Amora-Maille : que deviennent les anciens salariés?

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Le 16 juillet 2009, l'usine historique d'Amora-Maille à Dijon fermait définitivement ses portes, occasionnant la suppression de 184 postes. Un an jour pour jour après l'arrêt de la production, regard sur le devenir des anciens salariés de la plus dijonnaise des entreprises, en compagnie de François-Xavier Sanchez, conducteur de ligne depuis quinze ans chez Amora et délégué syndical de la CGT...

 

Novembre 2008 - juillet 2009 : retour sur neuf mois de crise


Le 20 novembre 2008, l'annonce de la fermeture des usines Amora-Maille de Dijon (moutarde) et d'Appoigny dans l'Yonne (cornichons) par le groupe anglo-néerlandais Unilever avait fait grand bruit (lire notre article du 20 novembre 2009). Selon la direction de l'entreprise, une baisse des ventes de 20% était enregistrée depuis 2003 sur ces produits et c'est donc pour des raisons financières qu'une concentration de la production dans l'usine de Chevigny-Saint-Sauveur lui semblait nécessaire. Sur le site historique de Dijon, implanté le long du canal de Bourgogne depuis 1911, 184 postes étaient ainsi menacés. A Appoigny, 77 postes ont été supprimés.


Expositions, pétitions, défilés, comités de soutien et négociations ont dès lors rythmé le quotidien des salariés et des Bourguignons, jusqu'à la fermeture définitive de l'usine de Dijon, le 16 juillet 2009. "Entre-temps avait notamment été décidé le retour de la production de vinaigrette en France, alors qu'elle s'effectuait jusque-là en République Tchèque", note François-Xavier Sanchez. Une opération qui a permis de créer 32 nouveaux postes sur le site de Chevigny-Saint-Sauveur. De plus, malgré de fortes dissensions dans les rangs des syndicats, il avait été négocié que les salariés bénéficieraient d'une indemnité de préjudice de 50.000 euros et que le site d'Appoigny fermerait ses portes le 1er septembre 2009, alors que la date du 1er juillet avait auparavant été fixée par la direction.


Un an après, les anciens salariés des usines de Dijon et Appoigny ont suivi des voies diverses : certains travaillent aujourd'hui sur le site Amora-Maille de Chevigny-Saint-Sauveur, d'autres suivent toujours une procédure de reclassement et quelques uns ont choisi de se reconvertir dans une autre branche professionnelle...

 

85 personnes réaffectées à Chevigny-Saint-Sauveur


Parmi les salariés de l'usine de Dijon, 80 ont été directement déplacés sur le site de Chevigny-Saint-Sauveur. "Après une simple visite de ce qui deviendrait notre nouveau lieu de travail, deux mois avant le déménagement, nous y avons ensuite directement été affectés dès le lendemain du 16 juillet", explique François-Xavier Sanchez, qui a vécu cette expérience en tant que conducteur de ligne. La transition ? "Humainement, elle s'est déroulée de manière mitigée. D'un côté, nous avons été très bien accueillis par les salariés de Chevigny, de l'autre, nous accusions le coup d'une fermeture d'usine, ce qui n'a pas été facile psychologiquement", livre-t-il. Et d'ajouter : "Du point de vue des conditions de travail, les anciens ont eu l'impression de reculer de vingt ans ! La technologie, qui avait évolué de manière régulière à Dijon, semblait ici être restée au même niveau que dans les années 1980, ce qui est allé dans le sens d'une dépréciation du confort de travail, surtout pour ceux dont la tâche est exclusivement manuelle".


Cinq salariés d'Appoigny ont également été déplacés à Chevigny-Saint-Sauveur mais, au terme d'une période d'adaptation, seuls trois sont finalement restés. "En effet, la distance de 150 kilomètres qui sépare les deux communes est difficile à concilier avec les autres impératifs de la vie", commente François-Xavier Sanchez.

 

Des procédures de reclassement engagées


Parmi les anciens salariés de Dijon et d'Appoigny, 141 ont été intégrés à une procédure de reclassement. Cette voie a déjà porté ses fruits pour seize personnes, qui ont retrouvé un emploi en contrat à durée indéterminée (CDI) suite à leur licenciement. "Beaucoup d'anciens de Dijon émettent tout de même des inquiétudes quant aux débouchés que va leur offrir cette procédure. En effet, tous espèrent évidemment se voir proposer une offre valable d'emploi (OVE), c'est-à-dire un poste égal à celui qu'ils occupaient, rémunéré au moins à 80% de la somme qu'ils touchaient jusqu'alors. Le souci est que la direction d'Amora-Maille, qui finance ces reclassements, considère qu'une solution identifiée est une offre valable d'emploi. Ce à quoi j'apporterais une nuance : une solution identifiée ne signifie pas qu'elle est déjà concrétisée mais qu'elle est en phase de l'être. L'avenir n'est donc pas encore certain pour tout le monde", estime François-Xavier Sanchez.


Malgré tout, 25 anciens salariés ont déjà engagé une formation longue, dix projettent de créer ou de reprendre une entreprise, 34 sont encore dans une phase de réflexion sur leur avenir... "Dès la rentrée de septembre, quand les premières inscriptions au Pôle emploi seront enregistrées, nous pourrons alors connaître les lacunes de cette procédure de reclassement", note-t-il.

 

Quelques reconversions


Même si leur nombre reste minoritaire - ils sont moins d'une dizaine aujourd'hui, des anciens salariés d'Amora-Maille ont également entamé leur reconversion vers un autre domaine d'activité. L'un a par exemple choisi de se lancer dans la plomberie, un autre a racheté un bar, quelques-uns ont monté leur entreprise d'aide à la personne et un dernier a ouvert son propre magasin de vélos.


En ce qui concerne les anciens bâtiments de l'usine historique de Dijon, ceux qui abritaient la production devraient être détruits pour laisser la place à des logements. Le pôle "recherche et développement" de l'usine devrait quant à lui être l'objet de travaux, avant d'accueillir l'entreprise de télécommunications Teletech (voir notre article du 25 février 2010).


"Malgré ces évolutions, nous nous sentons toujours au quotidien comme les"licenciés de Dijon", et la page ne sera pas tournée de sitôt...", conclut François-Xavier Sanchez.

 

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