Politique: Quand le centre s'éparpille...

L'échiquier politique français pourrait théoriquement être très simple, constitué d'une gauche, d'une droite et du centre. Le renoncement de Jean-Louis Borloo à concourir à l'élection présidentielle de 2012 en tant que rassembleur des forces centristes et les dissensions que ce retrait révèle aujourd'hui montrent que même au centre, les divisions politiques sont légion... En Côte-d'Or, qui roule aujourd'hui pour François Bayrou, Corinne Lepage ou Hervé Morin ? Qui prône le ralliement à des partis de gouvernement ? Revue des troupes...

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Après le départ de Jean-Louis Borloo, le centre-droit orphelin...

Samedi 02 octobre 2011 au journal de 20h de TF1, Jean-Louis Borloo, chef de file de l'Alliance républicaine, écologiste et sociale (Ares), confédération politique regroupant plusieurs formations centristes - le Parti radical, le Nouveau Centre, la Gauche moderne et la Convention démocrate -, coupait court au suspens entourant sa probable candidature pour la Présidentielle 2012. "Les conditions ne sont pas réunies pour fédérer les centres et je ne veux pas ajouter de la confusion à la confusion", expliquait alors Jean-Louis Borloo, ajoutant "qu'à cette heure-ci, cette dynamique des centres à laquelle j'aspirais n'est pas suffisante pour porter une candidature, non pas de témoignage mais pour être présents au second tour de la présidentielle. La vérité, c'est que les centres n'ont jamais été aussi éclatés, en compétition entre eux" (Lire ici l'article de LExpress.fr sur le sujet).

L'Ares, orpheline de son principal fondateur, présentera-t-elle tout de même un candidat en 2012 ? Trois jours après le renoncement de Jean-Louis Borloo, le bureau politique du Nouveau centre a approuvé le principe d'un candidat centriste à la Présidentielle tout en renvoyant le soutien du parti à une éventuelle candidature d'Hervé Morin, son président, à un vote du congrès fin décembre 2011. Un accord que conteste François Sauvadet, président du conseil général de Côte-d'Or et ministre de la Fonction publique, qui souligne "qu'aucun vote n'a eu lieu" et que des voix divergentes, dont la sienne, avaient exprimé des doutes sur "la pertinence d'une candidature centriste en 2012".

Du côté du Parti radical, la question est également posée. "Mardi 04 octobre, le parti s'est réuni au plan national pour décider de réunir un congrès en janvier 2012, qui fixera notre ligne politique. Il a été rappelé que la participation à la Présidentielle n'était pas une fin en soi", note Jean-Philippe Morel, président du Parti radical en Côte-d'Or. Et de préciser : "Si notre position sera fixée en janvier, je pense déjà qu'il est exclu que nous rejoignions François Bayrou, président du Modem, car il n'a pas clarifié sa position sur le deuxième tour de la Présidentielle - tandis que nous sommes clairement positionnés au sein de la majorité actuelle. On sait où on habite. Je pense que nous serons plus forts en nous associant à un pacte de gouvernement plutôt que de nous isoler et de nous retrouver dans une impasse".

Bayrou seul au centre ?

François Bayrou, justement, semble respirer depuis le retrait de Jean-Louis Borloo, et se rêve en réconciliateur du centre. Celui à qui plus de 18% d'électeurs avaient accordé leur vote lors de l'élection présidentielle de 2007, "met aujourd'hui tout en œuvre pour sortir du costume étriqué de candidat en puissance d'un parti d'opposition, pour se glisser de nouveau dans celui de l'homme d'État, notamment depuis la parution de son livre 2012, état d'urgence", commente LeFigaro.fr (Lire ici l'article). Et de préciser : "Les rumeurs véhiculées ces dernières semaines - particulièrement au centre droit - sur l'éventuel renoncement de François Bayrou pour 2012 semblent bien loin".

En Côte-d'Or, François Deseille, chef de file du Modem et adjoint au maire de Dijon, s'estime "content de cette situation de départ de Borloo, auquel on s'attendait tous. Nous nous sommes simplement étonnés de la manière mais de l'extérieur, nous avions plus l'impression que Jean-Louis Borloo était poussé par ses lieutenants plus que par une réelle envie d'y aller. D'autre part, vouloir incarner le centrisme après avoir été l'un des principaux ministres de Sarkozy et avoir soutenu toutes les réformes du gouvernement, cela paraît compliqué".

Pour lui, "le centrisme est synonyme d'indépendance". "On ne peut pas se déclarer centriste après avoir été pendant très longtemps au gouvernement. Pour moi, il faut être capable de travailler avec un côté ou l'autre de l'échiquier politique sans vouloir automatiquement pencher vers un camp. Si on tombe toujours du même côté, on n'est plus un centriste ! Pour moi, les radicaux de gauche ne sont pas des centristes mais la droite de la gauche ; et les radicaux valoisiens, on l'a vu, sont des gens qui sont à gauche de l'UMP mais dans une alliance quasi-exclusive avec l'UMP ! Or chez nous, au Modem, nous sommes capables de travailler aussi bien avec des maires comme Alain Juppé (UMP) à Bordeaux qu'avec François Rebsamen (PS) à Dijon", commente-t-il. Et de poursuivre : "Aujourd'hui, la France a besoin d'une manière de gouverner centrale, réunissant les compétences de la gauche et de la droite pour avancer dans l'intérêt général du pays. Et ça, François Bayrou est le seul à le proposer".

Corinne Lepage entre dans la bataille

Bayrou, Borloo, Morin... et ce n'est pas tout ! Pour l'élection présidentielle de 2012, le centre devra également compter sur Corinne Lepage, ancienne ministre de l'Environnement - de 1995 à 1997 - et présidente du mouvement Cap21. Cette dernière a effectivement annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de 2012, mardi 04 octobre sur TF1, dix ans après celle de 2002 où elle avait obtenu 1,88% des voix au premier tour. "J'ai beaucoup réfléchi, je me suis beaucoup préparée et je souhaite être candidate à cette élection", a déclaré la députée européenne âgée de 60 ans, qui avait soutenu François Bayrou en 2007 et rejoint le Modem, avant de claquer la porte du mouvement en 2010 (Lire ici l'article de Libération.fr sur le sujet). Elle a précisé que ses "premières propositions iront dans le sens d'un regain de droits pour nos concitoyens : cela veut dire des référendums d'initiative populaire, cela veut dire une justice indépendante, cela veut dire une presse totalement indépendante...".

La candidate compte également des soutiens en Côte-d'Or, parmi lesquels Benoît Bordat, conseiller municipal de Dijon. "Corinne Lepage met en avant une candidature citoyenne, pas une candidature de parti, sur un axe clairement écologique et citoyen. Ce qui la différencie des autres candidatures centristes est qu'elle est claire sur l'issue du second tour ou les soutiens potentiels qu'elle pourrait avoir - elle ne s'inscrit pas du tout dans la politique de Nicolas Sarkozy". Sa candidature pencherait-elle donc plutôt vers la gauche ? "Pour l'instant, nous n'avons pas de stratégie d'alliance au second tour. On travaille surtout sur la candidature de Corinne Lepage et sa présence à la Présidentielle. Mais une chose est sûre : il y a différents centres - ceux qui ont toujours travaillé avec la droite et l'UMP ; ceux, comme Bayrou, qui veulent travailler à la fois avec la droite et à la fois avec la gauche - mais je pense que cette vision a ses limites car elle présente ensuite des incohérences sur le plan local et national". Trop à droite pour les uns, trop à gauche pour les autres : les dissensions du centre rappellent finalement le découpage familier de l'échiquier politique français... Au risque de s'éparpiller ?

 

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