L. Wauquiez : "Les socialistes proposent de vous faire les poches !"

Profitant d'un déplacement au centre Georges-François Leclerc à Dijon, jeudi 27 octobre 2111, où il a découvert les équipements de recherche contre de cancer financés par un partenariat public-privé, Laurent Wauquiez, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a fait un crochet par Saint-Apollinaire. Répondant à l'invitation de Rémi Delatte, député-maire de la commune, il a souhaité "saluer les militants". L'occasion de revenir sur les projets de la droite sociale mais aussi - et surtout - de démonter en règle le projet du candidat PS à la Présidentielle 2012, François Hollande, quitte à s'égarer dans quelques approximations…

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"Il y a en a assez des dérives de l'assistanat !"

Benjamin du gouvernement, Laurent Wauquiez relance la polémique. Après sa très contestée sortie sur "le cancer de l'assistanat" en mai 2011 (Lire ici Slate.fr), le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche récidive et lance l'offensive à quelques mois de l'élection présidentielle. "Je maintiens le terme d'assistanat", martèle-t-il devant l'assemblée dijonnaise venue le rencontrer jeudi 27 octobre, à Saint-Apollinaire (Grand Dijon). "Je me bats avec Rémi Delatte [ndlr : député-maire de Saint-Apollinaire] et Alain Houpert [ndlr : sénateur-maire de Salives (21)] pour dire qu'un pays qui arrête de miser sur le travail tourne le dos à son avenir."

Rappelons que le ministre proposait alors de plafonner le cumul des minima sociaux à 75% du Smic (Lire ici LeMonde.fr). "Avec la Couverture maladie universelle (CMU), le Revenu de solidarité active (RSA), nous avons augmenté le transfert de revenus en direction de ceux que l'on appelle les plus fragilisés." Mais cette fois-ci, celui qui veut reconquérir les classes moyennes lance une dizaine de nouvelles propositions, dont la suppression des stock-options - sauf pour les PME et les start-up - et l'interdiction de cumuler les niches fiscales. Or la proposition qui a mis le feu aux poudres n'est autre que "la réservation d'une partie des programmes neufs de logements sociaux aux gens qui travaillent".

"Il faut mettre des pavés dans la mare du politiquement correct !", poursuit le ministre. "Il y a en a assez des dérives de l'assistanat !" D'après un récent rapport du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc), dans les cinq dernières années, 500.000 personnes en recherche d'emploi ont renoncé à un poste qui les aurait contraintes à accroître leurs dépenses de logement (Lire le rapport ici). "On s'attaque à une vache sacrée", poursuit celui qui souhaite incorporer dans les classes prioritaires d'accès au logement social la prise en compte de l'accès à l'emploi. "Le travailleur modeste n'est pas prioritaire ! Cette politique sociale qui oublie le salarié modeste et la classe moyenne, je n'en veux pas." D'où la proposition qu'une partie des programmes neufs de logements sociaux soit alors réservée aux travailleurs.

Apocalypse now version européenne

Reprenant sa casquette d'ancien ministre des Affaires européennes, il n'hésite pas à qualifier "d'historique" l'accord trouvé entre les différents pays de l'Union européenne pour sauver la Grèce et la zone euro dans sa globalité (Lire ici Liberation.fr). "Ce que nous vivons sous nos yeux est une page de l'histoire ! Ce n'est pas une guerre mondiale mais ce qui s'est passé dans la nuit [ndlr : la décision a été prise dans la nuit du 26 au 27 octobre 2011] est équivalent à la bataille de la Marne ou à l'appel de Londres". Selon le ministre, les grandes guerres seraient aujourd'hui plutôt d'ordres économique et financier, laissant derrière elles "un cortège de détresse et de désespoir". Comparant l'Europe à une copropriété, il explique que "si le feu se déclare en Grèce, il se propagera en France"... Avec en sujet sous-jacent bien évidemment : l'avenir de la monnaie unique.

Et sur ce plan, le ministre ne prend aucun détour, prévoyant "l'apocalypse" si l'euro venait à disparaitre : "Nous achetons du pétrole avec l'euro. Si jamais nous sortons de l'Europe, notre monnaie sera uniquement assise sur la crédibilité du pays ! Nous perdrons 20 à 30% de la monnaie. C'est ce que propose Marine Le Pen". Un clin d'œil à l'extrême droite qui ne doit rien au hasard tant les classes ouvrières sont séduites par la chef de file du Front national. Au printemps 2011, selon un sondage Ifop, la candidate recueillait 36% des voix de l'électorat populaire (Lire ici le JDD.fr). "Si vous faites confiance à des politiques qui souhaitent sortir de l'euro, le plein coûtera de 20 à 30% plus cher et l'épargne diminuera d'autant."

Hollande au pilori

"Nous avons eu un président qui, avant l'heure et avant la crise, a été capable de porter des réformes qui étaient difficiles", clame Laurent Wauquiez, ouvrant ainsi la voie à une critique acerbe du candidat socialiste, François Hollande. "Partout en Europe, les partis de gauche ont été capables de faire une union sacrée contre la crise. Tout le monde a salué les décisions prises à Bruxelles... sauf un petit groupe de paléontologie préhistorique de la politique mondiale." Sous les applaudissements de l'assemblée, le ministre poursuit son réquisitoire : "Leur credo est de continuer à faire de la dépense publique. Le programme est le même que celui de Mitterrand avec des nationalisations, un retour de la retraite à 60 ans mais surtout, la volonté de vous faire les poches".

"On peut dire ce que l'on veut de François Hollande : faire toutes les caricatures du monde, l'affubler de tous les sobriquets, inventer toutes les petites phrases qui plairont à la sphère médiatique parisienne. Mais, ceci ne fera rien avancer." Au lendemain de la fin de la primaire du PS (Lire nos articles ici et ici), l'UMP a sorti ses armes. De son côté, Nicolas Sarkozy n'est pas encore candidat à sa propre succession. L'actuel chef de l'État se prononcera fin janvier, début février 2012. "La dernière fois que l'on a voté socialistes en France, nous avons eu les 35 heures", poursuit Laurent Wauquiez. "Ce pays ne s'en est pas encore remis. Quand il y a des décisions dramatiques, nous payons l'addition en monnaie sonnante et trébuchante !"

Intox ou désintox ?

Le chef de file de la droite populaire égraine alors les différentes propositions du PS : "Embaucher des fonctionnaires en plus engendrera une facture supplémentaire de 25 à 40 milliards d'euros"... Le son de cloche est totalement différent de l'autre côté de l'échiquier politique. La création des 60.000 postes dans l’Éducation nationale coûterait, selon le candidat Hollande, 2,5 milliards d'euros "seulement" comparé aux 75 milliards d'euros de cadeaux fiscaux accordés pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy... Toujours dans le domaine de la fiscalité, le projet de fusion de l'impôt sur le revenu avec la contribution sociale généralisée (CSG) et la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) fait aussi jaser.

"Ils veulent asphyxier les classes moyennes car toutes ces dépenses seront financées par des impôts sur les classes supplémentaires. Cette fusion coûtera très cher aux classes moyennes. Si je prends un couple dont l'un gagne 2.500 euros et l'autre 2.000 euros, la proposition socialiste engendrera 3.000 euros d'impôts supplémentaires, soit +122% !". Un calcul bien moins évident comme l'explique Le Figaro (Lire ici) ou encore La Tribune (Lire ici)... "Nous n'avons pas besoin de les tuer avec des impôts supplémentaires mais plutôt de faire reposer sur eux la société", insiste Laurent Wauquiez. De même pour la suppression du quotient familial, qui, contrairement aux dires du ministre, n'est pas inscrit dans le programme ; le ministre fait sans doute allusion au quotient conjugal dont la suppression est proposée par l'économiste Thomas Piketty (Lire ici NouvelObs.com)...

Dans tous les cas, un ministre ne doit jamais parler en même temps que son patron. Un silence religieux s'installe sur l'assemblée dijonnaise en ce jeudi 27 octobre 2011 ; l'intervention télévisée du président de la République sur France 2 peut débuter... (Voir ici).

 

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