Tibet: Le gong de l'autonomie sonnera-t-il bientôt?

De l'art de la méditation à "l'art du bonheur", le Dalaï Lama, de passage à Toulouse (Haute-Garonne) du 13 au 15 août 2011, a dispensé ses enseignements à quelque 10.000 personnes. À l'occasion de cette venue, une délégation parlementaire française a pu échanger avec le chef spirituel du Tibet.

De l'art de la méditation à "l'art du bonheur", le Dalaï Lama, de passage à Toulouse (Haute-Garonne) du 13 au 15 août 2011, a dispensé ses enseignements à quelque 10.000 personnes. À l'occasion de cette venue, une délégation parlementaire française a pu échanger avec le chef spirituel du Tibet. Mais députés et sénateurs n'ont pas tant évoqué le bonheur que l'évolution de la situation du Tibet vis-à-vis de la Chine, comme en témoigne l'ex-président du conseil général de Côte-d'Or Louis de Broissia, ancien président du groupe d'information sur le Tibet au Sénat, présent lors de la rencontre. Existe-t-il des espoirs d'autonomie pour le peuple tibétain ? Éléments de réponse…

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Le Dalaï Lama passe la main

"Être une sorte de reine à la britannique, je n'aime pas ça", affirmait le 14e Dalaï Lama de l'Histoire, Tenzin Gyatso, au magazine Rolling Stone le 21 juillet 2011 (Lire ici l'interview). Celui qui fut intronisé en 1950 en tant que chef spirituel du Tibet à l'âge de 15 ans, alors que les troupes chinoises venaient de se déployer dans le pays, puis qui créait, neuf ans plus tard, le gouvernement tibétain en exil en Inde, a décidé qu'il ne serait plus le chef politique des Tibétains. Si la nouvelle est évoquée officiellement depuis plusieurs mois, il semblerait que le Dalaï Lama songeait à quitter le pouvoir temporel depuis de nombreuses années.

"Il y a six ou sept ans, il en parlait déjà et expliquait qu'il s'agissait de créer une démocratie tibétaine. Il insistait en affirmant que la démocratie était le seul modèle pour gouverner les peuples, sa présence comme chef temporel y étant un obstacle. Mais les Tibétains ne le souhaitaient pas, aussi a-t-il fallu les convaincre", raconte Louis de Broissia, ancien député et sénateur côte-d'orien à l'origine de la création des groupes d'information sur le Tibet à l'Assemblée nationale (en 1990) et au Sénat (en 2000), qui a eu l'occasion de rencontrer "Sa Sainteté" une quinzaine de fois.

Le voeu d'une démocratie tibétaine s'est réalisé et la succession du Dalaï Lama, politique tout du moins, est désormais assurée. Né en exil à Darjeeling (Inde), diplômé de la faculté de droit de l’université de Harvard et expert en droit international, Lobsang Sangay a été élu face à un autre candidat le 27 avril 2011. Le 08 août, il prêtait serment afin de devenir le Premier ministre du gouvernement tibétain en exil, selon Euronews.net (Lire ici l'article). Le nouveau dirigeant se serait engagé à poursuivre la "voie moyenne" voulue par le Dalaï Lama, à savoir une autonomie significative sous administration chinoise plutôt qu’une indépendance pure, déclarant : "Nous souhaitons avoir un dialogue et des négociations avec les Chinois. Alors nous avons tendu notre main et nous attendons qu’ils tendent la leur".

Après les tentatives d'assassinat, les négociations...

Tenter de négocier fait désormais partie des relations sino-tibétaines depuis plusieurs années mais il y a encore peu, "les Chinois cherchaient à éliminer le Dalaï Lama, qui a essuyé plusieurs tentatives d'assassinat. Et surtout, ils voulaient le discréditer. Je me souviens qu'en 2007, une délégation de sénateurs avait été invitée par la République populaire de Chine. Place Tien an men, le président de la commission étrangère nous avait reçus et il semblait dire que le Dalaï Lama était fou. J'ai demandé à l'interrompre et je l'ai interrogé sur le nombre de fois où il avait eu l'occasion de rencontrer ce dernier. Il ne l'avait jamais vu de sa vie...", témoigne Louis de Broissia.

"Nous avons beaucoup poussé à ces rencontres. Aujourd'hui, plusieurs contacts ont eu lieu entre des négociateurs tibétains et chinois. Mais selon le Dalaï Lama, les Chinois traiteraient leurs homologues comme des enfants pas sages". Difficile de négocier dans ces conditions mais le gouvernement chinois le souhaite-t-il vraiment ?...

Quelles perspectives pour le Tibet ?

"En plus du Pôle sud et du Pôle nord, le Tibet devrait être considéré comme le troisième pôle du monde selon le Dalaï Lama. C'est très beau et très juste de dire cela : cette région est le château d'eau de l'Asie. Tous les fleuves asiatiques naissent sur le plateau tibétain. C'est une merveilleuse réserve écologique", s'enthousiasme l'ancien président du conseil général de Côte-d'Or, qui précise avoir soumis aux Chinois l'idée de transformer l'image de prison du Tibet en une image de vitrine. "Malheureusement, ses frontières sont le plus souvent gardées fermées".

Pourquoi s'obstiner avec le Tibet où, d'après le Dalaï Lama, soixante ans après l'invasion chinoise "demeure fortement l'esprit tibétain" ? Si la région est considérée comme une gigantesque réserve écologique, elle est surtout une réserve de matières premières fondamentales considérable (Lire ici l'article du Figaro.fr sur le sujet). "Et puis aussi, le Comité central du Parti communiste chinois est obsédé par l'unité de la Chine, remarque Louis de Broissia. Pourtant, l'autonomie pourrait leur être supportable... Surtout que l'autonomie des minorités - une cinquantaine dans le pays - est prévue par la constitution chinoise ! Nous n'avons pas manqué de le leur rappeler lors de notre visite".

L'espoir fait vivre...

Par ailleurs, il serait possible que le peuple chinois ne soit pas littéralement opposé à l'autonomie du Tibet. "Le budget de la sécurité intérieure est phénoménal. De leur propre aveu, les dirigeants chinois font face à environ 70.000 révoltes par an. Je pense donc que si demain on établissait un sondage d'opinions, les Chinois diraient d'en faire moins du côté du Tibet car cela revient cher. Par ailleurs, j'ai remarqué que les temples bouddhistes - supposés ne pas être des lieux de culte - étaient de plus en plus fréquentés en Chine. J'y ai vu des gestes de dévotion... Et une fois, un chauffeur de taxi chinois m'a avoué : "Ne le répétez pas mais on aime bien le Dalaï Lama".

Malgré tout, la tendance resterait dure. "Une trentaine de divisions militaires chinoises résident au Tibet, note l'ancien sénateur. Le Dalaï Lama affirme néanmoins être "optimistic" (ndrl : optimiste). Recourir à la violence est hors de question - la seule violence acceptée étant l'autodestruction en s'immolant par le feu. Il dit aussi que la non violence triomphe toujours".

 

 

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