Politiques, ces super-citoyens? (Partie 1/2)

7999-politicien-supermen.jpg
"Casiers s'il vous plaît !". L'idée ne semble pas déplaire tant que cela aux élus... Claude Goasguen, député UMP de Paris (14e circonscription), a fait la proposition de loi suivante jeudi 1er avril 2010 à l'Assemblée nationale : il s'agirait de rendre consultables les bulletins n° 2 et n° 3 du casier judiciaire des candidats aux élections afin de mieux répondre au "besoin de transparence" et de "maintenir le lien de confiance entre les politiques et les électeurs". Électeurs qui, dans un récent sondage Obea-InfralForces, annonçaient pour 48% d'entre eux n'avoir confiance en aucun homme politique. La publication du casier peut-il servir la lutte contre l'abstention ? Les hommes et les femmes politiques se doivent-ils d'être de meilleurs citoyens que les autres ? Les élus locaux répondent...

 

Quand Claude Goasguen s'inspire de Frédéric Lefebvre...
L'idée du casier judiciaire des candidats rendu public aux élections, Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP y a penser le premier. Suite à l'affaire Ali Soumaré* déclenchée lors des dernières élections régionales, il déclarait alors fin février 2010 sur France Info : "Pas un candidat à une élection ne peut aller devant les citoyens sans rendre public son casier judiciaire. A partir du moment où l'on a été condamné pour des violences contre les personnes, il faut qu'il y ait la possibilité d'être rendu inéligible. Il faut qu'il y ait un avant Soumaré et un après Soumaré".


Dix jours seulement après la fin des élections, c'était au tour de Claude Goasguen, député UMP de Paris (14e circonscription), de faire sa proposition de loi sur le même sujet, en s'expliquant : "Le bulletin n° 2 du casier judiciaire comporte les crimes et délits, le bulletin n° 3 les condamnations les plus graves et les peines privatives de droits. La communication du casier judiciaire est demandée pour obtenir des postes à responsabilité dans la fonction publique. Il est aussi demandé dans des démarches tendant à trouver la probité d’une personne : distinction honorifique, demande d’agrément pour adoption.


La fonction d’élu de la République est synonyme de responsabilités importantes et l’élection témoigne de la confiance que les électeurs donnent au candidat. Il est absurde de maintenir un tabou sur la communication du casier judiciaire des hommes et femmes politiques. Les récentes polémiques ont montré l’importance du besoin de transparence. La sur-information oblige à de nouvelles pratiques pour maintenir un lien de confiance entre les politiques et leurs électeurs. C’est pourquoi, il doit être désormais possible lors des périodes légales de campagne de consulter les principaux bulletins du casier judiciaire des candidats aux élections".

 

5 voix pour-1 voix contre ; 0 nul ?

 

* Édouard Ferrand, Front national, conseiller régional (Yonne) de Bourgogne :


Le casier ? "Quand on monte au cocotier, il faut avoir le slip propre... Cela me paraît la moindre des choses d'avoir des hommes politiques irréprochables ; j'approuve donc cette idée de rendre public le casier des candidats. Nous ne serions pas les seuls à le faire d'ailleurs : quand on passe un concours de la fonction publique, on doit bien produire un extrait de son casier. Au Front national, quand quelqu'un souhaite être candidat à une élection, il doit préciser s'il a fait l'objet d'une condamnation. Cela ne l'empêche pas de se présenter : à tous péchés miséricorde ! Mais au moins on doit le savoir car il est intéressant de connaître le comportement privé des candidats. J'en ai connu qui se sont présentés alors qu'ils avaient pu faire des braquages à main armée ou qui avaient été condamnés pour pédophilie. Il semble donc salutaire d'en informer les électeurs. Cette mesure pourrait en dissuader certains de se présenter si leur casier judiciaire était rendu public. C'est pas plus mal car pour moi, tabasser sa femme, c'est incompatible avec notre mission d'élu."


L'exemplarité de l'élu ? "Lorsqu'on s'engage en politique, il est normal de montrer l'exemple ou du moins de s'en donner les moyens. Je le mets en pratique dans ma vie de tous les jours : par exemple, ma femme de ménage n'est pas payée au noir mais avec des chèques emploi-services ! On fait comme on peut mais il faut tendre vers la perfection et moi, je fais en sorte que ma vie privée ne soit entachée en rien... Avec plus ou moins de succès : je ne suis pas un ange quand même !".

 

* Jean-Charles Ouazana, sans étiquette, conseiller municipal de Dijon :


Le casier ? "Cette proposition de loi me paraît tout à fait pertinente et même nécessaire. A mes yeux, l’action politique doit être l’aboutissement d’un comportement quotidien dont elle ne peut en aucun cas se dissocier. Lorsque les politiques semblent désavoués et qu’on déplore une désaffection voire un déni du politique, cet engagement élémentaire est dû à nos concitoyens. Citoyen parmi d’autres mais d’abord pour les autres, l’élu a la respectabilité que sa droiture impose. Mais si cette proposition est nécessaire, elle n’est sans doute pas suffisante pour réconcilier une part importante de la population avec la politique et les élus trop souvent perçus, et facilement dénoncés par d’habiles populistes et autres démagogues, au mieux comme des carriéristes sans vergogne abandonnant leurs électeurs à leur sort ! Nous sommes loin d’un Charles de Gaulle ou d’un Pierre Mendès-France, qui incarnaient en leur temps intégrité et valeurs."


L'exemplarité de l'élu ? "Un élu doit faire preuve d’exemplarité parce que le civisme est la vertu cardinale que le vivre ensemble exige ; il a le devoir d’incarner avec sincérité les convictions qu’il défend. Comment agir pour la cité ? Servir sans se servir pourrait avoir un sens sans éthique, sans véritable déontologie de l’élu... Personnellement, j’ai fait le choix d'être un élu municipal d’opposition mais sans étiquette afin de ne pas être sclérosé dans mon action et ma pensée."

 

* Danielle Juban, Modem, conseillère municipale de Dijon :


Le casier ? "C'est une bonne chose dans la mesure où l'on demande déjà le casier en ce qui concerne les distinctions honorifiques ou les demandes d'agrément, pour l'adoption par exemple. Lorsqu'on se présente à une élection, cela fait partie de la transparence qu'il faut afficher. Ensuite, c'est à l'électeur de trancher. Après, ce qu'il s'est passé avec Ali Soumaré, ce sont des attaques personnelles très graves... Le moment des élections est tendu : il faut donc assainir la vie politique et cette mesure servirait à éviter des coups bas."


L'exemplarité de l'élu ? "L'élu a valeur d'exemple. Nous sommes exposés, jugés ; il faut être en règle avec soi-même. On doit pouvoir expliquer nos choix aux personnes qui nous font confiance. C'est pour cela qu'il ne faut pas accepter tous les compromis, même en politique. Il faut savoir ce que fait sa main droite et sa main gauche...

 

* Catherine Vandriesse, UMP, conseillère régionale (Côte-d'Or) de Bourgogne et conseillère municipale de Dijon :


Le casier ? "La transparence d'information, je trouve cela normal. De toute façon, il ne faut pas oublier que la justice est rendue au nom du peuple français et que tous les jugements sont publics. Mais il ne faut pas faire de confusion entre la transparence et la notion d'exemplarité. Je serai contre le fait que, s'il y avait une inscription dans son casier judiciaire, le candidat ne puisse pas se présenter à une élection. S'il y a jugement et que la faute est reconnue, cela signifie qu'il y a sanction. Une fois que la peine a été exécutée, je considère que c'est fini ensuite. Sur le plan des conséquences électorales qu'une telle mesure pourrait avoir, on voit bien que le libre arbitre des citoyens n'est pas empêché si l'on se souvient qu'ils ont réélus des candidats ayant trempé dans des affaires notamment financières, l'exemple majeur étant Bernard Tapie."


L'exemplarité de l'élu ? "Nous devrions tous être exemplaires : la loi s'applique bel et bien à tout le monde, non ? Ensuite, moralement, on attend qu'un élu soit particulièrement exigeant. Nos faits et gestes sont observés pour cela, plus que les autres. On se doit de l'être mais au même titre que ces autres. Bien sûr, je crois en la mission politique ; je dois représenter au mieux les électeurs. L'élu a un rôle de porte-parole, le vote est une délégation à un tiers ; on parle de voix d'ailleurs..."

 

* Laurent Grandguillaume, PS, conseiller général (canton Dijon V) de Côte-d'Or et conseiller municipal de Dijon :


Le casier ? "La transparence, pourquoi pas... Il ne faut pas non plus de suspicion généralisée sur les élus : des moutons noirs, il y en a toujours eu mais dans l'ensemble, les élus sont honnêtes. Donc si ça peut éviter qu'il y ait de fausses polémiques, voire des mensonges comme pour Ali Soumaré, je dis pourquoi pas. Après, ça n'apporte pas grand chose. Cela ne peut pas être une réponse qui résoudra le problème de défiance. Cette réponse, elle passe surtout par le fait que les élus doivent tenir les promesses qu'ils ont faites et d'en rendre compte à la population. Donc cette histoire de casier, je trouve que ça fait gadget...".


L'exemplarité de l'élu ? "L'élu doit appliquer les règles de droit qu'il demande aux citoyens d'appliquer sinon il y a un gros problème de crédibilité. Personnellement, j'essaye de toujours faire les choses dans le respect de mes convictions. Bien sûr qu'il faut faire des compromis en politique mais dans le sens du dialogue. On ne fait pas de compromis avec l'honnêteté. Je ne suis pas d'accord avec l'expression qui dit que la fin justifie les moyens. Il faut pouvoir se regarder dans une glace... "

 

* Catherine Hervieu, Les Verts, conseillère municipale de Dijon :


Le casier ? "C'est une blague, non ? Il s'agit d'un processus inflationniste de réponses à des questions auxquelles nous avons déjà des réponses. Si un candidat a fait une bêtise, il a purgé sa peine. Ensuite, les compteurs reviennent à zéro. Que veut dire le sens de la justice que de revenir sur un délit pour lequel la peine a été effectuée ? Lorsqu'on brigue un mandat, on a des convictions, des principes et évidemment que l'on se doit d'être irréprochable. Cependant, il est évident que notre exemplarité ne recouvre pas toute notre vie, du berceau jusqu'à notre lit de mort. Donc quand on fait une erreur, on doit être sanctionné et ensuite poursuivre sa vie librement."

 

L'exemplarité de l'élu ? "L'exemplarité, elle doit être vis-à-vis des lois de la société. Après, il existe aussi une forme d'éthique en politique. Les gens disent que les politiques sont tous pourris. Au-delà du côté démagogique de cette réflexion, cela signifie quelque chose : il y a l'attente d'une nouvelle forme de citoyenneté. Doit-on être encore plus un citoyen modèle quand on est un élu vert ? Je dirais que nous faisons tous comme nous pouvons... Mais il y a un moment où l'on est obligé de prendre sa voiture ou alors on ne trouve pas toujours le légume bio qu'il nous faut pour faire la soupe le soir !"

 


* Affaire Ali Soumaré : Le 19 février 2010, deux maires UMP du Val-d'Oise, Francis Delattre et Sébastien Meurant, accusent Ali Soumaré, tête de liste du PS aux élections régionales dans ce département, d'être un "délinquant multi-récidiviste". Le 23 février, l'avocat d'Ali Soumaré répond point par point aux accusations de l'UMP : le candidat a reconnu son implication seulement dans l'une des cinq affaires... Au Parti socialiste, Martine Aubry, Jean-Paul Huchon, Bertrand Delanoë ou encore Laurent Fabius ont manifesté leur soutien.

 

Dans le même genre, l'affaire Devedjian-Madelin : L'eurodéputé socialiste Vincent Peillon ressort en direct sur la chaîne d'informations LCI, jeudi 25 février 2010, un article du Petit Varois datant de 1965 et relatant la condamnation à des peines d'un an de prison avec sursis pour différents vols de deux jeunes... Alain Madelin et Patrick Devedjian. Ces derniers ont depuis contesté les faits.

 

dijon-bourgogne-sur-dijonscope.jpg

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.