Billet de blog 17 août 2014

Pour Robert Ménard, les aficionados sont violents !

Robert Ménard s'affiche partisan de la corrida, mais il a au moins un mérite : il reconnaît que lors des manifestations de protestation, ce sont les aficionados qui sont violents.

Jean-Paul Richier
Praticien hospitalier
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Robert Ménard manifestant en 1999 contre la visite du président chinois Jian Zemin.


Le 5 août dernier, Robert Ménard, le récent maire de Béziers, était l'invité de l'émission de RMC Les Grandes Gueules. Alain Marschall l'interrogeait sur la féria à venir (du 13 au 17 août, à l'occasion de la fête de l'Assomption) :

écouter

« - La corrida, c'est le 15 août, c'est passé de mode, la corrida, ça n'a plus de raison d'être au XXIe siècle, vous allez encore avoir droit aux manifestants anticorrida
- Non j'ai pris un arrêté pour interdire les manifestations…
- Tout à l'heure vous disiez…
- Faut me laisser finir !
- …tout à l'heure vous disiez sur la Palestine : on a le droit de manifester en France
- Absolument !
- … et là vous prenez un arrêté anti-manifestation !
- Non non, attendez, laissez-moi finir ma phrase : à côté des arènes. Je ne veux pas que les gens se cassent la figure. Je protège les anticorrida ! Je protège les anticorrida parce qu'ils vont se prendre une branlée, comme on dit chez moi, par les types qui vont sortir des arènes, qui sont en plus des joueurs de rugby, qui vont leur casser la gueule. Non, moi je suis pour la corrida, je vais à la corrida, j'aime la corrida. Y a des gens qui n'aiment pas. Vous n'aimez pas ? Personne ne vous oblige à y aller. Vous voulez manifester contre ? Vous manifestez contre. Mais, à l'intérieur des arènes, c'est fermé, les arènes, il faut qu'il y ait des corridas. La féria sera une belle féria où il y aura 4 corridas, je vous y invite volontiers, et on commencera par une jolie messe… 

Aha, le souci de Robert Ménard est donc d'interdire les manifestations parce que les manifestants courent des risques ? En ce cas, celui qui s'est fait passer durant des années pour le chantre de la liberté d'expression doit appeler maintenant les opposants, dans maints pays du Moyen-Orient, du Maghreb ou d'Afrique sub-saharienne, à ne surtout pas se mettre en danger en protestant. Bon, on a compris depuis des années que la cohérence n'est pas la vertu cardinale de M Ménard…
Mais alors, entre partisans de la corrida et ses opposants, de quel côté est donc l'agressivité et la provocation ?
Ce 15 août à Béziers, un commando d'extrémistes fanatiques tentait de barrer la route des arènes :

Heureusement, un aficionado s'est courageusement dévoué pour tenter d'établir un dialogue intelligent avec eux :

présence symbolique devant les arènes de Béziers © Mouysset Cédric

 Trêve de plaisanterie, on aura reconnu Thierry Hély, président de la FLAC portant le tee-shirt Corrida Basta, qui assurait une protestation symbolique à l'occasion d'une des corridas de la féria de Béziers.
Il faut au moins accorder à Robert Ménard un mérite : il reconnaît sans ambiguité, dans ses propos ci-dessus rapportés, de quel côté est la violence.
Un bémol cependant : je ne sais pas si le sympathique gentleman qui prenait à partie Thierry Hély était un rugbyman (enfin, disons un *ex*-rugbyman…), mais je serais joueur de rugby, je n'apprécierais guère cette référence de M Ménard. En effet, il y a peu de choses en commun entre un affrontement sportif à armes égales, et le charcutage d'un bovin stressé qui charge inlassablement un morceau d'étoffe.
 
Evidemment, le hic, c'est que ces propos du maire de Béziers, tels que formulés, peuvent clairement être interprétés comme une incitation pour les aficionados à cogner sur les opposants à la corrida.
Il semble que Robert Ménard ait des points communs avec André Viard, le représentant auto-proclamé des aficionados français, qui notait par parenthèse dans un des billets ci-dessous qu'EELV avait « reçu infiniment moins de votes aux dernières législatives que le Front National ».

Ainsi, il y a un an, sur le site officiel de l'Observatoire National des Cultures Taurines, dont il est le caudillo, ce dernier promettait « Si les arrêtés municipaux ne sont pas respectés, [la permissivité] sera peut-être demain à l'origine d'un bain de sang, si les aficionados perdent patience et décident de prendre leur défense en mains. »
Douze jours plus tard, dans un éditaurial de son blog Terres taurines, il en appelait à la « justice », « avant [que les aficionados] ne cèdent à la tentation de règler le problème à l'ancienne, c'est à dire en éteignant les lumières avant la baston ».
Et à nouveau dix jours après,  il caressait « le risque de voir naître ici et là des milices qui se donneront pour mission de nettoyer le pourtour des arènes » si « ceux qui viennent y bafouer l'ordre ne sont jamais sanctionnés. »
La cohérence d'André Viard n'a rien à envier à celle de Robert Ménard, puisque dans un des billets ci-dessus, il s'exclamait « Depuis quand le soutien à l'illégalité est-il devenu une vertu citoyenne ? »… et prenait fait et cause dans le même billet pour le braconnage du bruant ortolan dans les Landes, espèce protégée en France comme dans l'Union Européenne.

La suite de l'entretien des Grandes Gueules portait sur la messe que Robert Ménard allait organiser dans l'arène :
« - Ah ben voilà le maire qui organise la messe, maintenant, dans l'État laïc le maire organise la messe !?
- Il y a toujours eu une messe dans la chapelle des arènes, elle sera sur la piste des arènes. Pourquoi ? Parce que j'en ai marre des choses réservées aux VIP, aux privilégiés, maintenant tout le monde pourra assister à la messe au début des férias. »

Nous voilà rassurés : 42 taureaux et taurillons charcutés avec des instruments de métal jusqu'à la mort (4 corridas et 3 novilladas), ça vaut bien une messe. Dame, pourquoi les cathos de souche n'auraient pas leur Aïd El Kebir à eux, et en bien plus fun, non mais des fois ?!
D'autant que le philosophe Michel Serres a pu avancer que la corrida était une célébration du sacrifice du bélier par Abraham à la place d'Isaac, tout comme l'Aïd est une célébration du sacrifice du bélier par Ibrahim à la place d'Ismaël. Rappelons aussi qu'une des hypothèses étymologiques privilégiées de l'interjection « ¡Olé! » est « Allah! », remontant aux sept siècles d'Al-Andalus.
Enfin moi, ce que j'en dis, c'est juste pour faire plaisir aux électeurs de M Ménard, qui partagent avec lui son amour des cultures sans frontières…

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
À l’Assemblée, le RN s’installe et LFI perd la partie
Les députés ont voté mercredi la répartition des postes de gouvernance de l’Assemblée nationale, offrant deux vice-présidences au parti de Marine Le Pen. Privée de la questure qu’elle convoitait, La France insoumise a dénoncé les « magouilles » de la majorité, qu’elle accuse d’avoir pactisé avec la droite et l’extrême droite.
par Pauline Graulle, Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani
Journal — Violences sexuelles
Les contradictions de la défense de Damien Abad
Damien Abad est visé par une enquête pour « tentative de viol ». Questionné par BFMTV sur le témoignage de la plaignante, l’avocat du ministre a affirmé que son client ne la connaissait « absolument pas », ne sachant pas de « qui il s’agit ». Ce que contredisent plusieurs éléments obtenus par Mediapart. Contacté, Me Benoît Chabert revient sur ses propos.
par Marine Turchi
Journal — Santé
Gynécologues accusés de viols : le dialogue est rompu entre médecins et patientes
La secrétaire d’État et gynécologue Chrysoula Zacharopoulou est accusée de « viol » et de « violences » par des patientes, à la suite du professeur Daraï, qui fut son chef de service. Les gynécologues rejettent le terme de viol en cas d’examen gynécologique. Les militantes fustigent un déni des violences.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal
Inflation : en France, grèves partout, augmentations nulle part
Depuis des semaines, des arrêts de travail éclatent dans toute la France, et dans tous les secteurs. Le mot d’ordre est toujours le même : « Tout augmente sauf nos salaires. » Après des négociations décevantes, les travailleurs se mobilisent pour obtenir des augmentations à la hauteur de l’inflation.
par Khedidja Zerouali

La sélection du Club

Billet de blog
« Very bad trips » à l’Organisation mondiale du commerce
20 mois et 6 jours de négociations à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour finalement acter, une nouvelle fois, que le commerce prime sur la santé. L’OMC et l’Union européenne (UE) se gargarisent aujourd’hui d’un accord sur la levée temporaire des brevets (TRIPS) sur les vaccins anti-COVID.
par Action Santé Mondiale
Billet d’édition
Covid-19, 7ème vague : l'État se rend encore « fautif »
Une septième vague de contaminations au COVID-19 frappe la France. Alors que le tribunal administratif de Paris a reconnu l'État « fautif » pour son impréparation lors de la première vague, le gouvernement ne semble pas tenir compte des remarques passées ni des alertes de la société civile.
par Mérôme Jardin
Billet de blog
Innovation et Covid : demain, rebelote ?
La quiétude retrouvée dans nos pays n’est pas de bon augure. S’il y a résurgence du Covid, tout est en place pour revivre ce qui a été si cruellement vécu: l’injustice dans l’accès aux vaccins à l’échelon mondial et le formatage de la gestion de la pandémie au gré des priorités économiques des pays riches et intérêts financiers des firmes pharmaceutiques ... Par Els Torreele et Daniel de Beer
par Carta Academica
Billet de blog
Hôpital public : lettre ouverte à Monsieur le Président
A l’orée de cet été, la situation de l’hôpital public est critique. Nous sommes à la croisée des chemins. Depuis des mois l'hôpital public est sur le devant de la scène, après les 2 années de pandémie cet été s'annonce difficile. Nous adressons aux responsables politiques un point de vue de cadres et de soignants de proximité, investis dans l'hôpital, un bien commun, qu'il faut préserver, quoi qu'il en coûte.
par Fabienne dubeaux