Les Saintes, lieu de mort et de torture.

Les Saintes Maries de la Mer, charmant petit village de 3000 habitants environ, une terre d'accueil des gitans, un magnifique lieu de pèlerinage, et une histoire à raconter le soir, aux enfants, même à ceux qui ne sont pas croyants.

 Ce village, capitale de la  Camargue, en bordure de la Méditerranée et entouré de marécages et de moustiques avec une faune et une flore exceptionnelles, s'est appelé ainsi depuis 1838. Si l'on en croit la légende, après la mort de Jésus, sa maman Marie, la maman de Jean Baptiste, Marthe, Marie-Madeleine la « pécheresse », Sara, devenue depuis patronne des Gitans, et dont on ne sait pas trop si elle était réellement du voyage, et quelques autres, persécutées par les Juifs, furent poussées dans une barque sans voiles et sans provisions et miraculeusement arrivèrent sur la plage des Saintes. Ceci-dit, c'est une légende, et je vous la cite de mémoire, j'ai été au catéchisme mais il ne me reste que peu de souvenirs (j'en demande souvent pardon à ma grand-mère) Je sais que d'autres lieux se les disputent comme Marseille ou bien Arles. Un débarquement de Saintes, c'est plus lucratif qu'un débarquement de réfugiés Syriens...

Ce charmant petit village, on ne sait pour quelles raisons obscures et certainement poussé par des lobbys, et Marie Sara n'y est certainement pas étrangère, a décidé d'organiser des corridas avec mise à mort, et en musique s'il vous plait, « Toro et Gypsy » avec la vocation de devenir la « signature » des arènes des Saintes Maries de la Mer. Sur leur site, ils appellent ça « la mode Gypsy » articuler toutes les corridas autour de cette « mode »...

Amarillo © Stef Amarillo © Stef

Une manière d'attirer les derniers amateurs d'une corrida qui est à bout de souffle puisque 73% de la population (nord et sud confondus) sont contre et sont pour l'abolition. Il faut savoir aussi que le fait que nos impôts à travers des subventions conséquentes servent à alimenter les clubs taurins ne fait pas forcément plaisir à tous les imposables...

Il faut savoir que cette « tradition » qui n'en est pas une, vient d'être radiée définitivement du patrimoine culturel immatériel de la France. Ce qui désole et désoriente les aficionados, et nous fait bien plaisir à nous, qui considérons cette nouvelle comme une avancée vers l'abolition pure et simple de l'apologie de cette torture sur un animal pacifique, le taureau.

 Aujourd'hui, 6 août 2016, dans cette arène, une marionnette vêtue de collants moulants, a torturé et tué à elle-seule 6 veaux, avec la musique des Gypsys Kings que je ne pourrai plus jamais de ma vie entendre sans penser aux horreurs infligées à ces pauvres herbivores.

Le fait de les torturer et de les tuer à lui tout seul n'est pas une preuve de bravoure. Je ne sais pas si vous savez comment sont préparés les taureaux avant la corrida, mais je vais vous en parler brièvement, et pour ça je vais emprunter quelques phrases d'un site « alliance anti-corrida » qui a très bien décrit le processus de cette « tradition » :

 « La corrida, rite sanglant réprouvé par 73 % des Français consiste à torturer six taureaux durant un quart d’heure chacun. En premier lieu, le picador enfonce une lance (jusqu’à trente centimètres de profondeur) et fouille la plaie, afin de cisailler le ligament de la nuque et contraindre l’animal à baisser la tête. Il ouvre ensuite la blessure en y plantant six harpons de sept centimètres : les banderilles.

L’animal est enfin mis à mort, au mieux d’un coup d’épée, mais c’est rarissime. Une épée plus courte et un poignard sont alors nécessaires pour porter les coups ultimes. Triste record détenu à ce jour : trente-quatre tentatives ! »

Mais avant de lâcher le taureau dans l'arène pour que son tueur se délecte, il est ignominieusement « préparé »

« L’afeitado, procédé indigne, consiste à scier 5 à 10 cm de corne, à repousser la matière innervée vers la racine et à en refaire la pointe avec de la résine. Le taureau piégé, terrorisé, torturé, va subir cette terrible mutilation pendant près de vingt-cinq minutes. La physiologie de la corne étant similaire à celle de la dent, imaginez la même intervention sans anesthésie, les nerfs à vif ! »

Mais c'est pas fini : « Nourris aux aliments composés, les animaux évoluent dans des espaces de plus en plus réduits et manquent de qualité musculaire. La plupart s’agenouillent, pitoyables, dès leur entrée en piste : un comportement que les commentateurs qualifient pudiquement de « faiblesse ».

« Des sédatifs leur sont parfois administrés. Sur 6 000 taureaux tués en Espagne en 1997, quatre prélèvements sur vingt-sept ont révélé la présence de Fénylbutazona, utilisé pour dissimuler des boiteries et des traces de Flunixin, un anti-stress qui favorise l’endormissement ! Enfin, des autopsies en notre possession attestent qu’une proportion significative de taureaux est frappée de maladies invalidantes »

Et quand je vous aurai dit qu'avec ça, parfois, avant le combat, .
- ses yeux sont enduits de vaseline (afins de le désorienter)
- ses pattes sont enduites d’essence de térébenthine, ce qui lui procure des brûlures insupportables, .
- des aiguilles sont cassées dans les testicules,
- du coton enfoncé dans les narines et qui descend jusque dans la gorge,
- des coups de pieds et de planche sur l’échine et sur les reins, pour ne laisser aucune trace,
- ses sabots sont limés, voire incisés et on enfonce des coins de bois entre les onglons, cette opération est faite pendant la contention dans la boîte à treuil (en même temps que l’afeitado).
Et juste avant de rentrer dans l’arène, on lui laissera tomber une trentaine de fois des sacs de sable de 100 kg sur les reins, après l’avoir immobilisé.

Voilà qui minimise un peu le courage de la marionnette non ?

Et voilà que j'en viens à un des buts de ce long billet : nous avions prévu une manifestation aujourd'hui aux Saintes Maries de la Mer, afin de dire notre révolte contre ces tortures d'un autre âge. Mais c'était sans compter sur la fourberie des amateurs de ces tueries et de monsieur le Maire des Saintes en particulier. Sous couvert de « l'état d'urgence » un arrêté a été décidé en douce au mois d'avril en prévision de nos manifestations qui bien entendu, deviennent de plus en plus dérangeantes pour ces aficionados. Le fait de l'avoir fait sans prévenir qui que ce soit, ne nous a pas permis de le contester dans les deux mois. Nous sommes donc interdits de manifester à moins de 500 mètres du lieu de la tuerie. Quand on connait les Saintes, on sait bien que c'est nous reléguer le plus loin possible et nous donner la totale invisibilité qu'ils désirent. D'autre part, nous ne pouvions ni distribuer de tracts, ni manifester par des paroles, ni par des vêtements, ni par des banderoles, ni par des drapeaux et encore moins un mégaphone. C'est bien tristement que nous avons décidé de rester à la maison. Certains d'entre nous sont encore touchés dans leur corps par les lacrymos et autres coups portés par la police lors de la manifestation à Mont-de-Marsan.

Mais cette interdiction, en plein mois d'Août, dans une ville remplie de touristes, nous conforte à l'idée que la victoire est possible. Ils sont en fait très inquiets de voir à quel point nous arrivons malgré tout à toucher les personnes qui ne connaissent pas vraiment ce qu'est la corrida. Nous avons vu sortir des arènes parfois des gens en pleurs, à qui les billets avaient été offerts et qui imaginaient que c'était un vrai spectacle, et non une tuerie sanglante. C'est pour ça que j'écris ce billet ; c'est ma façon à moi de manifester aujourd'hui, pendant que 6 veaux (il faut savoir que les taureaux sont en général très jeunes) se font torturer et massacrer par une marionnette dont je tairai le nom, dans le brouhaha des cris de la foule sanguinaire et des Gypsy Kings.

Nous sommes persuadés que nous marchons vers l'abolition. Nous sommes au 21ème siècle, c'est le moment de prendre conscience de la valeur de chaque vie.

 Merci à Stef pour ses dessins d'Amarillo, qu'elle donne gracieusement au CRAC et à moi :) merci Stef, tu es la meilleure des anticos. Sourire

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