Haitï: Quand la lumière devient vitale

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Le 17 février 2010, deux membres d'Électriciens Sans Frontière Bourgogne (ESF) partaient pour Haïti afin de renforcer l'équipe présente sur place. De retour de l'île depuis le 18 mars, Bruno Gugger, le globe-trotteur originaire de Chenôve, revient pour nous sur son aventure humaine...

 

1 mois de mission...


Le 24 janvier 2010, soit 12 jours après le séisme qui a frappé l'île d'Haïti, Électricien Sans Frontières était présent sur le terrain avec 50 m3 de matériel électrique et solaire : une dizaine de groupes électrogènes fournis par ERDF, des coffrets et des moyens d’éclairage, du matériel de recharge de batteries... "Une annonce nationale a été passée, explique Bruno Gugger, ancien ingénieur technique d'ERDF, mais je ne souhaitais pas m'y rendre tout de suite. Je ne suis pas à l'aise avec la mort et c'est donc quelques semaines plus tard que j'ai posé ma candidature."


La première mission était alors d’évaluer les besoins en alimentation électrique des sites vitaux, de manière concertée avec les acteurs officiels et les ONG. Quelques semaines plus tard, l'homme a décollé avec quatre autres collègues pour la mission, loin d'être une nouveauté pour lui. En effet, il possède déjà une expérience assez conséquente de ce type de chantiers, acquise lors de projets internationaux menés pour EDF dans une dizaine de pays dont le Japon, le Zimbabwe, le Gabon ou encore la Thaïlande...

 

Une dizaine de chantiers à réaliser


Bilingue et habitué au terrain, il a donc endossé le rôle de responsable de mission pour coordonner les actions avec l'ONU ou la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Dans cette mission, trois ordres ont été définis pour optimiser la présence sur le terrain et l'efficacité des cinq techniciens : la pose d'éclairage dans des camps, l'alimentation d'entités vitales et l'appui logistique d'ONG pour la refonte d'un hôpital par exemple. "L'objectif est d'offrir une électricité de qualité, la plupart du temps en ayant recours aux groupes électrogènes, aux lampes solaires, aux panneaux photovoltaïques."


Dans un territoire où le moindre lopin de terre est devenu un camp de réfugiés, la présence d'électricité et de lumière est devenue presque vitale. Une dizaine de chantiers ont été suivis dans la capitale Port-au-Prince ou dans la ville de Leogan, au sud d'Haiti. "Cette ville, ajoute Bruno Gugger, est à 95% détruite. Il reste donc un travail de titan à effectuer mais je reste abasourdi par la vaillance de la population, qui reste debout et va constamment de l'avant."

 

Une population courageuse


"Aujourd'hui, je suis bien entendu fier d'être allé à Haïti mais par rapport à la qualité des hommes qui m'ont entouré, je ne suis rien". L'émotion encore vive, il avoue être "sur le cul" quand il analyse le comportement de la population de l'île : "alors qu'elle pourrait être dépitée, K-O, elle nous a accueilli à bras ouverts". Un enthousiasme, léger, qui pourrait presque jouer à leur défaveur. En effet, en mettant la main à la patte, les Haïtiens enlèvent certes les gravas mais ils reconstruisent aussi à l'identique : "Le séisme ne les aide pas à tirer les leçons du passé".


Selon Jean-Max Bellerive, premier ministre haïtien, le tremblement de terre aurait causé plus de 200.000 morts et 300.000 blessés, dont 4.000 avec amputations. Une situation qui ne semble pas interagir sur la vie des locaux, pour qui le technicien d'ERDF ne tarit pas d'éloges, même si sa proximité avec la population, vitale pour lui, lui a été reprochée à plusieurs reprises...

 


Haïti, il sait pourtant qu'il n'y retournera pas. Si la France est, selon la Croix Rouge, dix fois moins mobilisée que pour le tsunami en Asie du Sud-Est, la liste des volontaires d'ESF pour aider les victimes ne cesse de grossir. Créée en 1986, Électriciens sans Frontières est une ONG qui fédère une vingtaine d'associations régionales et regroupe près de 800 bénévoles. Une petite fierté pour Bruno Gugger, qui effectuait ici sa première mission avec l'organisation... et surement pas la dernière !

 

Infos pratiques:


Electriciens sans frontières
9 avenue Percier
75008 - Paris

 

Si vous souhaitez soutenir l'action d'ESF à Haïti, vous pouvez manifester votre soutien en effectuant un don par chèque à l’ordre d’"Electriciens sans frontières Solidarité Haïti"

 

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