Pharmacies : La faillite les guette ?

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Selon un rapport publié le 27 janvier 2011 par Coface Services, société spécialisée dans l’assurance crédit et l’information aux entreprises, 24% des officines françaises auraient un fort risque de faillite en 2011. Un chiffre inquiétant pour le milieu pharmaceutique, qui avait pourtant la réputation d’être bien portant. Néanmoins, l’année 2010 portait déjà les stigmates de cette position inconfortable avec 126 disparitions de pharmacies contre 101 en 2009. L’année 2011 prendrait-elle donc des airs de cataclysmes pharmaceutiques ? Alexandre Berenguer, président de la chambre syndicale des pharmaciens de la Côte-d'Or, a accepté de lever le voile sur la situation des officines françaises et le problème de la politique de santé menée depuis 2005*...

Une très mauvaise passe pour les pharmacies françaises
Mercredi 09 février 2011, Xavier Bertrand, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé, annonce la couleur : face aux faillites de plus en plus nombreuses des officines françaises, il demande l’ouverture d’une enquête à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur les origines de ces faillites et sur les éventuelles solutions pour endiguer cette situation inquiétante. Cette enquête devrait être remise au gouvernement en avril 2011.
De fait, les pharmacies françaises sont actuellement confrontées à un véritable raz de marée. Le nombre de dépôts de bilan a triplé en quatre ans, tandis que l’année 2010 a vu la création d’officines réduites de 6,5% par rapport à l’année précédente (Lire ici le rapport de Coface Services). "Nous avons constaté au niveau national, 190 fermetures d’officines en 2010", s’insurge Alexandre Berenguer, président de la chambre syndicale des pharmaciens de la Côte-d'Or.
En Côte-d’Or, même combat...
Fervent défenseur des droits des pharmaciens, il est révolté par la situation actuelle : "Nos structures sont économiquement étranglées ! Notre économie ne nous permet plus de couvrir l’ensemble du territoire", explique-t-il. La Côte-d’Or serait particulièrement concernée du fait de petites pharmacies présentes dans des communes "où plus aucun médecin ne souhaite s’installer", souligne-t-il.
"Ce sont ces petites pharmacies qui risquent le plus de voir leurs portes se fermer", ajoute-t-il. Trois officines ont ainsi suivi le chemin de la sortie au cours des deux dernières années sur un total de 180 pharmacies dans le département, tandis qu’une quatrième officine est actuellement en redressement judiciaire. Alexandre Berenguer rappelle que "dans notre département, nous comptons une pharmacie pour 2.500 habitants. 7.500 personnes se sont donc retrouvées sans service de proximité suite à ces fermetures".
"Les politiques bradent notre santé !"
"La santé est un besoin universel et supérieur", clame Alexandre Berenguer. Il dénonce également le fait que "la couverture de santé des Français a considérablement baissé ces dernières années, même s’ils ne s’en rendent pas compte". Résultat ? "Les pharmacies se sont endettées pour pouvoir assurer la gratuité des soins à leurs clients". La croissance économique du milieu pharmaceutique stagne à 0% depuis quatre ans. Une situation due en partie à une baisse des ventes de médicaments non remboursés. Les stocks s’accumulent sans diminuer au détriment des pharmaciens qui, en conséquence, seraient dans l’incapacité de récupérer leur investissement initial.
Or, si certains avancent le problème des médicaments génériques, dont la marge des pharmaciens serait moindre, Alexandre Berenguer réfute en bloc cette constatation "non fondée" : "Il faut savoir que lorsque les médicaments génériques sont apparus, nous avons négocié pour que notre marge soit la même que pour les médicaments non génériques !", assure-t-il.
Le problème d’une concurrence déloyale viendrait-elle noircir le tableau ? Selon notre confrère LeParisien.fr, les grands distributeurs tels que Leclerc souhaiteraient voir le secteur de la parapharmacie s’ouvrir à eux (Lire ici l’article du Parisien.fr). Une demande jugée inacceptable par la profession, qui demande que des mesures soient prises à leur encontre : "On laisse la parole à un directeur de supermarché qui voudrait vendre des médicaments, alors que 100.000 hospitalisations par an sont dues à une mauvaise médication !", s’indigne Alexandre Berenguer.
Déléguer pour mieux régner
Depuis 1996, la France s'est dotée d'un Objectif national de dépenses d'assurance maladie (Ondam), voté annuellement par le Parlement. La part destinée aux pharmaciens ne représente actuellement que 6% de l’enveloppe, tandis que les médecins en récupèrent près de la moitié : "Il y a une volonté de casser les prix. Alors que notre croissance est de l’ordre de 0%, nous constatons une augmentation annuelle des prix de 3,3% irrécupérable à la vente !", souligne Alexandre Berenguer.
La solution ? "Premièrement, il faudrait réévaluer notre marge qui est la même depuis dix ans alors que le pouvoir d’achat a considérablement baissé et que les prix ont largement augmenté. Les pharmacies devraient également pouvoir mettre en place de nouvelles actions comme le suivi de la tension et pourquoi pas, des diabétiques. Enfin, des réserves locales doivent être mises en place pour aider les pharmacies de proximité dans les campagnes qui sont en train d’être saucissonnées !", avance-t-il.
Des solutions que l’ancienne ministre de la Santé, Elisabeth Hubert, avait déjà présentées à l’actuel chef de l’État dans son rapport sur la médecine de proximité remis le 26 novembre 2010 (Lire ici le rapport). Il ne reste plus qu’à attendre le mois d’avril 2011 pour connaître les résultats de l’enquête orchestrée par l’Igas et les mesures qui devraient, en conséquence, être prises...
* A noter que du côté des fournisseurs pharmaceutiques, dijOnscOpe a souhaité recueillir l’avis de la CERP, répartisseur et grossiste pharmaceutique, qui n’a pas souhaité répondre.

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