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Billet de blog 24 mai 2012

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"Hollande devra faire accepter l’austérité"

Sombre tableau pour l’économie hexagonale selon Jean-Marc-Sylvestre : une croissance à 0% d'après les statistiques de l’Insee, un déficit public de 5,2 % du Produit intérieur brut (PIB) - 100 milliards d’euros manquent pour être à l’équilibre -,

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Sombre tableau pour l’économie hexagonale selon Jean-Marc-Sylvestre : une croissance à 0% d'après les statistiques de l’Insee, un déficit public de 5,2 % du Produit intérieur brut (PIB) - 100 milliards d’euros manquent pour être à l’équilibre -, et une "menace quotidienne du crédit crunch" - c'est-à-dire le durcissement des conditions d’accès au crédit bancaire pour les États. Éditorialiste dans la matinale de France Inter jusqu’en 2008 et animateur d’une émission sur i>Télé depuis 2010, le journaliste économique animait une conférence à Dijon mardi 22 mai 2012, organisée le Medef 21 et l’Union de l’industrie et des métiers de la métallurgie de Côte-d’Or (UIMM 21).

Devant un public de chefs d’entreprise, Jean-Marc Sylvestre a présenté les perspectives économiques découlant des mesures programmées  par le nouveau président François Hollande (Lire ici LeFigaro.fr), en les replaçant dans le contexte actuel. Parfois caustique sur les promesses du nouvel hôte de Élysée, il n’y a d'après lui "qu’une seule solution : suivre le modèle anglo-italien avec retour à l’équilibre budgétaire, compétitivité, dérégulation". Un programme qui jure par exemple avec la création des 60.000 postes de fonctionnaires dans l’Éducation nationale qu’a réaffirmée François Hollande le 15 mai (Lire ici 20minutes.fr)...

"On ne pourra pas faire tout ce qui a été annoncé"

Parmi les mesures touchant au budget de l’État, Jean-Marc Sylvestre critique notamment l'arrêt de la Révision générale des politiques publiques (RGPP) promise par le Parti socialiste (Lire ici Ouest-France.fr). Cette vaste politique initiée en 2007, ayant pour but de réduire les dépenses publiques, a organisé 517 réformes dans le secteur public, dont notamment de grandes restructurations - fusions de directions et de services (Lire ici notre article), transferts d'activités à des opérateurs privés, etc.. -, la vente de portions du patrimoine de l’Etat (Lire ici notre article), ainsi que la fameuse mesure de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, avec 117.440 postes supprimés depuis le début de la révision (Lire ici le rapport de l’Assemblée Nationale, p.10).

La RGPP est largement critiquée par les organisations de gauche (Lire ici LExpansion.fr et ici Mediapart), mais aussi par des institutions indépendantes, notamment la Cour des comptes et le Conseil économique et social et environnemental (Ceser), qui a rendu plusieurs rapports dans ce sens, d'autant que les bénéfices financiers obtenus sont assez flous (Lire ici LaTribune.fr et ici LExpansion.fr). Pour autant, Jean-Marc Sylvestre soutien qu'il "aurait fallu poursuivre la RGPP". 

Le président Hollande a par ailleurs annoncé un "gel conservatoire partiel des dépenses publiques", dans l’attente d’un audit sur les finances de l’Etat commandé par le gouvernement à la Cour des comptes, à paraître fin juin (Lire ici LesEchos.fr). "L’audit de la Cour des comptes va être très douloureux. François Hollande va devoir faire accepter l’austérité, faire comprendre qu’on ne pourra pas faire tout ce qui a été annoncé. Ce sera l’objet de l’accord gouvernement-syndicats", a averti le chroniqueur économique". Bref, pas le choix : la France doit se serrer la ceinture.

Mais comment ? Le nouveau président semble privilégier l’augmentation des recettes fiscales, comparativement à son prédécesseur Nicolas Sarkozy, qui tablait avant tout sur une réduction des dépenses. Dès juillet 2012, prendront ainsi effet : l’annulation de la majoration de 2 points de la TVA - la TVA sociale voulue par Nicolas Sarkozy (Lire ici LeParisien.fr) - ; l’annulation de la baisse des charges sociales ; une modification de l’impôt sur les sociétés ; un rétablissement de l’ancien barème de l’impôt sur la fortune à 1,8% (Lire ici Challenges.fr). En 2013, est supposée rentrer en vigueur l’emblématique taxation à 75% des revenus supérieurs à 1 million d’euros annuels. "Au bout d’un an, ceux qui auront tout donné partiront...", ironise Jean-Marc Sylvestre.

"L’Allemagne n’acceptera pas de réforme du pacte budgétaire"

La situation actuelle de la France s’inscrit dans une perspective plus large : l’Europe, et plus particulièrement la zone euro, en pleine crise de la dette - un dogme pour certains (Lire ici notre article). Cette crise faisait d'ailleurs l’objet d’un sommet à Bruxelles mercredi 23 mai (Lire ici NouvelObs.com), tandis que François Hollande souhaite renégocier le pacte de stabilité budgétaire, qui avait été adopté en mars par tous les pays de la zone euro, mais pas ratifié, refusant ainsi la "règle d’or" obligeant les États-membres à limiter leurs déficits structurels à 3% de leur PIB maximum (Lire ici LExpansion.fr).

"L’Allemagne n’acceptera pas !", prédit le journaliste économique. "Hollande va finalement la mettre en place doucement, puisqu’il n’y a pas d’obligation de calendrier." Selon lui, pas question pour l’Allemagne d’accepter de risquer de voir ses taux d’intérêt auxquels elle emprunte  sur les marchés s’élever : ce taux sur 10 ans est de 1,6%, de 3% pour la France... et 25% pour la Grèce. Elle a même emprunté 5 milliards ce 23 mai, à un taux d’intérêt...nul (Lire ici Europe1.fr).

Berlin n’acceptera pas davantage la création d’eurobonds, des emprunts européens communs sur les marchés, qui correspondent à une mutualisation de la dette, affirme Jean-Marc Sylvestre. Il juge en revanche "faisable" la relance d’investissements européens, notamment par les "project bonds", également des emprunts européens communs, mais destinés à financer des grands projets d’infrastructure précis (Lire ici France24.com). 

"Un chef d’entreprise doit être totalement exemplaire" 

L’austérité - ou politique de rigueur - est donc inévitable, selon Jean-Marc Sylvestre, qui ne croit pas en une politique de relance. "La clé aujourd’hui, c’est le consommateur. La seule solution est d’inventer de nouveaux produits", a-t-il enjoint, faisant sienne la "loi des débouchés" de l’économiste libéral du début du XIXe siècle, Jean-Baptiste Say : "L’offre crée sa propre demande".

Attention cependant : "Un facteur de confiance est nécessaire", a-t-il averti les patrons présents à la réunion, jugeant "intéressante" la mesure annoncée par François Hollande concernant la participation de salariés aux comités de rémunération, ainsi qu'aux conseils d'administration des entreprises. "Un chef d’entreprise doit être totalement exemplaire. Un certain nombre se sont mal comportés. Mais n’y a pas plus de voyous qu’ailleurs chez les patrons ! Il ne faut pas maintenir de climat d’hostilité".

Des préconisations de moralisation et de respect sociétal qui feraient écho à la baisse de 6,2 % en moyenne des rémunérations des patrons des entreprises du CAC 40 en 2011 ? Pourtant, tout est relatif : ces revenus restent de 3,55 millions d’euros annuels, un niveau qui a augmenté par rapport à celui du début de la crise en 2008 (Lire ici LaTribune.fr)... Au final, la plupart des chefs d'entreprise, à la tête de TPE-PME, restent maussades, comme l'indiquait le troisième baromètre des TPE-PME publié en avril 2012 par la CGPME 21. A la veille du second tour de la Présidentielle, ils avaient pourtant choisi de "garder espoir pour l'avenir", peu favorables à un plan de rigueur (Lire ici notre article). Austérité ou relance, la France éprouvera bientôt ses choix à l'aune de la réalité économique.

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