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Billet de blog 19 déc. 2009

Le père Noël est une grosse pub

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Ah, la magie de Noël !... A une semaine du "grand soir", la ville entière déploie ses illuminations et vitrines alléchantes. Jeudi 17 décembre, parmi ce décor de féérie consommatrice, trois personnes arrivent Place du Bareuzai à Dijon. Puis quatre, cinq, six. Ce sont des militants du MAN (Mouvement Pour une Alternative Non-violente), qui arborent des pancartes jaunes. Si Daniel, Pascal, Jean-Marie et Jeanne-Marie ont décidé de braver le froid de cette soirée d'hiver, c'est que la cause leur semble juste : ils réclament l'interdiction de la publicité télévisée pour les enfants de moins de douze ans...

Briseurs de rêves ?


En cette période de fêtes, l'initiative peut surprendre. Mais pour les militants du MAN, la fin du mois de décembre est surtout une période... de pubs. Daniel Noisette, du MAN, est déterminé : "Si on a déjà annulé une opération à cause de la pluie, ce soir pas question : il faut maintenir une action en cette période de Noël pour reposer la question de la pub pour les enfants, au moment où elle est la plus envahissante. On essaie d'interrompre les passants afin de leur expliquer notre but et leur faire signer la pétition".


Pour ces militants, la question est essentielle : "Les enfants regardent en moyenne la télé plus de 3 heures par jour : comment pourraient-ils résister aux 60 spots publicitaires quotidiens qui leur sont destinés ? Les conséquences sont catastrophiques : la pub engendre la stimulation permanente, l'avidité puis la frustration. Si leurs parents ne peuvent satisfaire tous ces désirs nés de la publicité, ils pensent alors que leurs parents sont mauvais. L'enfant est une cible privilégiée : c'est un prescripteur et un futur consommateur qui, en plus, n'a pas encore l'esprit critique"...

Naissance d'un lobby ?


Daniel Noisette précise que leur action n'est pas Il y a eu un colloque au Sénat le 23 octobre et six parlementaires se sont saisis de la question. Actuellement notre pétition distribuée dans la rue a recueilli près de 4 000 signatures au niveau national". Ainsi, parmi les 23 délégations régionales du MAN, le groupe dijonnais relaie cette campagne, avec cette sixième intervention "coup de poing" (mais non-violente !), organisée Place du Bareuzai.


"Prochainement, un sondage va être publié dans un grand journal national pour voir ce que pense l'opinion publique de la question afin de faire avancer les choses. Nous proposons que la France adopte une législation semblable à celle de la Suède, qui interdit déjà toutes les publicités destinées aux moins de douze ans sur les chaînes de télévision". Contactés par téléphone, les responsables nationaux du MAN confirment cette ambition : "Nous avons l'espoir de parvenir à constituer un lobby en passant par le biais de l'opinion publique".

Les propositions du MAN


La pétition proposée par l'association (et sur www.nonpubenfants.org) détaille les trois évolutions législatives demandées : le MAN souhaite que "soient interdites toutes les publicités destinées aux moins de douze ans, sur les chaînes du service public comme sur les chaînes commerciales". Autre point, "les publicités destinées aux adultes ne pourraient suivre ou précéder les émissions pour les enfants que dans un délai d'au moins 15 minutes, sur toutes les chaînes et quelle que soit l'heure". Enfin il serait "interdit de faire jouer à un enfant un rôle de premier plan dans tout spot publicitaire". Plus généralement, c'est une évolution des modes de consommation que prône le MAN : "On peut consommer autrement, faire des cadeaux sans devoir les acheter : nous avons fait la moyenne de notre budget cadeaux pour tous nos enfants et petits-enfants : elle ne dépasse pas 4,25€ !"

Du côté des régies : "La pub est aussi un spectacle"


Le Syndicat National de la Publicité Télévisée (SNPTV), regroupant les régies publicitaires TF1 Publicité, M6 Publicité, Canal + Régie, Lagardère Publicité, MTV Publicité et TMC Régie, diffuse depuis quelques jours sur les écrans une campagne nationale destinée à "redorer le blason" de la pub TV. Stéphane Martin, directeur délégué du SNPTV, la justifie ainsi : "Cette campagne collective du SNPTV dépasse le champ des régies et implique aussi les agences, les créateurs. Le but de notre message est de remercier les annonceurs autour du spectacle qu'offre la pub. Il faut par ailleurs rappeler que 2009 est la deuxième année de baisse des investissement publicitaires. La pub est le reflet des difficultés économiques des annonceurs. Traditionnellement, l'investissement baisse du 24 décembre à la mi-janvier ; c'est pourquoi nous avons choisi ce moment pour communiquer".

"Un débat dogmatique sur la pub resterait vain"


Stéphane Martin préfère un contrôle "au cas par cas" des messages publicitaires à un débat général sur la pub : "On dialogue souvent avec les associations, notamment sur la publicité alimentaire pour les enfants dans le cadre de la lutte contre l'obésité. Il faut rappeler que la pub est efficace pour faire passer un message commercial comme un message de santé publique ; par exemple, pour la prévention de la grippe H1N1. Quand des industriels se sont investis dans le programme national "Nutrition Santé", cet engagement a été traduit dans leurs publicités. La pub est le champ d'expression des engagements des entreprises".


Mais le directeur délégué du SNPTV veut éviter un glissement du débat : "Nous sommes dans une économie de marché : ainsi un produit comporte nécessairement cette dimension du marketing et de la promotion. Si des gens sont opposés à cette économie de marché, ils s'opposeront à la pub. Mais un débat dogmatique sur la pub resterait vain, car elle n'est que l'expression visible du reste de notre système".

Une publicité plus responsable ?


Néanmoins, si c'est la liberté qui prime, le principe de responsabilité doit s'appliquer vis-à-vis de toutes les parties prenantes. Stephane Martin l'affirme : "Maintenant la pub doit être responsable : en plus de l'autorité de contrôle détenue par le CSA, l'Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité doit donner un avis non seulement juridique mais aussi déontologique, avant la diffusion d'un spot publicitaire. Ce n'est pas la jungle". Stéphane Martin ajoute que "les industriels peuvent aussi mettre en place une auto-discipline, appuyés par les associations de consommateurs" alors que le MAN objecte que "ce principe ne peut inspirer aucune confiance : l'autorégulation consiste par exemple pour une chaîne de fast-food à faire la promotion d'un sport pour "compenser" le surpoids causé par ses produits".

Enfin, à l'attention de toutes celles et ceux qui ont pu observer une pub qu'ils jugent trompeuse, raciste, sexiste, contraire à l'éthique ou aux principes des Droits de l'Homme, Stéphane Martin évoque le principe du Jury de Déontologie Publicitaire (JDP) : "Tous les consommateurs ont le droit de se plaindre d'une publicité auprès du JDP (www.jdp-pub.org), qui pourra infliger des sanctions pouvant aller jusqu’à une demande de cessation immédiate de diffusion adressée aux médias...

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