Parrainer des familles menacées d'expulsion ? "Je m'y engage !"

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A l'initiative du Réseau Éducation sans frontière de Côte-d'Or (RESF 21), militants des droits de l'homme et responsables politiques dijonnais ont parrainé samedi 19 juin 2010 cinq familles immigrées dont la situation administrative est précaire puisqu'elles sont menacées d'expulsion. Objectif de cette cérémonie ? Attirer l'attention du public sur l'évolution actuelle de la législation en matière d'immigration en affichant "un engagement fort et concret" en faveur des nouveaux filleuls. Plus largement, cette action s'inscrit dans une démarche en faveur de la régularisation des sans-papiers...



"Tout faire pour protéger les filleuls"


Pour cette cérémonie de parrainage inédite en Côte-d'Or, une bonne cinquantaine de personnes avaient fait le déplacement. En préambule, Cécile Ropiteaux, militante à RESF, a tenu à rappeler les objectifs de cette action de parrainage : "Depuis plusieurs années, les conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France se sont considérablement durcies, à cause d'une succession de lois, avalanche législative se doublant d'un discours gouvernemental maniant facilement les préjugés et la stigmatisation. [...] Pourtant, une partie des Français se refuse à cautionner cette politique...".


D'après Cécile Ropiteaux, les familles voient ainsi "brisé leur espoir d'un avenir meilleur pour leurs enfants" et de rappeler que certains enfants se retrouvent ainsi privés du droit à l'éducation "parce que leur famille est contrainte à la clandestinité ou expulsée vers un ailleurs plus qu'incertain [...] Tout cela est inacceptable !". C'est pourquoi RESF 21 a décidé de recourir aux parrainages qui, à Besançon "ont permis à plus de 50 familles et majeurs isolés sans-papiers d’être mis sous la protection républicaine d’élus et de citoyens. [...] C'est un acte de solidarité active dans un cadre collectif". RESF 21 ne manque pas d'ambition et caresse même l'espoir de voir se tenir d'autres parrainages cette-fois ci au sein d'une mairie.


Concrètement, chacune des cinq familles présentes s'est vue attribuer deux parrains : l'un issu de la société civile, l'autre étant un élu. A chaque fois, la "maitresse des cérémonies" a remis aux familles un certificat de parrainage, attestant que la personne qui le détient a été placée sous la protection d'un élu et d'un citoyen. De leur côté, les parrains se sont engagés à être en contact régulier avec leurs filleuls, à les accompagner dans leurs démarches administratives et à tout faire pour les protéger en cas d'interpellation ou de reconduite à la frontière.
"Je peux mettre le Préfet face à ses responsabilités"


Françoise Tenenbaum, Adjointe déléguée à la solidarité et à la santé à la Mairie de Dijon, ne voit pas d'incompatibilité entre cet engagement de parrainage et ses fonctions d'élue. Au contraire : "Je fais toujours le maximum en faveur de ces personnes, mais toujours dans un cadre légal. En effet, je ne peux pas aller contre la loi, mais je peux mettre le Préfet face à ses responsabilités", précise l'élue, d'ailleurs engagée de longue date dans la défense des sans papiers. "Et puis je travaille toujours avec les associations car elles constituent des relais efficaces. Alors, quand on m' a sollicité pour cette démarche de parrainage, je n'ai pas hésité un seul instant."


Et l'adjointe au maire de Dijon de revenir ensuite sur la réglementation française en matière d'accueil des étrangers qu'elle juge inappropriée. "Il faut bien garder à l'esprit qu'on ne quitte jamais son pays par plaisir... On le quitte quand on n'a pas à manger ! Un des problèmes vient du fait que la réglementation française ne reconnaît pas l'exil pour raisons économiques." Même son de cloche du côté de Laurent Grandguillaume, adjoint délégué à la jeunesse, à la vie associative et à la démocratie locale à la Mairie de Dijon, pour lequel "si la France respectait l'article 8 de la Convention des Droits de l'Homme, nous n'aurions pas d'enfant qui pourrait être expulsé du territoire français." Aujourd'hui, les enfants sont expulsables quand ils sont avec leur familles, ce qui peut les exposer à tous les dangers, comme cela a justement été le cas pour ceux d'une des familles parrainées.


"En plus de résoudre les cas particuliers, nous voulons créer un véritable rapport de force. Nous sommes une association de fait, mais chacun de nous a des appartenances propres, qu'elles soient associatives, syndicales, ou politiques", précise Noufissa Mikou, qui soutient RESF 21. "Notre but, c'est qu'on parle de ce qui se passe actuellement, car lorsqu'on réduit les libertés de chacun, finalement, nous sommes tous concernés", enchaine Philippe Delvallée, conseiller municipal à la Mairie de Dijon, qui reconnaît d'ailleurs au passage que la gauche n'a pas toujours été à la hauteur en la matière.

 

"Des situations kafkaïennes"


"Avec les lois actuelles, on met les gens dans des situations kafkaiennes", dénonce l'élu dijonnais, engagé dans la lutte en faveur des sans-papiers depuis les années 1970. Philippe Delvallée cite l'exemple de son tout nouveau filleul, un jeune étudiant africain, auquel "on met des bâtons dans les roues" alors qu'il cherche juste à achever sa formation professionnalisante en France, avant de rentrer ensuite dans son pays pour mettre en œuvre ce qu'il a appris.


Philippe Aymard est aussi l'un des nouveaux parrains. Éducateur à la protection judiciaire de la jeunesse au sein du ministère de la Justice, il évoque une situation incohérente : "Les mineurs isolés ne sont pas expulsables. D'ailleurs, Dijon étant un nœud ferroviaire important, c'est pourquoi on nous appelle souvent pour aller chercher à la gare un jeune mineur sans-papier isolé."


Ensuite, Philippe Aymard nous explique que "jusqu'à leur majorité, la collectivité les prend en charge intégralement. De notre côté, nous mettons tout en œuvre pour qu'ils s'intègrent. Mais une fois qu'ils ont la majorité, tout change : il nous faut traiter au cas par cas. Ainsi, bien souvent ces jeunes se retrouvent dans une situation administrative précaire." Action de parrainage à suivre donc.

 

* RESF 21 rassemble associations, syndicats, partis politiques et particuliers : Cimade, FSU, Clubs Unesco, Attac, CGT Educ'action, Ligue de l'Enseignement, PG, FASE, Verts, NPA, UNEF, FCPE, MRAP, PCF...

 

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