Travail: La "génération Y" prend les commande!

Jeune, toujours connectée, soucieuse de valeurs comme le développement durable ou plus exigeante sur les conditions de travail : née entre 1979 et 1994, la "génération Y" arrive aujourd'hui en masse au sein des entreprises. Ce qui va changer ? Éléments de réponse avec Sandrine Vannet et Olivier Germain, directeurs respectifs des ressources humaines chez SEB et la SNCF, invités jeudi 29 septembre 2011 par la Jeune chambre économique de Dijon à partager leur regard sur ces nouveaux travailleurs. Le portrait-robot du jeune de la génération Y est pour le moins contrasté...

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  • Portrait robot #1 : une génération en quête de sens

Sandrine Vannet, directrice des ressources humaines pour le groupe SEB : "La génération Y recrute l'entreprise autant que l'entreprise la recrute. Nous assistons à des entretiens plus équilibrés dans les rapports de forces. Évidemment, nous recrutons quelqu'un en sélectionnant les compétences qui correspondent à notre entreprise mais on a en face de nous des gens qui sélectionnent et cherchent une entreprise qui leur donne du sens, qui va être en cohérence avec des valeurs. Chez SEB, nous faisons beaucoup d'actions en terme de développement durable : je n'ai jamais autant entendu les candidats, dans un entretien de recrutement, mettre ça en valeur alors que la génération précédente semblait avoir d'autres préoccupations - mon job, mon salaire, mon évolution, et le fait que l'on fasse du développement durable et de la fondation, que l'on soit soucieux de la Cité n'était pas une problématique. Aujourd'hui, la génération Y recherche ces valeurs, veut être dans une entreprise qui soit en cohérence avec ses objectifs et ses attentes".

Olivier Germain, directeur des ressources humaines à la SNCF : "Avant, on allait chercher un travail, on voulait un travail. Aujourd'hui, la génération Y sait ce qu'elle veut, a besoin de sens, et l'employeur doit le traduire en terme d'exigences. Aujourd'hui l'employeur se dit "mince, en plus du travail, on me demande quelque chose car le travail ne suffit pas". J'ai ce sentiment, aujourd'hui, en tant qu'employeur, que je dois donner plus qu'un salaire. Ce besoin de sens, d'éthique ou même le souci de l'image de l'entreprise sont des attentes nouvelles portées par la génération Y".

  • Portrait robot #2 : une génération moins attachée au salaire

Olivier Germain : "La génération Y exprime un besoin d'équilibre entre le travail et la vie personnelle. Nous sommes alors vraiment dans la question de savoir comment aménager le temps de travail au travers de temps partiels, d'horaires aménagés... Même chez des personnes qui, a priori, n'avaient pas besoin d'aménagement de temps. Pourquoi ? Car ils estiment que le gain financier n'est pas la priorité. J'ai besoin d'un travail donc j'ai un travail. Mais à côté de ça je travaille à 80%, même si je suis jeune".

Sandrine Vannet : "Le confort et le développement personnel au travail sont l'une des priorités de la génération Y. Ainsi chez SEB, nous avons mis en place des partenariats avec la mairie et des associations pour faire fonctionner des activités sportives entre midi et 14h, parce qu'il est difficile pour un jeune d'aller dans une salle de sport quand on est à quarante kilomètres de Dijon (ndlr : l'usine de SEB est située à Selongey, en Côte-d'Or). C'est à nous d'apporter les outils pour que les salariés puissent se lâcher entre midi et 14h, créer des liens, faire des équipes de foot... C'est des problématiques que nous n'avions pas du tout imaginé : avant, les générations précédentes demandaient avant tout des augmentations de salaire".

  • Portrait robot #3 : une génération "grande gueule"

Sandrine Vannet : "Tout nouveau recruté a un entretien avec moi en milieu de période d'essai. C'est très symptomatique : quand on est avec les générations précédentes, ils viennent en entretien toujours un peu tendus, en se demandant s'ils vont être évalués correctement et s'ils vont pouvoir rester dans l'entreprise. Quant à eux, les jeunes de la génération Y arrivent en entretien très cool, et balancent ce qu'ils ont à balancer - j'aime bien ci, j'aime bien ça, par contre la cantine est dégueulasse ! Au premier ça choque, mais au bout du troisième on réfléchit. Finalement on a complètement rénové notre restaurant d'entreprise et cela a été salué par énormément de salariés. Nous avons recréé un environnement qui correspondait plus à leurs envies, avec un côté un peu plus lounge, plus propre, totalement en décalage avec une culture qui était plutôt industrielle dans l'entreprise, où l'on avait des personnes très attachées à des symboles".

  • Portrait robot #4 : une génération capricieuse ?

Sandrine Vannet : "En terme d'exigences et de choses absolument pas négociables, je peux me permettre de donner une anecdote. On a recruté une jeune collaboratrice au milieu de l'année 2010. Arrive la période des congés de l'été 2011 et elle annonce qu'elle ne les prendra pas en juillet-août mais au mois d'octobre. Le chef de service vient me voir et je lui réponds que les congés, c'est la direction qui décide : c'est à telle période. Il revient une semaine après dans mon bureau en annonçant qu'elle donne sa démission - tout en disant qu'elle regrette car elle aime le poste - en disant qu'elle avait déjà acheté son billet d'avion pour aller passer la coupe du monde de rugby en Nouvelle-Zélande et elle a considéré que l'investissement qu'elle avait fait était beaucoup trop important pour sacrifier ce voyage par rapport à un job. On a trouvé un compromis : elle a quand même pris des congés en août et on lui a autorisé des congés sans solde pour qu'elle puisse faire son voyage. Ce côté jusqu'au-boutiste, intransigeant, et la relation au contrat de travail est le genre de réaction que l'on aurait jamais eu auparavant".

  • Portrait robot #5 : une génération technologique

Olivier Germain : "Le rapport à la technologie des jeunes générations change les modes de communication, le rapport au temps, mais pose également des questions de hiérarchie. Je suis dans une structure d'entreprise où la position est très liée à l'âge. Le paradoxe est qu'aujourd'hui, ce qui fait qu'on a de la pertinence ou pas dans l'entreprise, c'est la maîtrise de certains outils. Et on se rend compte qu'il y a des personnes assez élevées dans la hiérarchie qui sont très peu familiarisées avec des outils technologiques comme les smartphones ou la messagerie, alors que des jeunes qui arrivent avec des positions de subordonnés maîtrisent mieux ces outils, qui deviennent indispensables. Cela crée une ambiguïté entre la hiérarchie et le savoir-faire. On ne sait plus, finalement, qui a le plus de savoir et qui est le plus à même d'apporter quelque chose à l'autre. Nous entrons davantage dans un échange mutuel".

 

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