Bourgogne/Franche-Comté: la région est-elle assez grande pour deux aéroports?

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Deux aéroports quasi régionaux: Dijon-Longvic et Dole-Tavaux. Entre les deux, une guerre fratricide qui dure historiquement depuis 30 ans. Deux projets au coude à coude: pour l'un "Renaissance", pour l'autre "Nouvel Envol". Qui l'emportera? Tandis que jeudi 20 mai 2010, Dole-Tavaux organise une soirée autour du programme "Nouvel Envol" avec une visite du site, dijOnscOpe a rencontré le directeur de l'aéroport Dijon-Bourgogne, Daniel Lefebvre. Un aéroport peut-il en absorber un autre? Eléments de réponse...

 

Daniel Lefebvre, bonjour. Quelles sont les forces et les faiblesses des projets de développement de Dijon-Longvic par rapport à Dole-Tavaux?


"Les coûts d'entretiens, de fonctionnement, de matériels ou de fonctionnalités de l'aéroport, ici à Dijon, sont partagés avec l'armée. En terme d'économie d'échelle, c'est un partage entre le budget de l'aéroport civil et le budget des armées. En coût de fonctionnement, entre un aéroport mixte et un aéroport cent pour cent civil, il y a une vraie différence.


Concernant les craintes liées au départ de l'armée, elles ne sont pas justifiées. Le ministre de la défense, Hervé Morin, en visite à la BA 102 le 08 février dernier, a confirmé le renfort de la base 102 avec la venue de l'ensemble de l'État Major de l'armée de l'air, qui viendrait de Metz à Dijon (ndlr: voir notre article: "Hervé Morin réconforte la BA 102").


Vous affirmez donc qu'un projet "mixte" entre l'armée et le civil est économiquement plus viable qu'un projet purement civil?


Aujourd'hui, notre projet est clairement plus solide que celui de Dole avec le partage des coûts d'exploitation et des moyens avec l'armée. C'est une force économique. La faiblesse de Dole est justement d'assumer cent pour cent civil tous les coûts d'exploitation de A à Z.


Il y a deux postes en terme de coût et de budget d'exploitation qui sont importants, c'est tout ce qui est contrôle aérien, sûreté et surtout sécurité. Nous bénéficions des moyens de l'armée, c'est à dire la sécurité, les pompiers et tout le contrôle en semaine. En terme de coûts liés au civil, c'est beaucoup plus économique ici à Dijon qu'à Dole.

 

D'un point de vue écologique, les contraintes sont-elles les mêmes entre les zones de Dole-Tavaux et Dijon-Longvic?


Il y a autant d'oppositions écologiques à Dijon qu'à Dole. Il faut savoir que la plate-forme de Dole est une forte zone inondable. Sur l'emprise du terrain lui-même, il y a une aire naturelle classée, c'est à dire sensible.


Et puis, il y a l'usine "Solvay". D'un côté, c'est un atout industriel mais de l'autre, l'usine est particulièrement sensible puisque classée "Seveso seuil haut", c'est à dire à risque maximum. On peut effectivement voir le bon côté des choses au niveau économique mais écologiquement parlant et au niveau des risques, n'y-a-t-il là pas un problème?

 

Dans le cadre du projet "Nouvel Envol" de Dole-Tavaux, le président divers-droite du conseil général du Jura, Jean Raquin, annonce la création d'une liaison régulière, d'ici à trois ans, vers un grand aéroport international, Francfort*. Que pensez-vous de ce type d'échange avec l'Europe?


C'est très important, à l'avenir, pour la région, d'avoir une liaison sur un "hub" international (plate-forme de correspondance), pour toutes les correspondances mondiales, et pas seulement l'Europe de l'Est d'ailleurs. Il est question d'une liaison, d'un "hub" sur Francfort. C'est assez étonnant. Sur ce genre d'exploitation, il est important d'avoir des créneaux les matins et soirs, sur des plages que tout le monde souhaite. A Francfort, il n'y a plus rien, c'est bouché!


A partir du moment où on ne vous propose pas de "slot" (créneau horaire), il n'y a plus d'espace. Imaginez sur une heure de temps, toutes les minutes et demi, un avion va atterrir. On ne va pas insérer un avion dans la minute et demi. C'est une affaire à suivre. En tout cas, je reste dubitatif.

 

Y-a-t-il de la place pour deux aéroports?


La "zone de chalandise" (zone géographique d’où provient l’essentiel de ses clients, potentiels ou réels) de Dijon Longvic est strictement la même pour Dole: à une heure d'accès de l'aéroport, on a à peu près 1,3 Million d'habitants. Et bien sûr, cela englobe Chalon, toute la bourgogne et tout l'ouest Franc-Comtois ainsi que Besançon. On remonte jusqu'à Auxerre et une partie de la Nièvre. On est dans un contexte de proximité et d'aéroport régional. Mais, il y en a deux!


Quelque part, c'est un non-sens de tenter de maintenir une deuxième plate-forme pour partager un trafic. C'est la même zone de chalandise, la même clientèle! Il ne peut pas y avoir en commun, si on parle d'un "programme charter", des produits similaires en confrontation. Évidemment, ce ne sera jamais viable. Il ne peut pas y avoir d'intérêt économique, en terme de gains et de productivité sur tous les segments d'activités possible, puisqu'une seule plate-forme suffirait. L'activité chez l'un, dans l'exploitation annuelle, techniquement parlant, pourrait être absorbée chez l'autre!"


* Source : article de Bien Public, édition du lundi 10 mai 2010 (lire ici).

 

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