Les "logiciels libres" à l'assaut d'Apple et Microsoft!

Les "logiciels libres" sont apparus en 1983 avec le projet de système d’exploitation appelé GNU, élaboré par Richard Stallman, alors chercheur au laboratoire d’intelligence artificielle du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Historiquement, les "logiciels libres" sont nés pour s'opposer aux "logiciels propriétaires", comme ceux d'Apple ou Microsoft. Petit à petit, un mouvement est né autour de la "communauté du libre". Qui sont ces acteurs du "libre"? Un nouvel ordre du "libre" est-il en marche? Qu'ont réellement à craindre les géants de l'informatique: Apple et Microsoft? Éléments de réponses avec trois spécialistes dijonnais: Grégory Maubon, interlocuteur des entreprises sur l'économie numérique à la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Dijon ; Bastien Wirtz, analyste-programmeur au rectorat de Dijon, secrétaire et membre fondateur de l'association Ubuntu-Dijon*; et Olivier Wenzek, chargée de communication à la marine nationale, également membre fondateur d'Ubuntu-Dijon. Entrez donc dans le monde "libre"...

 

Grégory Maubon, Bastien Wirtz, Olivier Wenzek, bonjour. Pouvez-vous nous définir précisément ce qu'est un "logiciel libre"?


B. Wirtz : "Un logiciel libre est un logiciel soumis à une licence respectant au minimum les quatre règles suivantes : la liberté d'exécuter le programme, la liberté d'étudier le fonctionnement du programme, la liberté de redistribuer des copies et enfin, la liberté d'améliorer le programme et de publier ses améliorations.


Ce sont les libertés fondamentales du logiciel libre qui sont garanties par de multiples licences, comme la Licence publique générale (GPL). Plus simplement, lorsque vous avez un logiciel libre, vous êtes en droit de l'utiliser comme bon vous semble, le modifier si vous en avez besoin et le copier à qui bon vous semble. Par exemple, la modification peut s'étendre de la simple correction d'une faute de traduction à l'ajout d'une fonctionnalité dans le code source de l'application.


Prenons Mozilla Firefox par exemple, un navigateur libre, qui en a fait naitre de multiples autres comme Flock, Iceweasel ou encore SwiftFox. Le code source étant ouvert, chacun a pu lui apporter les modifications qu'il souhaitait, pour l'adapter à des besoins plus spécifiques. A noter qu'un logiciel libre n'est pas forcement gratuit et surtout, qu'un logiciel gratuit n'est pas forcement libre !".

 

Comment se compose cette "communauté du libre" dont vous parlez? A qui s'adresse le logiciel libre?


B. Wirtz : "Le logiciel libre s'adresse à tous le monde, il n'y a aucun pré-requis nécessaire. Prenons le cas des systèmes d'exploitation par exemple. Beaucoup de gens pensent qu'un système GNU/Linux est compliqué alors qu'ils n'ont jamais eu l'occasion d'essayer. De même, Ubuntu est particulièrement adapté au grand public et ne nécessite aucune connaissance particulière.


La "communauté du libre" est constituée de personnes qui utilisent et contribuent au "libre". Le terme "contribuer" est très large et il n'est absolument pas réservé aux "pros" de l'informatique : signaler un bug au responsable d'une application, corriger une faute, proposer une traduction, faire un don, user et abuser des libertés, ajouter ou juste proposer une fonctionnalité, corriger un bug, etc. Participer est à la portée de tous !".

 

Selon vous, existe-t-il une "culture" du logiciel libre ? Peut-on évoquer le terme de "contre-culture" face à des "marques" comme Apple et Microsoft ?


O. Wenzek : "Chez Windows, on est un peu tout seul dans son coin ; chez Mac, on consomme tous ensemble et dans le logiciel libre, nous essayons de développer quelque chose tous ensemble ; c'est une communauté en soi. La volonté du logiciel libre est de remettre l'utilisateur au centre de son informatique. Il s'agit aussi de s'extraire d'une logique mercantile, où tout va être breveté, vers un retour de l'échange et du partage avec le pouvoir de redistribuer à la communauté ce qu'elle nous a apporté".


G. Maubon : "C'est une culture très ancrée dans le partage des connaissances. C'est un peu l'idée de "l'encyclopédie libre" Wikipédia : on crée de la connaissance, on partage, on s'appuie sur ce qui existe, on l'améliore. Et comme ce qui existe est le fruit d'une communauté, on reverse à la communauté ce que l'on a amélioré. C'est l'esprit de corps qui mène ce mouvement".


B. Wirtz : "Derrière cette notion se cachent des valeurs et une éthique indispensables, qui contribuent notamment à constituer la communauté. Le "libre" est synonyme de partage, d'entraide et d'innovation. L'idée la plus forte est la liberté de choix de l'utilisateur, concept qui est assez opposé à celui de marques comme Apple ou Microsoft, qui font tout pour "guider" les utilisateurs dans leurs choix".


Selon une étude américaine, 70% des jeunes entrant en première année à l'université possèderaient un Mac (En savoir plus ici). Par ailleurs, l'article montre que Mac gagne du terrain un peu plus chaque année sur Windows. Comment expliquez-vous le succès de cette "marque" ?


B. Wirtz : "Apple a su soigner son image de marque et ses campagnes marketing sont d'une efficacité remarquable. Les jeunes sont souvent attirés par le coté tendance et design de la marque. Le coté positif est la diversification du marché, qui tend à réduire le monopole de Windows".


O. Wenzek : "Mac a gagné énormément de visibilité avec l'iPod, l'iPhone et dernièrement l'iPad. Nous sommes dans la logique du logiciel propriétaire étendu aux matériels. Mac obéit à une logique mercantile, l'objectif étant la vente d'ordinateurs et de matériels. Lorsque vous achetez un objet Mac, vous rentrez en quelque sorte dans la "galaxie Mac". C'est quelque part une stratégie d'enfermement. L'énorme intérêt des Mac vis-à-vis des PC est d'avoir un parc matériel très restreint. Il allie le software et le matériel : tous leurs logiciels sont conçus pour fonctionner exclusivement sur ce parc".


G. Maubon : "Apple est très actif à l'université, beaucoup plus que Microsoft. Même si ce dernier propose des packs étudiants et du logiciel de bureautique Microsoft Office, Apple va négocier directement avec les université des tarifs préférentiels sur le matériel. Ce n'est pas si étonnant qu'Apple soit bien classé dans le monde universitaire, en particulier dans les universités américaines. Il existe iTunes U (En savoir plus ici), spécialement dédié à l'université, où ils enregistrent des cours et les mettent à la disposition des élèves. Le soir, vous rentrez chez vous et votre iPhone peut par exemple télécharger automatiquement les cours de la journée. iTunes est donc aussi une plate-forme de distribution de contenus universitaires".


Concrètement, existe-il des avantages dans l'utilisation des logiciels libres du point de vue, notamment, de la sécurité et de la confidentialité des données?


G. Maubon : "Comme les sources sont ouvertes, des gens passent leur temps à chercher les failles de sécurité. Dès que le bug est détecté, il est signalé et corrigé immédiatement. Concernant les logiciels propriétaires, la mentalité est totalement différente. Vous avez une équipe de développement, qui va traquer les failles de sécurité. Imaginons que vous êtes un utilisateur lambda et que vous détectez une faille de sécurité dans un logiciel ; si vous la signalez à son éditeur, vous pourrez être poursuivi pour violation des sources. Pour ma part, je considère que la technique de développement du logiciel libre permet de combler les failles de sécurité assez rapidement".


B. Wirtz : "Un autre avantage notable est la pérennité d'un logiciel : un programme libre ne meurt jamais ! Si le responsable du logiciel décide d'arrêter le développement et la maintenance de sont produit, quelqu'un d'autre pourra alors le reprendre. Dans le cas d'un logiciel propriétaire, si le support est stoppé, l'utilisateur devra se tourner vers une autre solution. Dans le cas d'une entreprise utilisant des logiciels indispensables à son fonctionnement, c'est un point très important".


O. Wenzek : "De plus en plus d'utilisateurs s'interrogent sur l'utilisation faite par Facebook de vos données personnelles. Il existe un projet en cours d"un réseau social libre nommé "Diaspora", sorte de copie de Facebook en libre : à la place de données toutes centralisées sur un serveur, il s'agit là d'un réseau décentralisé. En multipliant les sources de données, il s'agit d'assurer la sécurité du réseau puisque tout n'est pas au même endroit. Il est forcément plus difficile d'aller récupérer des informations si elles sont disséminées un peu partout au lieu d'être à un seul et même endroit".

 

Finalement, le logiciel libre est-il voué à rester "hors-marché", en "marge" de l'utilisateur néophyte?


B. Wirtz : "J'espère bien que non ! Le logiciel libre fait de plus en plus parler de lui ; des modèles économiques viables émergent et il ne fait aucun doute que le libre ne restera pas sur la touche ces prochaines années. Il faut savoir que bon nombre de personnes utilisent des outils libres sans le savoir, comme par exemple le serveur web libre "Apache" lorsque vous visitez la plupart des sites internet".


* "L'association Ubuntu-Dijon vous invite à ses "Soirées Du Libre" (SDL) au bar L'Annexe, (47, rue Devosge à Dijon). Les membres de l'association y accueillent les curieux et les passionnés d'informatique libre dans une ambiance conviviale afin de partager leur expérience d'une informatique ouverte et solidaire.

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