La «vélorution», et après?

Pour son 19e congrès, le Club des villes et territoires cyclables a pris ses marques à Dijon les 05, 06 et 07 octobre 2011.

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Pour son 19e congrès, le Club des villes et territoires cyclables a pris ses marques à Dijon les 05, 06 et 07 octobre 2011. Intitulé «L'avenir a besoin du vélo», le rassemblement a vu plus de 500 élus, techniciens des collectivités locales, représentants de l’État, associatifs et experts en tout genre s'interroger sur les enjeux du transport le moins cher au monde après la marche... Car si le vélo connaît un véritable essor depuis le milieu des années 2000 - chaque ville s'équipe de son propre parc de vélos locatifs à l'image des Vélodi à Dijon -, l'effet de mode passera-t-il ? Comment pérenniser cette «vélorution» ? Éléments de réponse...

 

"Nous pédalons vers le succès"

Les Vélov' à Lyon en 2005, les Vélib à Paris et les VélôToulouse en 2007, les Vélodi à Dijon en 2008... "Nous pédalons vers le succès", s'est réjoui Jean-Marie Darmian, président du Club des villes et territoires cyclables - qui compte 214 collectivités adhérentes couvrant 1186 villes -, au moment de clôturer le congrès vendredi 07 octobre 2011. Mais maintenant que la plupart des grandes villes françaises sont équipées en vélos locatifs, que reste-t-il à imaginer pour développer et pérenniser l'usage du cyclisme urbain ? Beaucoup de choses à en croire le Club... Dans l'objectif de renouveler les perspectives des collectivités locales en matière de mobilité individuelle et de définir de nouveaux axes de travail pour le réseau d'acteurs qu'il présente, ce dernier a lancé en juin 2011 un séminaire de prospective sur le vélo à horizon 2030. À l'occasion de son 19e congrès organisé à Dijon, les résultats de cette étude ont été présentés d'où ressortent deux constats : "avoir raison ne suffit pas" et "le vélo ne gagnera pas tout seul".

"Savoir qu'il n'existe "aucun médicament actuellement qui offre autant de promesses pour le maintien de la santé qu'un programme d'exercice physique à vie !" selon le Journal of the American médical association, et démontrer qu'un euro investi dans des infrastructures favorables aux modes actifs, marche et vélo, rapporterait entre 30 et 150 euros toutes les années suivantes ne suffit pas à déclencher des politiques volontaristes en faveur de leur développement", note Véronique Michaud, secrétaire générale du Club. Par ailleurs, "une conviction a été renforcée au fil des deux séquences de travail : en matière de mobilité durable, aux côtés des transports publics dans les villes denses, il n'y a pas une mais des solutions croisées. Elles nécessitent la mise en synergie de toutes les offres et systèmes : marche, vélo, petits véhicules urbains connectés, télé-services, nouveau partage de l'espace public, transport à la demande...".

Deux axes de travail sont ainsi privilégiés : le vélo dans le péri-urbain et la mobilisation de l'intelligence collective. "L’intelligence collective est un carburant puissant. Notamment pour un réseau d’acteurs comme le nôtre qui, sans les contributions de ses adhérents et de ses partenaires, le métissage des compétences et la diversité recherchée des champs de connaissances, ne serait qu’un groupe parmi d’autres", estime Jean-Marie Darmian.

Le vélo, remède anti-crise ?

L'enjeu est de taille dans le contexte de crise économique actuel selon le Club : "L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) montrait en 2005 que le budget transport est passé de 11% du budget des ménages en 1960, à 15% en 2004 (Consulter ici l'étude). Avec 5.140 euros par an, c’est le deuxième poste de dépenses après le logement (8.440 euros), et devant l’alimentation (4.980 euros). En 1960, le transport ne représentait que la moitié du budget alimentation. 2/3 des déplacements sont faits en voiture particulière pour 83% du budget transport. Quant aux seuls coûts liés à l’usage de la voiture individuelle, ils représentent 59% des dépenses globales de transports. Elles regroupent l’entretien et le carburant. Ce dernier poste de dépense, s’il connaît une petite accalmie ces dernières semaines, ne cesse cependant d’augmenter".

Selon les chiffres de l’Automobile Club parus en juin 2011 (Consulter ici), le coût moyen de l’utilisation d’une voiture essence de type Clio s’élevait en 2010 à 5.744 euros par an pour 9.076 km parcourus (soit 3,4% d’augmentation au kilomètre par rapport à 2009), et à 7.466 euros pour une voiture diesel ayant parcouru 15 648 km (soit 3,2% d’augmentation au kilomètre par rapport à 2009)".

"Il faut une politique vélo dans notre pays précisément pour avoir une véritable mobilité socialement durable ! Les ménages précaires, les personnes vulnérables, les générations futures ont besoin du vélo ! La précarité, les nouvelles vulnérabilités se trouvent aujourd’hui davantage dans les périphéries que dans les centres des villes. La mobilité en outre croît sur ces territoires parce que les activités s’y implantent davantage que dans les villes centres", affirme le président du Club, qui admet n'avoir cependant pas réussi à convaincre l’État de cet enjeu.

En État de mollesse

"Car malgré nos efforts, regrette Jean-Marie Darmian, et depuis 2007 sous la présidence actuelle et au fil des gouvernements Fillon, le vélo n’a été convié à aucune des grandes démarches nationales de concertation et de planification dans les domaines de l’écologie et de la relance économique !". Le Club des villes et territoires cyclables estime ainsi que le vélo était le grand absent du Grenelle de l’Environnement, du Plan de relance et du Grand emprunt. "À ces rendez-vous manqués, il faut ajouter l’échec des tentatives pour mettre en œuvre un chèque vélo puis pour rendre le vélo éligible au chèque transport, pour mettre en œuvre des incitations économiques comme le crédit d’impôt pour l’achat d’un vélo, comme l’indemnité kilométrique pour les salariés qui se déplacent à vélo, etc".

"Il faut donc engager une vraie politique nationale en faveur du vélo dans notre pays. Nous l’appelons de nos vœux depuis la création de cette association mais il semble que le gouvernement ait pris la mesure de cette nécessité et souhaite engager un plan de rattrapage. L’absence à Dijon du ministre des Transports Thierry Mariani pour des raisons d’agenda pourrait nous inquiéter sur la motivation du gouvernement. Mais il a mis en place un groupe de travail interministériel que préside Philippe Goujon, député de Paris. Ce groupe s’est réuni déjà deux fois et le Club y participe activement. Nous interprétons donc cette démarche comme le signe d’une vraie volonté de rattraper le retard de la France en matière de stratégie nationale en faveur du vélo, par rapport à nos voisins européens. Et j’ai envie de dire le retard des gouvernements successifs au regard des engagements et des efforts des collectivités locales depuis vingt ans".

La préparation de la prochaine Loi de Finances ainsi que l'approche de l'élection présidentielle de 2012 constituent "le bon moment pour interpeller les candidats sur des projets d’avenir en leur proposant de les verser à leur programme. C’est ce que nous allons faire dans les prochaines semaines au Club des villes et territoires cyclables". Et dans l'oreille des élus et du chef de l'État, le Club aimerait bien pouvoir souffler dix propositions qu'il défend : l'affectation de 10% du budget des routes nationale et autoroutes pour l'aménagement d'itinéraires vélo, le jalonnement des grands itinéraires de véloroutes et voies vertes, la relance de la démarche "Code de la rue", la mise en œuvre d'un plan ambitieux de développement du stationnement, le déploiement du marquage des vélos à l'échelle du territoire pour lutter contre le vol, une campagne de communication annuelle sur le thème "le vélo quotidien, c'est bon pour la santé", un déploiement à l’échelle nationale des actions d’apprentissage du vélo initiées, souvent en partenariat, par les associations et les collectivités locales, un programme pour le développement du vélo auprès des salariés, une indemnité kilométrique vélo, une grande campagne de communication (Consulter les dix propositions dans le détail en page 2/2 de l'article).

Micro et macro-organismes

Mais l'État et les collectivités locales ne sont pas seuls à aider au développement du vélo. Localement et au niveau national, des démarches privées se mettent en effet en œuvre. Ainsi, L’Heureux Cyclage, réseau francophone des Ateliers vélo, valorise l’activité de recyclage et d’apprentissage de la mécanique vélo et favorise le développement des ateliers dans tous les quartiers, basés sur le réemploi de vélos inutilisés et l’apprentissage de la mécanique. Présent à l'occasion du congrès, Julien Allaire, porte-parole du réseau, a insisté sur le développement des filières de recyclage : "Avec trois millions de vélos vendus en France chaque année, si l'on ne prévoit pas de réseaux de recyclage de vélo, on ne peut pas parler de développement durable mais de développement jetable".

Jean-Christophe Barre, président de l'association dijonnaise La Bécane à Jules - atelier d'auto-réparation créé en 2006 -, estime quant à lui que les associations doivent se passer au maximum des subventions émanant des collectivités et de l'État : "Nous nous auto-finançons à hauteur de 80%. Je crois que cela est très important pour pérenniser notre activité étant donné qu'à l'avenir, les subventions risquent d'être moins importantes".

Si le vélo est sorti de sa , assure Jean-Marie Darmian.

  • 10 mesures prioritaires pour faire du vélo l'outil du développement durable des territoires

La perspective d’un plan d’action global incite à prioriser les mesures qui, au niveau de l’Etat, auraient un impact important en ce qu’elles viennent renforcer l’action déjà considérable des collectivités territoriales. Donc à placer en mesures phares en 2011 - avec la menace bien réelle d’une récession économique très préjudiciable pour les personnes déjà vulnérables - des incitations économiques et à mettre l’accent sur le vélo dans la mobilité quotidienne, pour aller au travail ou à l’école, comme outil de la cohésion sociale.

Enfin, ce projet de plan d’action national suppose, pour le Club, la confirmation du poste de Coordonnateur interministériel pour le développement de l’usage du vélo, le renforcement de sa mission et surtout la création d’une structure de mission à ses côtés pour piloter la mise en œuvre des mesures adoptées.

Pour la cohésion territoriale

  • 1. L'affectation de 10% du budget des routes nationales et autoroutes pour l'aménagement d'itinéraires vélo.

Les infrastructures pour les vélos ne nécessitent pas de budget important, mais le retard pris les concernant freine leur développement en particulier dans les zones péri-urbaines des grandes agglomérations. Il convient de remédier aux effets de coupures des voies ferrées, grosses voiries et plus globalement au caractère inhospitalier de la voirie dans le péri-urbain. Et de soutenir la réalisation de quelques premières « autoroutes à vélo » et des itinéraires structurants dans de grandes agglomérations.

  • 2. Le jalonnement des grands itinéraires de véloroutes et voies vertes

Pour la qualité de vie

  • 3. La relance de la démarche "Code de la rue"

La démarche initiée en avril 2006 qui a abouti à des mesures réglementaires importantes mi-2008 marque aujourd’hui le pas. Il s’agit d’adopter les mesures validées depuis deux ans et d’engager de nouveaux chantiers ainsi que des actions de communication sur ces évolutions.

  • 4. La mise en œuvre d'un plan ambitieux de développement du stationnement

Cette action se déploie dans l'habitat collectif existant (garages vélos, box, stationnements sur voirie...), dans les équipements publics et dans les gares. Notamment avec l’ANRU en introduisant systématiquement des locaux à vélos dans les opérations de rénovation urbaine.

Partenaires : SNCF, ANRU, USH

  • 5. Le déploiement du marquage des vélos à l'échelle du territoire pour lutter contre le vol (système Bicycode géré par la FUB – Fédération française des usagers de la bicyclette)
  • 6. Une campagne de communication annuelle sur le thème "le vélo quotidien, c'est bon pour la santé"

Le bénéfice pour la santé d’une pratique régulière est considérable et, en matière d’économie de santé, la pratique actuelle autour de 3% représente déjà un gain de 5,6 milliards d’euros par an sur les dépenses de santé. Aussi une pratique de 12 à 15% à horizon 2020 (niveau actuel de nombreuses villes européennes) permettrait-elle d’engranger une économie de 15,4 milliards d’euros par an.

Partenaire : Ministère de la Santé

  • 7. Un déploiement à l’échelle nationale des actions d’apprentissage du vélo initiées, souvent en partenariat, par les associations et les collectivités locales. Des financements pour consolider les vélo-écoles mises en place sont essentiels pour pérenniser et développer ces démarches.

Partenaire : Ministère de l’Éducation nationale

Pour la cohésion sociale

  • 8. un programme pour le développement du vélo auprès des salariés.

La mise en œuvre du programme français « Au travail à vélo » (proposée par le Club en avril 2011) comprenant notamment des exonérations fiscales pour les entreprises qui mettent des vélos à la disposition des salariés (prêt gratuit ou avec option d’achat, centrale d’achat...) serait aussi un soutien au développement de l’industrie du vélo, tout en impliquant un bénéfice en termes de santé publique et d’empreinte écologique...

Partenaires : Ademe, Conseil national des professions du cycle

  • 9. une indemnité kilométrique vélo

La participation de l’employeur aux frais de déplacement domicile/travail sur le modèle belge (0,21 euros/km cumulable sous condition avec l’indemnité transport public) exonérée de charges et non imposable pour le salarié.

  • 10. le vélo citoyen : une grande campagne de communication !

Le vélo entraîne avec lui de nouveaux équilibres, un nouveau partage de l’espace public, un autre mode de production de l’information, elle aussi davantage partagée. Il permet de conjuguer liberté et égalité car il est à la fois individuel et collectif, particulier et public, autonome et connecté aux autres mobilités. Le Club propose que ce thème du vélo citoyen constitue le socle d’une grande campagne de communication en faveur du développement du vélo s’appuyant notamment sur la relance de la démarche du code de la rue et sur les engagements du Grenelle ainsi que les objectifs des accords de Kyoto.

 

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