche de l'autre...

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