La Ve République est morte, vive la VIe ?

"Un grand coup de balai" pour nettoyer "un système qui révèle sa pourriture intrinsèque". C’est ce que préconisait Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche, sur les ondes de France Info, vendredi 5 avril 2013. L’affaire Cahuzac, ministre du budget démissionnaire, est devenue du pain béni dans lequel le leader communiste se sert allègrement pour demander une "purification de l’insupportable atmosphère politique" française.

"Un grand coup de balai" pour nettoyer "un système qui révèle sa pourriture intrinsèque". C’est ce que préconisait Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche, sur les ondes de France Info, vendredi 5 avril 2013. L’affaire Cahuzac, ministre du budget démissionnaire, est devenue du pain béni dans lequel le leader communiste se sert allègrement pour demander une "purification de l’insupportable atmosphère politique" française.

Ainsi, l’admirateur du défunt Hugo Chavez appelle "le peuple français, humilié et abaissé" par ce "spectacle lamentable" à manifester dans la rue le jour anniversaire du deuxième tour de l’élection présidentielle, le 5 mai prochain, par une "marche citoyenne pour la 6ème république". Une nouvelle ère politique qui figurait également dans le programme électoral d’Eva Joly, qui a annoncé sur BFMTV, lundi 8 avril, qu’elle irait manifester avec Jean-Luc Mélenchon et estime que "beaucoup de militants EELV seront aussi dans la rue".

Mais qu’est-ce qui se dissimule derrière cette 6ème République ? Quelle est-elle ? Est-elle seulement applicable ?

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Aux origines de la 6ème République

L’idée d’une nouvelle République n’est pas nouvelle. Déjà au début des années 2000, une "convention pour la 6ème République" (C6R) a été initiée par un socialiste, aujourd’hui au gouvernement... Arnaud Montebourg. Motivée par une dépolitisation et une abstention grandissante des citoyens dans la vie politique, elle souhaitait instaurer un nouveau régime pour corriger les dysfonctionnements de l’actuelle République.

La C6R prônait un régime dans lequel les pouvoirs contrôlant le Parlement seraient plus performants, où le président de la République serait le garant de l’intégrité des nouvelles institutions, laissant donc plus de manœuvres d’exécution pour ses ministères.

Seulement, la 6ème République réclamée par le Parti de gauche se distingue assez nettement de cette version : "l’idée philosophique serait un retour à la première République, avec une assemblée au cœur de tout, c'est-à-dire un représentant direct du peuple. C’est au peuple de gouverner" explique Alexandre Emorine, référent jeune du parti en Côte-d’Or.

"L'envie d’une nouvelle République date déjà du début de l’actuelle" se prononce-t-il. Une affirmation qui s’avère juste selon Jean Vigreux, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne : "le souhait d’une 6ème République est partagé par de nombreux concitoyens. Cette démarche est plurielle et ne peut se réduire à la seule propriété d’une organisation politique. C’est une prise de conscience liée aux différentes "affaires" qui ont scandé l’histoire de la 5ème République depuis ses premières années".

Une déconnexion entre élus et citoyens

Mise en cause, une déconnexion entre les citoyens et ses gouverneurs. "On ne veut pas que cette 6ème République soit basée sur une constitution qui sera rédigée par des techniciens et des experts", détaille Alexandre Emorine. Il considère au contraire que sa rédaction doit revenir à "une assemblée constituante" composée de citoyens qui ne seront élus dans aucune institution nationale et dont la participation à cette assemblée sera unique. Ces citoyens pourront alors "inscrire leurs revendications personnelles ainsi que leurs envies" dans cette constitution. "On voit clairement aujourd’hui que ce monde est déconnecté de la réalité, qui ne s’occupe pas assez, voire pas du tout de son peuple".

Les hommes politiques, tous pourris ? Jean Vigreux modère cet adage, considérant qu’il faut être d’une "malhonnêteté intellectuelle sans pareil" pour mettre tous les élus dans le même sac. "Ceux qui prônent le "tous pourris" mentent et utilisent de vieux schémas connus depuis la fin du 19ème siècle, dont les émeutes du 6 février 1934 en furent un exemple".

En revanche, l’époque où tout le pouvoir politique était confié à "une poignée d’experts" est désormais révolue, il faut alors "repenser les liens entre élu et peuple" avance le professeur d’histoire. En premier lieu, le mandat. "Son cumul dans le temps et dans les différentes fonctions électives n’est plus au goût du jour" précise-t-il, une limitation doit s’imposer d’elle-même.

Il faut "envisager un retour éthique fondé sur le respect du mandat" afin d’accoucher d’une "République exemplaire". Exemplaire également sur une séparation nette entre les trois pouvoirs. Si Jean Vigreux se réjouit de constater que "le pouvoir actuel a laissé la justice faire son œuvre", il souligne que ce ne fut pas toujours le cas par le passé. Un constat que partage également  Alexandre Emorine, pointant du doigt la stricte séparation des pouvoirs, "aujourd’hui bafouée, comme ce fut le cas lors de l’affaire Karachi" (Lire ici 20Minutes.fr).

Repartir de zéro

Quoi de plus simple que de repartir à zéro pour "renouveler la classe politique" ? Nouveaux dirigeants, nouvelles institutions, nouvelles assemblées... Mais pour quels garde-fous ? Alexandre Emorine considère que "les médias libérés de tout groupe industriel" seront centraux. "Réaffirmer le rôle des médias libres" comme leitmotiv : sans pression derrière les rédactions, les journaux pourront alors pleinement effectuer leur rôle de vigie sociétale.

Une autre solution pour renouer le lien torturé entre la classe politique et les Français : instaurer des révocations populaires, à l’instar de nombreux régimes sudaméricains. Elles permettent au peuple de mettre fin à un mandat électif avant son terme. Pour autant, ses contours sont flous et rien n’a encore concrètement défini la 6ème République, mais les principes généraux sont là.

Cependant, une question majeure reste en suspens : cette hypothétique République peut-elle être mise en place sur le court-terme ? "Bien sûr" répond Alexandre Emorine, "la convocation d’une assemblée constituante peut être annoncée demain matin par exemple, la réunion de celle-ci dans quelques mois et ensuite le changement de constitution peut aller très vite".

Alors que de l’autre côté du spectre politique, le son de cloche n’est pas le même : "c’est sans doute un coup de communication de Jean-Luc Mélenchon" avance Laurent Bourguignat, conseiller municipal UMP de Dijon (21). "Ce n’est pas responsable, c’est facile, c’est populiste, c’est démagogique. C’est irresponsable d’alimenter l’écœurement des Français et injuste vis-à-vis des élus locaux qui n’ont rien à se reprocher".

Simple coup de communication opportuniste de Jean-Luc Mélenchon ou authentique intention d’assainir la sphère politique ? Jean Vigreux ne tranche pas, mais explique "qu’il est temps d’en finir avec la 5eme République" et qu’il faut "redonner le goût irremplaçable de la démocratie aux citoyens... Refuser cette dimension, c’est courir le risque d’une dictature".

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