dijOnscOpe
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

Dijon / Bourgogne

Suivi par 18 abonnés

Billet de blog 22 oct. 2011

dijOnscOpe
Abonné·e de Mediapart

Politique et religion: Le ménage impossible?

dijOnscOpe
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

En France, les débats politiques font rage depuis le début des années 2000 autour du port du voile islamique, de l'implantation de minarets ou plus largement sur le thème de "l'identité nationale"... Ces problèmes sont-ils de faux problèmes ? Michel Santier, évêque de Créteil et président du Conseil pour les relations interreligieuses auprès de la Conférence des évêques de France, et Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), invités mercredi 19 octobre 2011 à animer une conférence interreligieuse à Dijon sur le thème de la "bonté", sont d'accords sur ce point : la religion perçue comme spiritualité et la religion comme repère identitaire au sein de la société sont deux questions très différentes, qui nécessitent des réponses distinctes de la part des sphères religieuse et politique...

Religion et politique : la grande confusion

En France, la question de l'identité religieuse est le terrain de nombreux amalgames, notamment lorsqu'il s'agit de politique d'intégration. Le repli identitaire prêté à une partie de la communauté musulmane est-il un frein à l'intégration ou ce repli vient-il, au contraire, d'une carence de la politique d'intégration ? Le problème est loin d'être simple et pour les représentants religieux, associer spiritualité et politique pour résoudre les problèmes de la société est un terrain pour le moins glissant...

"Un jeune que l'on va interroger sans cesse sur la compatibilité de sa religion avec la vie en société et à qui l'on va asséner que tous les problèmes du quartier et de la société sont liés au fait qu'il existe une expression religieuse en France risque de faire, lui aussi, l'amalgame entre objet spirituel et objet politique. Il se trouve qu'il y a des épiphénomènes, des personnes qui peuvent vivre un mal-être lié à une mauvaise intégration ou au fait que leur identité religieuse leur est sans cesse renvoyée, mal-être qui entraîne par réaction une affirmation de cette identité. Mais il faut faire attention : l'islam a toujours été la spiritualité de milliers de personnes depuis des années sans poser aucun problème", résume Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM). Et de préciser : "Au final, nous avons d'un côté une jeunesse qui veut affirmer son identité religieuse par opposition et, d'un autre côté, une montée des actes anti-musulmans, basés sur la croyance selon laquelle l'islam lui-même est générateur de problèmes".

Cette situation d'amalgame et de détournement politique du religieux pose également problème pour Michel Santier, évêque de Créteil et président du Conseil pour les relations interreligieuses auprès de la Conférence des évêques de France. "Si beaucoup de jeunes musulmans affirment leur foi d'une manière qui peut poser difficulté, c'est peut-être parce que s'ils avaient la possibilité d'une meilleure vie familiale et d'une meilleure insertion sociale, ils seraient moins tentés de vivre l'affirmation religieuse comme une opposition aux autres", commente-t-il. Pour cet évêque de banlieue parisienne, "les problèmes religieux et les problèmes sociaux sont deux réalités bien distinctes, qu'il n'est pas bon d'associer". En clair : une partie du monde politique accuse une frange de la population de freiner l'intégration par repli identitaire ; alors que ce repli viendrait lui-même d'une carence de la politique d'intégration... "Le repli dans le religieux n'est pas forcément destiné à contrer l'appartenance républicaine ! Encore faut-il rendre cette appartenance possible...", résume Franck Frégosi, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), auteur de L'islam dans la laïcité (Lire ici LeMonde.fr sur le sujet).

"Le dialogue interreligieux ne résoudra pas les problèmes d'intégration sociale"

Au monde religieux la spiritualité ; au monde politique la résolution des problèmes sociaux : tel est le message commun porté par Mohammed Moussaoui et Michel Santier. "Bien sûr, je vis dans une ville, Créteil, où je vois bien les tensions qui existent, tant au niveau de l'habillement que des coutûmes... De fait, cette différence fait peur. Mais je ne crois pas qu'on puisse utiliser le dialogue interreligieux pour résoudre directement ces questions, qui sont beaucoup plus culturelles que directement religieuses. C'est très important car sinon, on risque d'instrumentaliser le dialogue interreligieux, qui est une rencontre entre les croyants. Dans les banlieues, la difficulté est plus un problème d'intégration et un problème social, qu'un problème religieux. En clair : il ne faut pas demander au dialogue interreligieux de résoudre le problème de l'intégration", estime Michel Santier.

La confusion entre religion et politique, déjà problématique lorsqu'il s'agit d'identifier les causes des problèmes sociaux, l'est également au sujet de leur résolution pour Mohammed Moussaoui : "Je pense qu'il faudrait surtout considérer une religion comme une spiritualité et non pas un objet politique. Malheureusement aujourd'hui, on essaie de chercher des racines cultuelles dans des problèmes qui sont plutôt d'ordre social. Et je pense que cette instrumentalisation de la religion crée de l'amalgame et de la crispation. Pour les problèmes politiques et sociaux, des gens sont élus pour cela : ils faudraient qu'ils utilisent les outils adaptés à ces problèmes, bien que les religions puissent apporter leur pierre à l'édifice".

Dialogue interreligieux : à quoi bon ?

L'imbrication du politique et du religieux se double d'un autre amalgame, notamment depuis les attentats du 11 septembre 2011 à New-York : celui entre islam et intégrisme. Quel rôle le dialogue interreligieux peut-il jouer à ce sujet ? "Le simple fait de poser d'emblée que l'animosité et le non-respect de l'autre n'ont pas de fondements religieux - au contraire, la religion blâme ce type d'attitude - est déjà une avancée en soi. Personne ne peut trouver refuge dans la religion pour dire qu'elle lui apprend à être loin de l'autre. Car souvent, on entend dire que certains groupes religieux intégristes essaient de trouver les implications et les incitations à la haine de l'autre dans la religion. Et bien le fait que ces religions, par le biais de leurs représentants, disent le contraire, et que cela devienne une culture générale chez les fidèles, est un pas important. Cette culture, si les religions l'apportent dans une société, créera les conditions d'un dialogue serein. Si tout le monde travaille dans ce sens, c'est déjà le début d'un vivre ensemble, au-delà des préjugés", note Mohammed Moussaoui.

Telle est également la principale mission du dialogue interreligieux pour Michel Santier. "La peur engendre la violence. Et la violence est impossible à arrêter. Qu'est-ce qui peut arrêter le cercle vicieux de la violence ? C'est la bonté. La bonté va rejoindre l'homme au plus profond de lui-même. Elle désarme la violence. Si catholiques et musulmans donnent le témoignage d'une bienveillance mutuelle, nous pourrons, ensemble, ne pas avoir peur. Et finalement les méfiances, les faux regards et les faux jugements tomberont". Et de conclure : "Les responsables politiques que je rencontre disent bien que les religions favorisent le tissu social. Reste à lier la parole aux actes".


A lire sur dijOnscOpe :

Ailleurs sur le web :

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte