dijOnscOpe
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

Dijon / Bourgogne

Suivi par 18 abonnés

Billet de blog 30 juin 2011

CEA Valduc (21) : L'endroit le plus sûr au monde ?...

dijOnscOpe
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Si une catastrophe naturelle frappait la Côte-d'Or, tels le tremblement de terre puis le tsunami qui ont dévasté le Japon le 11 mars 2011*, quelle serait la résistance du Commissariat à l'énergie atomique de Valduc (21) face au déchaînement de la nature ? À l'occasion de la commission environnement organisée au CEA Valduc mercredi 22 juin 2011 par l'association côte-d'orienne Seiva - structure d'échanges et d'information sur Valduc dont l'objectif est d'informer sur les impacts du centre en terme d'économie et d'environnement -, tous les scénarios catastrophes ont été passés en revue : risques sismiques, grand froid, tempête du siècle, inondation, incendie... Point par point, le nouveau directeur du CEA, François Bugaut, a voulu rassurer car bientôt quatre mois après la catastrophe de la centrale de Fukushima*, le danger représenté par le nucléaire plane encore dans toutes les têtes...

Trois mois pour refroidir un réacteur...

Avant d'énumérer l'ensemble des catastrophes naturelles pouvant impacter le site, le directeur du CEA Valduc, François Bugaut, a souhaité revenir sur les événements qui ont conduit la centrale nucléaire de Fukushima* à un tel chaos : "Le premier élément à noter est qu'il s'agit d'un site de production nucléaire d'électricité. Aussi, un grand réacteur nucléaire qui produit de l'électricité est une sorte de grosse chaudière dont l'objectif est de faire bouillir de l'eau pour faire tourner des turbines, la chaleur venant du nucléaire. Quand on veut avoir 1.000 méga watts d'électricité - ce qui est le standard pour une centrale nucléaire -, il faut avoir trois fois plus de chaleur dissipée dans la centrale. Donc la puissance thermique de ces centrales est considérable !".

"Or lorsqu'on coupe un réacteur, qu'on tourne le bouton sur "off", il reste ce que l'on appelle la puissance résiduelle : on ne passe pas de 1.000 méga watts électriques et de 3.000 méga watts thermiques à zéro ; 6% environ de cette puissance continue d'exister même si le réacteur est coupé car des atomes continuent un petit moment à dégager de la puissance. Ce qui veut dire qu'il reste 200 méga watts actifs, ce qui est énorme. En comparaison, une rame de TGV possède une puissance de trois méga watts ! Et si vous ne refroidissez pas, la chaleur fait monter la température et à un moment donné, celle-ci monte tellement qu'elle finit par tout faire fondre. Pour ne plus avoir de problèmes de refroidissement, pour arriver à zéro, il faut trois mois. A Fukushima, on y est aujourd'hui".

Qu'est-ce qui a empêché de refroidir les réacteurs de la centrale de Fukushima ? Si cette dernière a su résister au tremblement de terre, le tsunami a pour sa part été très destructeur puisqu'il a coupé tous les réseaux et a détruit les diesel de secours qui auraient pu évacuer la puissance résiduelle (En savoir plus ici sur les alimentations électriques d'une centrale nucléaire française). "Ce ne sont donc pas les réacteurs en soit qui ont posé problème mais les servitudes qui ont été mises en défaut et c'est ce qui génère les études qui sont demandées aujourd'hui à EDF".

L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a ainsi demandé de passer en revue tous les réacteurs nucléaires situés en France. "J'imagine que la conclusion ne sera pas très différente de ce que l'on sait déjà car ils font tous l'objet d'une réévaluation décennale et les risques sismiques sont parfaitement connus. Ils ont été dimensionnés et construits il n'y a pas si longtemps : les plus anciens datent des années 1970. Par contre, suite à Fukushima, la question se pose sur toutes les servitudes : l'ASN va vouloir une garantie quant aux diesels de secours, aux équipes d'intervention, etc, placés face aux risques naturels. Voilà les études que mène EDF".

Pas de puissance résiduelle à évacuer au CEA Valduc

Le scénario de Fukushima pourrait-il se produire à Valduc ? "Non car le site n'ayant pas de réacteur, il n'existe pas de problématique de puissance résiduelle à évacuer, assure François Bugaut. Et puis les risques sismiques auxquels sont soumis les Japonais, c'est le jour et la nuit avec ce que nous vivons en France. Notre pays est béni par rapport aux pays d'Europe du sud. Quand on en discute avec des Turcs, des Algériens ou des Grecs, ils nous regardent avec un large sourire en nous disant que nos affaires ne sont quand même pas trop compliquées à traiter. Ce n'est pas pour ça qu'il ne faut pas s'en préoccuper !".

Et d'ajouter quant aux risques de tremblements de terre et de tsunamis : "Le CEA est intervenu en mars car nous disposons d'un centre d'alerte des tsunamis à Bruyère-le-Chatel (Île de France) ; nous avons une alerte sismique sur la terre entière et en particulier sur le Pacifique. Aussi, nous avons pu prévenir le Haut-commissaire de Polynésie française, qui a pu mettre tout le monde à l'abri. Aux îles Marquises, nous avons quand même noté une vague de 2,5 mètres ! Sur des atolls très peu élevés, une vague aurait pu être tout à fait dévastateur... Nous étions très heureux car il n'y a pas eu de victime".

Imprévisibilité et humilité

Un membre de la Seiva interpelle le directeur sur la nature imprévisible de l'événement. Ce dernier de répondre : "Manifestement, il n'y avait pas le bon dimensionnement vis-à-vis des vagues : les Japonais avaient un mur leur permettant de se protéger vis-à-vis d'une vague de dix mètres alors qu'ils ont eu une vague de quatorze mètres. Pourquoi ce dimensionnement n'était-il pas bon ? Je ne sais pas mais je ne prononcerais pas le terme "d'imprévisible" : les failles sont connues. Ils ont parfaitement fait leur boulot à terre mais leur travail a été manifestement insuffisant pour les failles sous-marines, alors qu'ils en sont parfaitement capables !".

Un autre participant à la commission environnement questionne François Bugaut sur l'humilité que la catastrophe implique : "Il ne faut prendre personne de haut : les Japonais ne sont pas des andouilles ; il s'agit quand même d'un État développé et bien organisé... Mais l'avantage que je perçois dans nos procédures, c'est qu'au cours des dernières décennies, l'industrie nucléaire a pris comme principe de base d'accumuler toujours le retour d''expérience : chaque fois qu'il y a un événement quelque part, qu'il soit petit ou grand, notre travail est d'en tirer un retour d'expérience et d'appliquer ce que nous avons appris à la faveur de cet événement".

"Par exemple, lorsqu'il y a eu l'accident à la centrale nucléaire de Three mile island en 1979 (En savoir plus ici), nous pensions alors avoir bien dimensionné nos réacteurs - ce qui était exact - mais nous nous sommes également dit : "Et si jamais malgré tout nous sommes mis en difficulté, que se passera-t-il ?". Ce jour-là, nous avons fait une ouverture dans les réacteurs, nous avons mis un filtre à sable et avons installé une cheminée. Ainsi, si quoique ce soit nous échappait, cette barrière aurait gardé 99% de la radioactivité. Nous faisons des défenses en profondeur de manière à accumuler des barrières".

Le débat sur le nucléaire : "émotionnel et politisé"

Interrogé sur les différents débats dans le monde et notamment en Europe concernant le nucléaire, le directeur du CEA affirme qu'en France, "celui-ci est à la fois émotionnel, à cause de Fukushima, et politisé, à cause de la campagne électorale. C'est un avis purement personnel qui n'engage que moi mais en tant que citoyen, j'aimerais que ce débat ne se fasse pas sur des raisonnements sommaires - ce que je lis en ce moment dans les journaux est vraiment à l'emporte-pièce - mais sur de la réflexion".

"Cela fait cinq ans que l'on nous parle du réchauffement climatique et je ne cache pas que les presque trois mois de sécheresse que nous avons eu au printemps interrogent quand même. Je me dis que l'idée d'arrêter de brûler en permanence des quantités folles de charbon, de fuel et de gaz est sans doute prioritaire. On peut aussi immédiatement arrêter le nucléaire mais je ne suis pas sûr que ce soit une chose facile".

Et de conclure : "Après, mettre des éoliennes... On voit ce que cela peut apporter mais on voit également les limites de la formule. Ce n'est pas avec les éoliennes que nous allons produire 90% de l'électricité d'un pays. Nous voyons bien que nos amis allemands seront condamnés à importer de la production d'électricité française et un maximum de gaz russe (Lire ici l'article du Monde.fr sur le sujet). Les Britanniques, eux, ça les laisse de marbre cette histoire. Ils regardent les Allemands avec de grands yeux en se demandant ce qu'ils font. Quant aux Italiens, nous avions un peu de mal à croire qu'ils reviendraient au nucléaire (Lire ici l'article du Figaro.fr sur le sujet)...".

Que se passerait-il si**...

  • ... un tremblement de terre dévastait la Côte-d'Or ?

En cas de séisme, les objectifs sont le maintien des fonctions de sûreté : maîtrise de la sous-criticité, maîtrise des risques incendie et explosion par le maintien des systèmes concourant à la sectorisation, de l'inertage des boîtes à gants (BAG) et équipements à risque. En toutes circonstances, il s'agit d'assurer le confinement. L’objectif est d'avoir un rejet le plus faible possible, dont les conséquences sanitaires doivent rester inférieures à 10 mSv en accidentel pour Lochère en Côte-d'Or (avec possibilité de restriction alimentaire), et à 1 mSv en accidentel à 2.000 m.

> Élaboration des Programmes d’amélioration de la sûreté/sécurité (PASS) :

- Réévaluation des risques criticité (installations manipulant du plutonium ou de l’uranium).
- Réduction des termes sources mobilisables.
- Travaux de rénovation : confinement, sectorisation, tenue à l’incendie, protection foudre, ancrage d’équipements.
- Construction d’extensions parasismiques.

  • ... la foudre frappait le CEA Valduc ?

La densité annuelle de foudroiement pour le centre est de 1,2 impacts/an/km². La protection contre la foudre comprend trois systèmes complémentaires : une installation extérieure de protection, une installation intérieure de protection, un réseau équipotentiel de terre et de masse. De plus, deux abonnements d’alerte météorologique à météorage ont été contractés : le premier pour surveiller la ligne d’alimentation HT du Centre, le second pour surveiller le Centre lui-même. Les situations d'alerte orage sont annoncées aux salariés sur le réseau interne de transmetteur d'ordre. Des consignes et des procédures spécifiques à dérouler dans le cadre de ces alertes sont définies.

À noter : le 03 juin 2003, des effets indirects de la foudre ont généré des courants induits, acheminés par les liaisons cuivre qui relient des équipements distants. Le site a été temporairement isolé en terme de communication téléphonique. Suite à cela, un plan d'actions a été mis en place : identification des réseaux entrant et sortant des bâtiments (gaz, liquides, courants forts et faibles, etc) et des portes d'accès à la foudre ; travaux de protection contre les effets indirects (utilisation des liaisons par fibres optiques). Un programme de rénovation des protections contre la foudre a également été mis en oeuvre.

  • ... un incendie se propageait dans les forêts environnantes du CEA ?

Selon l’Office national des forêts (ONF), le massif forestier est classé sans risque au niveau du Centre de Valduc. Cependant, en prévention, la surveillance humaine est constante autour du Centre et de ses alentours. Par ailleurs, la présence de la "Formation locale de sécurité" (FLS) sur le site permet d’assurer une intervention rapide des secours et d’éviter la propagation de l’incendie aux installations voisines.

  • ... une inondation envahissait le CEA ?

Le niveau de la nappe se situe à 70 mètres en dessous du site. De plus, aucun cours d’eau ne se trouve à proximité : le risque d’inondation externe n'est dû qu'aux eaux pluviales ou à la neige. Aussi, la maîtrise du risque d’inondation externe repose sur l’implantation de réseaux d’évacuation adaptés et dimensionnés à la pluie centennale. De plus, le Centre de Valduc dispose d'une unité de météorologie permettant de prévoir et d'alerter les installations et de prendre les dispositions d’exploitation adaptées. Un plan d'actions est également prévu : étanchéité des toitures, canalisations, réalisation d'exutoires adaptés, plan de surveillance et d'entretien des réseaux d'évacuation.

À noter : en deux heures le soir du 06 juillet 2001, des précipitations orageuses de 35,4 mm ont été enregistrées, qui ont causé des dégâts des eaux dans plusieurs bâtiments. Cependant, il n'y eu aucune conséquence radiologique, ni sur le personnel ni sur l'environnement.

  • ... des vents frappaient violemment le CEA ?

La tenue des bâtiments au vent est prise en compte à la conception de ces derniers. Un système de prises d’air neuf a été mis en place, protégées par des clapets de décompression. En 1999, la tempête n'a causé aucun dégât significatif, en dehors de quelques tuiles qui se sont envolées...

  • ... la neige venaient massivement se déposer sur les toits du CEA ?

La tenue des bâtiments vis-à-vis du poids de la neige est prise en compte à la conception de ces derniers. En février et mars 2006, un fort épisode neigeux n'avait pas eu de conséquences significatives.

  • ... les températures descendaient dangereusement ?

Afin d'assurer la tenue des servitudes et de production d’eau, les réseaux sont enterrés hors gel. Et pour éviter les difficultés au démarrage des groupes électrogènes, un dispositif de protection a été mis en place.

  • ... les températures augmentaient considérablement ?

Durant la canicule de 2003, aucune conséquence significative n'a été enregistrée.

* Lire ici les articles du NouvelObs.com concernant l'incident de la centrale nucléaire de Fukushima.
** Les informations sont issues d'un document de travail du CEA Valduc.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Social
Chez Lidl, la souffrance à tous les rayons
Le suicide de la responsable du magasin de Lamballe, en septembre, a attiré la lumière sur le mal-être des employés de l’enseigne. Un peu partout en France, à tous les niveaux de l’échelle, les burn-out et les arrêts de travail se multiplient. La hiérarchie est mise en cause. Premier volet d’une enquête en deux parties. 
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal — Social
« Les intérimaires construisent le Grand Paris et on leur marche dessus »
Des intérimaires qui bâtissent les tunnels du Grand Paris pour le compte de l’entreprise de béton Bonna Sabla mènent une grève inédite. Ils réclament une égalité de traitement avec les salariés embauchés alors qu’un énième plan de sauvegarde de l'emploi a été annoncé pour la fin de l’année. 
par Khedidja Zerouali
Journal — Migrations
En Biélorussie, certains repartent, d’autres rêvent toujours d’Europe
Le régime d’Alexandre Loukachenko, à nouveau sanctionné par l’UE et les États-Unis jeudi, semble mettre fin à sa perverse instrumentalisation d’êtres humains. Parmi les nombreux exilés encore en errance en Biélorussie, certains se préparent à rentrer la mort dans l’âme, d’autres ne veulent pas faire machine arrière.
par Julian Colling
Journal
Autour de la commande publique « Mondes nouveaux » et des rétrospectives des artistes Samuel Fosso et Derek Jarman
Notre émission culturelle hebdomadaire se rend à la Maison européenne de la photographie pour la rétrospective Samuel Fosso, au Crédac d’Ivry-sur-Seine pour l’exposition Derek Jarman et décrypte la commande publique « Mondes nouveaux ».  
par Joseph Confavreux

La sélection du Club

Billet de blog
Ah, « Le passé » !
Dans « Le passé », Julien Gosselin circule pour la première fois dans l’œuvre d’un écrivain d’un autre temps, le russe Léonid Andréïev. Il s’y sent bien, les comédiens fidèles de sa compagnie aussi, le théâtre tire grand profit des 4h30 de ce voyage dans ses malles aérées d’aujourd’hui.Aaaaah!
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
« Une autre vie est possible », d’Olga Duhamel-Noyer. Poings levés & idéaux perdus
« La grandeur des idées versus les démons du quotidien, la panique, l'impuissance d’une femme devant un bras masculin, ivre de lui-même, qui prend son élan »
par Frederic L'Helgoualch
Billet de blog
Sénèque juste avant la fin du monde (ou presque)
Vincent Menjou-Cortès et la compagnie Salut Martine s'emparent des tragédies de Sénèque qu'ils propulsent dans le futur, à la veille de la fin du monde pour conter par bribes un huis clos dans lequel quatre personnages reclus n’en finissent pas d’attendre la mort. « L'injustice des rêves », farce d'anticipation à l’issue inévitablement tragique, observe le monde s'entretuer.
par guillaume lasserre
Billet de blog
J'aurais dû m'appeler Aïcha VS Corinne, chronique de l'assimilation en milieu hostile
« J’aurai dû m’appeler Aïcha » est le titre de la conférence gesticulée de Nadège De Vaulx. Elle y porte un regard sur les questions d’identité, de racisme à travers son expérience de vie ! Je propose d'en présenter les grands traits, et à l’appui d’éléments de contexte de pointer les réalités et les travers du fameux « modèle républicain d’intégration ».
par mustapha boudjemai