«Hubert Falco s'est dégonflé!» selon les anciens combattants d'Algérie

Des pensions à 580 euros par an ? Alors que la réforme des retraites suscite partout en France débats, polémiques et manifestations, la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (Fnaca) a tenu à Dijon son 29e congrès national, du 8 au 10 octobre 2010.

Des pensions à 580 euros par an ? Alors que la réforme des retraites suscite partout en France débats, polémiques et manifestations, la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (Fnaca) a tenu à Dijon son 29e congrès national, du 8 au 10 octobre 2010. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, le Secrétaire d'État à la Défense et aux anciens combattants était absent du rendez-vous, qui a rassemblé jusqu'à 2.000 participants. «Hubert Falco s'est dégonflé», de l'avis de la Fnaca. Il faut dire que les sujets de discorde ne manquent pas entre le Secrétaire d'État et la première association française d'anciens combattants de la guerre d'Algérie : montant des pensions, inscription très contestée de certains noms sur le mémorial national des anciens combattants, etc. Le bras de fer se poursuit...

 

"Traiter la Fnaca de la sorte : inadmissible !"
"Le but de ce congrès est d'abord de faire le point sur les promesses que nous a fait Hubert Falco. Au passage, vous noterez qu'il s'agit quand même du premier congrès de la Fnaca depuis plusieurs décennies où ne vient pas le Secrétaire d'État aux anciens combattants. Nous sommes quand même la première association d'anciens combattants de la guerre d'Algérie", s'exclame Jean Lecrigny, vice-président de la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (Fnaca), responsable régional Bourgogne et Franche-Comté et président départemental de la section Côte-d'Or. Nous sommes le vendredi 8 octobre 2010 et dans quelques heures, s'ouvrira à Dijon le 29ème congrès national de la Fnaca.

Certains adhérents ont fait le déplacement depuis le Canada, la Réunion ou les Antilles. Forte de 358.505 adhérents, la première association d'anciens combattants de la guerre d'Algérie par le nombre de ses adhérents, regroupe les anciens militaires ayant participé à la guerre d'Algérie et aux "combats" en Tunisie et au Maroc. Rien qu'en Côte-d'Or, l'association rassemble près de 5.000 adhérents ; 30.000 pour la Bourgogne-Franche-Comté. "L'absence d'Hubert Falco [ndlr : dont le nom est copieusement hué par l'assistance à l'ouverture du congrès] est un camouflet. Traiter la Fnaca de la sorte est inadmissible!", s'insurge Jean Lecrigny.

 

"Je crois qu'Hubert Falco a autre chose de prévu..."

"Hubert Falco était invité depuis le mois de mai. [...]. Franchement, il s'est dégonflé", renchérit pour sa part Wladyslas Marek, le président de la Fnaca. Contactée par dijOnscOpe, Aurélie Brochot, conseillère presse et communication auprès du Secrétaire d'État aux anciens combattants, a confirmé l'absence d'Hubert Falco à Dijon en expliquant que le congrès de la Fnaca n'était "pas inscrit à son agenda. Je crois qu'il a autre chose...", a-t-elle avancé. La Fnaca, au même titre que d'autres organisations d'anciens combattants, avait déjà vivement regretté l'absence du Secrétaire d'État lors des cérémonies commémoratives du 19 mars 2010 en l'honneur des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie.

Pour sa part, André Cognard, secrétaire général de la Fnaca, rappelle que cette fédération d'anciens combattants et victimes de guerre lutte pour la reconnaissance de leurs droits et la solidarité auprès des veuves des anciens combattants. "Le projet de budget annuel alloué aux anciens combattants et victimes de guerre pour 2011 sera en baisse, déplore André Cognard, malgré les engagements de Nicolas Sarkozy en 2007. [...]. Pourtant, la disparition progressive des ayants droit ne peut justifier la désaffection de l'État envers les anciens combattants et victimes de guerre", argumente le secrétaire général.

 

Des retraites à 580 euros par an?
Les griefs de la fédération envers Hubert Falco sont nombreux. Parmi les principales revendications, figure en bonne place la demande de revalorisation des montants des retraites des anciens combattants. A ce sujet, André Cognard écrivait justement dans les colonnes de L'Ancien d'Algérie, [ndlr : le journal de la Fnaca] d'aout-septembre 2010, que "la majoration de deux points d'indice pour 2010 n'a pris effet qu'au 1er juillet 2010 et non au 1er janvier 2010 comme annoncé précédemment par le secrétaire d'État." Toujours sur la question des retraites, Jean Lecrigny insiste lui sur le fait que "le montant moyen des retraites n'est que de 580 euros par an environ !".

La Fnaca demande par ailleurs l'octroi de la "campagne double [ndlr : revendication, qui consiste en l'octroi d’un avantage particulier de la liquidation de la pension de retraite aux anciens combattants, fonctionnaires civils et assimilés] aux titulaires des pensions civiles et militaires de l'État ayant participé à la guerre d'Algérie et aux combats de la Tunisie et du Maroc. Pour autant, les principales revendications de la Fnaca ne sont pas toutes de nature pécuniaire, comme par exemple l'inscription de la mention "mort pour la France" sur toutes les stèles des soldats morts en Algérie. "Il faut savoir que l'inscription de cette mention est purement honorifique", précise d'ailleurs Jean Lecrigny.

 

"Nous voulons faire retirer les noms des civils..."

Autre point de discorde : la décision d'Hubert Falco de rajouter les noms de victimes civiles d'une manifestation de l'Organisation de l'armée secrète (OAS) du 26 mars 1962 sur le mémorial national du quai Branly, à Paris (En savoir plus ici et ici). "Ce mémorial a été conçu et réalisé exclusivement pour les militaires et supplétifs de l'armée françaises ayant la mention "morts pour la France". Nous voulons faire retirer les noms des personnes civiles qui n'ont pas leur place sur ce monument. De plus, cette décision a été prise sans aucune consultation préalable [...].

 

Le fauteuil d'Hubert Falco est donc resté vide durant tout le congrès de Dijon. "Personne ne l'a représenté. Pourtant, même Georges Colombier, député UMP de l'Isère, a regretté cette absence...", déplore Jean Lecrigny.

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